Dans une tribune pour l’Express, Sacha Benhamou, notre responsable des relations institutionnelles appelle les élus politiques à communiquer moins pour légiférer moins, mais mieux et après avoir réfléchi.
Trop de politique tue la politique. L’hypercommunication a pris le pas sur le fond de la réflexion chez les élus. Résultat ? Un débat public qui se vide de sa substance face à une parole politique dépréciée.
« Cette injonction faite aux politiques de communiquer en permanence encourage les propos irréfléchis, les débats superficiels et les polémiques stériles. »
Cette omniprésence médiatique est aussi inefficace que défavorable, autant pour les citoyens que pour les élus. La parole politique perd de sa valeur tandis que les élus ne prennent plus soin d’eux et oublient leur vie de famille.
« Il n’y a rien de plus absurde que de confier son destin à des personnes dont le mode de vie les abîme psychologiquement et émotionnellement. »
Lorsque le débat n’émerge pas des médias, les parlementaires le créent eux-mêmes comme l’illustre Sacha avec le nombre de propositions de loi faramineux qu’ils ont déjà déposées depuis janvier 2024. Plutôt que réagir à la moindre affaire, il les invite à prendre le temps de la réflexion pour défendre des lois plus simples, plus claires et plus efficaces.
« Le discours politique n’a de valeur que s’il est mûrement réfléchi et qu’il n’est pas contredit ni par la parole passée ni par la parole future. »
Pour retrouver ce temps perdu dans les médias, Sacha propose que les élus, en s’inspirant des pays nordiques, apprennent à lever le pied. Un temps de travail plus équilibré, des médias moins saturés, des politiques publiques mieux pensées… En somme, un cercle vertueux qui permettrait de redonner de la valeur à la parole politique et de ne surtout « pas nourrir l’ogre médiatique en continu. »
Pour lire l’article de l’Express, cliquer ICI.
Publié le 12/02/2024.
Dans La Croix, notre chercheuse associée Loriane Lafont-Grave signe une tribune sur l’« affaire Stanislas » qui a ébranlé le monde de l’éducation. Qu’est-ce-que révèle de la France l’ambivalence de traitement entre ce lycée catholique et le lycée musulman d’Averroès ?
Accusé d’homophobie, le lycée privé catholique Stanislas – sous contrat avec l’État est depuis quelques semaines sous le feu des critiques. Une plainte a été déposée et l’enquête est en cours, ce qui n’empêche pas de dégager déjà, parmi les scories de la critique, une double opposition caractéristique de la discorde : le privé fonctionne sur un régime différent que celui du public, et ce dernier, quand il est religieux, serait nécessairement contre la modernité.
« L’idée de « séparatisme religieux » est un poison qui s’est mis à hanter le débat public et dont il faut se déprendre. Un poids inouï a été accordé à cette idée ces derniers temps, notamment à l’endroit de la communauté musulmane qui ferait sécession. »
L’enseignement privé, qu’il soit catholique ou musulman est loin de l’image parfois puritaine et hermétique à laquelle il est associé. D’ailleurs, beaucoup d’élèves font l’aller-retour entre le privé et le public, indépendamment de la dimension religieuse.
Avec Montaigne, notre chercheuse nous livre une lecture permettant de dépasser la controverse. Il faut préserver la « liberté d’aller et venir » tandis que la dualité public/privé doit se tempérer. À la suite du philosophe et essayiste, Loriane montre l’importance de cultiver la charité, l’ouverture d’esprit et son jardin.
« C’est [la liberté d’aller et venir] qu’il faut conserver en se gardant bien de se mettre à vanter « une paroisse » plutôt qu’une autre, aussi laïque soit-elle. »
Notre chercheuse précise toutefois que faire preuve de prudence et d’entendement n’exonère pas le privé de lutter contre des risques de fanatisme, comme l’école publique de s’investir dans un processus de réforme nécessaire pour la réussite de tous les élèves.
Loriane appelle ainsi à un traitement équipollent entre Averroès et Stanislas, à la nécessité de faire preuve d’une certaine tolérance dans le traitement des faiblesses du privé et à surtout ne pas faire de l’enseignement le réceptacle des passions populaires.
Pour lire l’article de La Croix, cliquer ICI.
Pour (re)lire notre rapport « Un contrat pour les établissements scolaires », cliquer ICI.
Publié le 08/02/2024.
Dans un entretien croisé avec Charles Reviens dans Atlantico, notre expert Marc de Basquiat propose de répondre à la crise actuelle du logement en rééquilibrant les taxes et en limitant l’immixtion de l’État dans le marché de l’immobilier.
Marc part du constat suivant : en dix ans, la part des propriétaires a baissé en France. La cause ? Le prix du foncier et la difficulté du marché du logement à s’auto-réguler à cause d’un trop fort interventionnisme étatique. Résultat : diminution de l’offre locative, un immobilier toujours plus cher pour des allocations trop coûteuses et trop inefficaces. En bref, une précarisation des Français pour se loger.
« Dans beaucoup de pays, chacun peut vendre ou acheter des logements sans acquitter la moindre taxe, ce qui fluidifie le parc, les choix individuels optimisant l’usage des ressources foncières. »
Pour notre expert, l’intervention de l’État dans le marché de l’offre et de la demande crée des anomalies qui jouent contre les locataires comme les propriétaires. Pour preuve, ces impôts pléthoriques que Marc qualifie de malsains : les DMTO (taxe perçue par l’État lors de la vente d’un bien), les DMTG (taxe à payer dans le cas d’une succession ou d’une donation), celui sur les loyers versés…
D’après Marc, ces taxes ne sont pas efficaces sur le plan économique puisqu’elles freinent la mobilité des biens sur le marché à l’achat. Il invite à largement les supprimer, dans la lignée de notre rapport « Le logement pour tous » signé par notre expert François-Xavier Oliveau. À l’inverse, il suggère de rééquilibrer le montant de la taxe foncière selon les territoires et d’en faire le principal sinon unique impôt.
« En additionnant la taxe foncière, les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu, le propriétaire verse à l’Etat souvent plus de la moitié du loyer perçu. »
Trop de taxes, donc, qui ne sont pourtant pas toujours égales. Certains revenus ne sont pas soumis aux mêmes conditions de prélèvement. Les meublés de tourisme type AirBnB bénéficient ainsi d’allègements fiscaux, ce qui ne saurait aucunement se justifier pour notre expert. Le même taux de prélèvement devrait s’appliquer.
« Les jeunes actifs voient s’éloigner la perspective de devenir propriétaires, pendant que les moins aisés galèrent pour trouver une solution locative adaptée à leurs besoins. »
En outre, Marc déplore les incidences négatives de la loi SRU (qui détermine un nombre minimum de logements sociaux au sein d’une commune), dont les effets ont été d’annihiler la mixité sociale dans certains quartiers.
Le Premier ministre, Gabriel Attal, propose le respect effectif de la loi ainsi qu’une réforme du DPE (le Diagnostic de Performance Énergétique, qui sert notamment à identifier les passoires énergétiques) par le changement de son calcul et en facilitant l’accès à MaPrimRénov’. Les réquisitions de bâtiments vides (en particulier des bureaux) seraient également envisagées…
Mais est-ce la solution ? Non, pour Marc qui appelle à sortir de cette grille de lecture socialiste afin d’entrer dans une logique libérale qui permettra aux acteurs de se saisir de leur liberté d’ « agir rationnellement ».
Pour lire l’article dans Atlantico, cliquer ICI.
Pour (re)lire notre rapport « Le logement pour tous », cliquer ICI.
Publié le 07/01/2024.
Dans sa chronique pour l’Opinion, notre présidente Monique Canto-Sperber appelle à la création d’un crédit d’études de 800€ pour responsabiliser les étudiants et en faire des individus autonomes.
Aujourd’hui, l’accès à l’enseignement supérieur est la dernière étape où l’on peut encore déjouer les déterminismes sociaux, surtout lorsque l’enseignement primaire et secondaire remplit de moins en moins un objectif d’égalité des chances.
« La formation supérieure reste la clé de voûte de tout le système […] elle est encore la clé de l’avenir, pour les jeunes des classes moyennes. »
Cependant, l’arbitraire des milieux d’origine des étudiants continue à faire loi, surtout pour les classes moyennes et les milieux les plus modestes. Monique rappelle notamment qu’un quart des étudiants vit sous le seuil de pauvreté. C’est pourquoi elle plaide pour la mise en place d’un mécanisme de soutien aux étudiants conforme avec les valeurs du « républicanisme libéral. »
« La moitié [des étudiants] échoueront à obtenir leur licence en trois ans, 10 % abandonneront leurs études, le quart vivra largement en dessous du seuil de pauvreté. »
Monique propose, pour la France, un crédit d’études inspiré des « bons mensuels de formation » en place dans les pays scandinaves, qui financerait les études à hauteur de 800 euros par étudiant, avec pour seule contrepartie l’obligation d’assiduité et de poursuite des études.
« Un soutien aux étudiants ne devrait pas être une aide qui assiste et infantilise, mais une aide qui fait un individu autonome émancipé financièrement de sa famille. »
La mise en place de ce système aurait l’avantage de penser l’étudiant indépendamment de sa famille. Crédit d’études ou « crédit de confiance », cette aide serait un signal fort de confiance et d’espoir de l’État envers ses étudiants.
Dans une précédente note signée Raul Magni-Berton, GenerationLibre proposait déjà de repenser les frais d’inscription dans l’enseignement supérieur afin que les étudiants y accèdent gratuitement en échange de l’obligation de verser un pourcentage de leur revenu futur sur une certaine durée.
La proposition de Monique s’inscrit plus largement dans la défense par GenerationLibre d’un revenu universel pour toute la population sous la forme d’un crédit d’impôt.
Pour (re)lire la chronique dans l’Opinion, cliquer ICI
Pour re(lire) notre rapport « Révolutionner les frais d’inscription », cliquer ICI.
Pour re(lire) notre rapport « Libérer l’université », cliquer ICI.
Pour comprendre notre « Revenu Universel », cliquer ICI
Publié le 06/01/2024.
À l’occasion de la première rencontre des Sablons, notre expert François-Xavier Oliveau débat de la décarbonation de l’économie face à Isabelle Patrier, directrice France de TotalEnergies et aux côtés de Michel Derverdet et Edouard Civel.
Organisé pour la première fois à Neuilly-sur-Seine, les Rencontres des Sablons, véritable « forum des idées », développé par Olivier Babeau et Jean-Christophe Fromantin, ont rassemblé dirigeants économiques et personnalités politiques autour des think tanks français afin de nourrir la réflexion sur les principaux enjeux de société. GenerationLibre était présent, cité comme l’un des « principaux think tank français » par Capital. Tandis que notre expert François-Xavier intervenait sur la décarbonation, notre directeur Christophe Seltzer a pris la parole sur le thème de la restauration de la démocratie représentative.
François-Xavier interroge la pertinence d’une intervention de l’État dans la transition écologique. Il démontre comment, dans la vie quotidienne, la pollution que nous générons n’est soumise à aucune incitation de marché (on ne se rend par exemple pas explicitement compte en prenant la voiture le matin que cela génère du C02 et des particules fines). Autrement dit, aucun mécanisme n’empêche de polluer, ou n’incite, du moins, à polluer moins. La puissance publique cherche donc à résoudre cette anomalie de marché.
« [La tarification carbone] n’est pas un mécanisme de culpabilité. On paie en fonction de la pollution que l’on génère. »
La taxe carbone redistribuée, que nous défendons chez GL, est un processus qui fait consensus chez les économistes, comme le rappelle François-Xavier. Elle se forme autour de 3 piliers : le prix unique du carbone (quelque soit sa source), un ajustement aux frontières selon la situation géographique (face à la concurrence internationale) et – et notre expert met l’emphase sur ce dernier point, une redistribution intégrale du produit de la taxe à la population.
La proposition qu’il défend avec nous fonctionne sur le principe suivant : la masse d’argent collectée au titre des émissions de C02 de tous les biens et services est divisée par le nombre de Français et leur est reversée sous forme de chèque. Au nom de cette politique publique, il faudrait, pour François-Xavier, substituer le terme de « dividende carbone » à celui de « taxe carbone » dans le débat public.
Cette tarification carbone, « flux qui passe par l’État », fonctionne autour d’un principe simple : plus je pollue, plus je paie. En postulant une tarification carbone à 100€ la tonne, on évalue qu’un Français moyen, qui émet environ 9 tonnes par an, paiera au total 900€ par an. Autrement dit, une personne dans la moyenne paiera 900€ de taxe et recevra 900€ en dividende. Les très petits pollueurs pourront eux, gagner de l’argent, en payant peu (par exemple, 400€ pour 4 tonnes de C02) tout en recevant les 900€ annuels. À l’inverse, les gros pollueurs perdront de l’argent, en payant plus que ce qu’ils recevront en dividende.
« La transition environnementale est ralentie à cause de contraintes règlementaires. »
Selon notre expert, la transition environnementale se joue du côté des entreprises. Le rôle de l’État est, par conséquent, de donner un cadre simple et prévisible pour elles. Mais la complexification et l’alourdissement des procédures en ralentit la mise en oeuvre, comme le montre la loi sur l’agrovoltaïsme qui a durcit l’installation de panneaux photovoltaïques sur les champs.
« En règle générale, quand l’État intervient dans quelque chose, il faudrait qu’il se pose la question, est-ce-une bonne idée que j’intervienne ? Assez souvent, c’est une mauvaise idée, mais cela peut se défendre pour la transition écologique. »
À l’inverse, subventionner la transition écologique n’est pas nécessairement la solution. Pour notre expert, si l’État doit subventionner, il doit sentir le rythme de l’évolution des technologies et y adapter son action pour que les montants ne soient pas alloués avant que les technologies ne soit mûres et développées.
François-Xavier met au centre du jeu la question du coût d’abattement des différentes solutions de décarbonation, c’est-à-dire le lien entre leur coût et les émissions effectivement évitées. Le coût d’abattement permet ainsi d’évaluer matériellement les solutions les plus efficaces. Ainsi, le Plan Solaire mis en place en 2008 lors du Grenelle de l’environnement a coûté très cher, pour peu de résultats car la technologie de l’Open Solar n’était pas encore assez mûre. Notre expert précise d’ailleurs que nous le payons encore aujourd’hui à travers une taxe sur la facture d’électricité.
En résumé, François-Xavier défend une tarification carbone systématique et généralisée reversée sous forme de dividendes aux Français, une simplification des contraintes règlementaires et des subventions qui soient efficaces sans être trop coûteuses.
Pour regarder la conférence (à partir de 3h39), cliquer ICI.
Pour lire notre article dans l’Obs « Lutter contre le réchauffement climatique ne doit pas être antisocial », cliquer ICI.
Publié le 05/01/2024.
Invité de “180 minutes infos” présenté par Nelly Daynac sur Cnews aux côtés de Judith Waintraub et Pierre Lellouche, notre chargé d’études Rafaël Amselem montre comment la surtransposition des normes européennes en France place les agriculteurs en difficulté.
En saluant le travail de la journaliste Emmanuelle Ducros, Rafaël met en avant l’antinomie des politiques européennes agricoles, notamment à travers la politique « Farm to Fork » (de la ferme à l’assiette). Plaidant pour une agriculture plus productiviste, l’Union européenne annonce, a posteriori, des mesures inverses de décroissance, de baisse d’utilisation des terres, de jachère et de baisse des produits sanitaires, qui ne permettent pas aux agriculteurs de maintenir les objectifs productivistes initiaux.
« Les agriculteurs sont perdus entre des injonctions contradictoires qui auront des impacts extrêmement pénibles pour eux, en termes de baisse des revenus et d’augmentation des prix pour les consommateurs. »
Notre chargé d’études souligne que s’ajoute à cela une surtransposition des normes européennes en France qui met de facto les agriculteurs français en concurrence déloyale par rapport aux autres pays européens. L’Union européenne ne saurait donc être la seule coupable de la situation actuelle, a fortiori quand la libre entreprise en France, y compris celle des agriculteurs, souffre d’un excès de paperasserie et de charges.
« En termes de salaire et de démocratie, ce n’est pas l’Europe mais notre modèle social que nous n’arrivons pas à réformer. »
Cela dit, Rafaël invite à penser une écologie politique claire en faveur du bien-être animal et de la préservation des sols, rappelant qu’il n’y a pas de liberté humaine sans la nature. De ce point de vue là, une norme claire, au niveau européen, est à définir.
Pour regarder l’émission, cliquer ICI.
Publié le 02/01/2024.
Dans Contrepoints, notre chercheuse associée Loriane Lafont-Grave voit dans le macronisme une contrefaçon du libéralisme. Restaurons la règle du parlementarisme contre le césarisme de nos institutions.
Ce qui est légitime n’est pas nécessairement légal. Ce qui est légal devrait toujours être légitime. Une subtilité qui, pour notre chercheuse, permet de comprendre la situation institutionnelle actuelle. Le « macronisme » a pourtant décidé de se départir du légitime pour se concentrer sur le légal, délaissant les fondements même de ce qui devrait être.
« Quand tout passe en force, rien ne passe légitimement, rien ne peut bien se passer. Il y a un effet d’usure qui mine souterrainement et de l’intérieur la force de nos institutions qui sont comme un arc trop tendu dont l’élastique a été usé jusqu’au point de rupture. »
Loriane montre que les lois ne peuvent faire loi que si elles sont légitimes. Et leur application arbitraire,« à géométrie variable », ce « deux poids deux mesures », que le journaliste Gilles Bouleau objecte au ministre de l’Intérieur sur la gestion permissive de la colère agricole (en comparaison de celle – répressive, des Gilets jaunes), incarne ce système qui flanche et vacille, plus capable de tenir ses promesses.
« Le Parlement est faible, le président est trop puissant : sous un régime composé d’extrêmes, la Constitution actuelle offre trop peu de limitations envers le pouvoir exécutif. »
Loriane soutient : une nouvelle République doit advenir, ou elle ne sera plus. Cela se fera à travers un réequilibre des pouvoirs, et la déprésidentialisation s’impose comme un des rouages nécessaire, tel que l’observe l’essayiste Laetitia Strauch-Bonart dans un article de l’Express, où elle appelle à lire notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République ».
« Le sentiment d’une « illégitimité présidentielle » s’est propagé et il faut lui donner droit de cité.»
Que faire, donc, lorsque le légitime n’est plus et que le légal est omnipotent ? Lorsqu’un régime qui s’essouffle risque de laisser la porte ouverte à d’autres, illibéraux et autoritaires ? Lorsque l’égalité entre les citoyens n’est plus maintenue et que le « pacte démocratique est mis à mal » ?
« C’est aux (vrais) libéraux français de faire en sorte que l’option libérale prévale entre toutes en expliquant que le macronisme a été une contrefaçon du libéralisme et non sa réalisation.»
Pour notre chercheuse associée, la solution est dans le libéralisme, le vrai. Celui qui, pour GL, permettra de garantir les libertés, toutes les libertés.
Pour lire l’article de Contrepoints, cliquer ICI.
Pour lire l’article de l’Express, cliquer ICI.
Pour (re)lire notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République », cliquer ICI.
Publié le 01/02/2024.
Simplification et écologie peuvent faire bon ménage, vient nous rappeler notre fondateur Gaspard Koenig. Dans le Monde, il définit la simplification non comme un laisser-faire mais comme une norme générale, claire et rigide. Sur France 5, il défend une agriculture qui, par l’écologie, peut permettre la productivité.
Les citoyens suffoquent sous le poids des normes, les entreprises aussi… et que dire de nos 400 000 agriculteurs qui, au moment où l’on écrit ces lignes, ne sont pas satisfaits des dix mesures proposées par le Gouvernement. Bien plus qu’une énième promesse de simplification et de décongestionnement, nous plaidons pour une véritable révolution normative. Les efforts des successifs gouvernements, bien que louables, ne sont pas au rendez-vous.
« Simplifier, ce n’est pas laisser faire. Au contraire, c’est établir une norme simple, qui est donc beaucoup plus stricte et rigide. Simplifier, c’est clarifier. »
Invité aux côtés du ministre de l’agriculture Marc Fesneau sur le plateau de C Politique sur France 5, Gaspard dénonce un État de droit à géométrie variable quand on réprime les activistes écologistes alors qu’on laisse faire les agriculteurs, tous devant avoir le même droit de manifester.
« Si on augmente la quantité de matière organique dans le sol de 4 pour 1000, c’est-à-dire de 0,4%, on annule l’ensemble des émissions carbone excédentaires de l’humanité. En prenant soin du sol et de la biodiversité, vous faites quasiment disparaître la question du carbone. »
Notre fondateur appelle à réconcilier l’écologie et l’agriculture grâce à l’agroécologie en ayant en tête la soutenabilité de la planète et donc, de la liberté humaine. Il souligne que cette agriculture, par l’écologie, peut se révéler aussi productive, notamment grâce aux travaux actuels de la science.
Gaspard précise qu’il ne faut évidemment pas autoriser l’importation de produits qui ne respectent pas les mêmes normes que les nôtres. L’édiction d’une norme claire au nom de l’environnement ne peut donc se faire qu’au niveau européen.
« Il faut comprendre qu’on ne fera de l’agriculture productive qu’en prenant extrêmement au sérieux la question écologique. »
Interrogé et cité par le Monde, Gaspard précise que plus on multiplie les normes, plus certains y dérogent, et moins elles sont applicables, appliquées et donc équitables : ce sont souvent les plus petits, les plus fragiles ou les seuls contrôlés qui en pâtissent.
Le combat de Gaspard lors de la présidentielle de 2022 n’aura pas été vain ! L’Express relate simultanément comment Guillaume Pépy « se place sous les auspices de Gaspard Koenig […] pour réclamer dans le pays « un renversement culturel afin que la liberté l’emporte sur la contrainte » .
Pour regarder l’émission France 5, cliquer ICI.
Pour lire l’article du Monde, cliquer ICI.
Pour lire l’article l’Express, cliquer ICI.
Pour (re)lire notre rapport « Pour une révolution normative », cliquer ICI.
Publié le 30/01/2024.
Invité sur Public Sénat chez Rebecca Fitoussi aux côtés de Mireille Dumas, Alexis Burnod et Christine Bonfanti-Dossat, notre expert Daniel Borrillo plaide, au nom des libertés fondamentales, pour une aide médicale à mourir comme il en existe une à procréer.
En France, tel que le note Daniel, le suicide n’est plus pénalement répréhensible. Il est admis comme une liberté. Mais que faire des individus en soins palliatifs ou en fin de vie qui souhaitent se suicider mais qui n’en ont pas la capacité ?
« J’aimerais vivre dans une société où j’ai la possibilité de choisir la mort. »
La légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie se heurte en France à des oppositions religieuses et morales. Pourtant, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, des pays marqués par le poids de la religion, sont plus avancés que nous. C’est pourquoi, dans une société démocratique et laïque, où la morale religieuse ou personnelle ne pourrait entièrement déterminer le légal, le suicide assisté doit relever d’un choix du patient, selon un principe de consentement libre et éclairé.
« Il faut tenir compte du poids des religions, poids des cultes comme on tiens compte tous les opinions dans une société, [mais, et] c’est la différence entre la morale et le droit, chacun peut avoir sa morale. L’euthanasie cesse d’être une question morale dès lors qu’on légalise, et le principe de laïcité doit primer sur les convictions personnelles. »
Ce consentement, fondamental, devrait se construire autour d’un dispositif juridique global et efficace : le droit de révoquer à tout moment, la collégialité (un médecin ne serait pas seul en charge), une clause de conscience (seuls les médecins qui le souhaitent s’y soumettraient), ainsi que le maintien d’une communication active avec l’entourage du patient.
« Il y a une différence entre la légalisation de la fin de vie, comme [entre] la légalisation de l’IVG, et l’IVG – ou la fin de vie en tant que tel. Personne n’est pour la mort, personne n’est nécessairement pour l’IVG. »
Il reste à noter, tel que le précise Daniel, que le suicide assisté ne peut moralement prendre place que dans des pays où un système de soins palliatifs et d’accompagnement est développé et fonctionnel. Ce n’est qu’à cette condition que l’aide médicale à mourir relève d’une véritable liberté, et non d’une « idéologie du déchet » (comme la nomme le pape François), lorsque les plus pauvres, n’ayant les moyens d’accéder à des soins palliatifs, seraient dirigés automatiquement vers le suicide assisté.
Signataire du Manifeste des 109 (aux côtés de notre fondateur Gaspard Koenig) qui plaide pour faire évoluer la loi sur la fin de vie, Daniel clôt son propos sur l’importance du choix, symbole incontestable et manifeste de la liberté personnelle.
Pour regarder l’émission « Un monde en doc », cliquer ICI.
Pour relire le « Manifeste des 109 », cliquer ICI.
Publié le 29/01/2024.
Dans sa contribution à notre recueil en hommage à Raymond Aron (le consulter ICI), Alexis Karklins-Marchay considère que notre pessimisme à l’égard des progrès fait des Désillusions une oeuvre d’actualité. Pour comprendre notre siècle, il ajoute la dialectique de l’environnement et de l’identité à celles déjà analysées par l’intellectuel (égalité, socialisation et universalité).
Le fait est connu : lire Raymond Aron est un exercice exigeant. Son style peut paraître souvent aride. Son obsession de la nuance et sa volonté d’être le plus précis possible dans les termes utilisés le conduisent à multiplier les explications. Son besoin de mettre en perspective chaque propos entraîne de nombreuses digressions, comme si le penseur craignait d’être accusé d’approximations ou d’être contredit trop aisément. Ses références à une multitude d’auteurs et de concepts nécessitent des connaissances préalables importantes.
Mais c’est aussi un exercice incroyablement stimulant tant par le caractère ambitieux des questions posées que par les constats implacables qu’il établit. Sans oublier la rigueur des raisonnements ni cette humilité constante : admettre qu’il n’est pas possible de tout expliquer, de tout prévoir.
Les Désillusions du progrès, un livre toujours d’actualité
Peu de ses ouvrages incarnent autant ces deux facettes que Les Désillusions du progrès, texte d’une grande richesse et pourtant bien moins connu que L’Opium des intellectuels, Les Étapes de la pensée sociologique ou Démocratie et totalitarisme. Sous-titré Essai sur la dialectique de la modernité, il fut publié en 1969, après avoir été initialement rédigé en version anglaise pour l’Encyclopaedia Britannica quatre ans plus tôt. Aron n’avait a priori pas prévu de sortir une version française, considérant cet essai comme insuffisamment abouti ! Mais ses élèves d’alors, conscients de l’intérêt des analyses présentées, finirent par le convaincre. A raison car ce livre constitue une contribution essentielle à la compréhension de notre époque.
La préface qu’il ajouta dans l’édition française est d’une troublante actualité. Aron repart du constat établi dans son essai initial, constat qui pourrait presque apparaître comme un paradoxe : la société moderne, ou société « de consommation », malgré notre bien-être matériel considérablement accru, continue de faire l’objet de reproches et de critiques permanentes. Certains, avec une grille d’analyse d’inspiration marxiste, lui reprochent la permanence de la pauvreté au milieu de la richesse et la persistance des inégalités. D’autres, inspirés par Jean-Jacques Rousseau, dénoncent les méfaits de la « civilisation industrielle », la destruction de la nature, l’accumulation de biens de consommation et l’aliénation des individus par les moyens modernes de communication.
Dans les deux cas, comme le titre de l’ouvrage le souligne, il existe dans nos sociétés une véritable désillusion à l’égard du monde que nous avons construit, un pessimisme diffus et une défiance à l’égard des progrès réalisés. Défiance qui se traduit par des troubles sociaux et politiques dans nos démocraties, en dépit de la croissance soutenue de l’après-guerre et de nos capacités à mieux gérer les crises économiques.
Nous étions à la fin des années 1960 lorsqu’Aron établit ces constats, mais à l’évidence, un tel climat, un tel contexte rappellent ceux d’aujourd’hui et soulèvent des questions toujours aussi pertinentes : pourquoi le développement économique suscite autant de frustrations et de troubles dans le corps social ? Comment expliquer que l’on débatte autant des inégalités même lorsqu’elles diminuent ? Pourquoi être aussi pessimistes à l’égard du progrès et de la liberté alors que jamais encore dans l’histoire, les conditions de l’émancipation et de l’affirmation de la personnalité n’avaient été aussi favorables? Pourquoi dans une société mondialisée, voyons-nous autant de personnes se réfugier dans des revendications identitaires ou religieuses ?
« Il existe dans nos sociétés une véritable désillusion à l’égard du monde que nous avons construit, un pessimisme diffus et une défiance à l’égard des progrès réalisés. »
Pour répondre à ces questions, Aron entend décomposer ce qu’il nomme « la dialectique de la modernité », précisément à l’origine de nos désillusions sur le progrès. Le terme même de dialectique renvoie à un concept en vogue chez les philosophes français de l’après-guerre, notamment chez ceux qui, comme Sartre, étudient l’évolution du régime soviétique. Mais si Aron le reprend dans son ouvrage, ce n’est pas pour à nouveau débattre de l’expérience communiste. Il s’agit cette fois de poser un regard sociologique sur les contradictions constitutives de la modernité à partir des transformations en cours dans nos sociétés occidentales.
Les trois dialectiques analysées par Aron
Pour Aron, trois dialectiques sont à l’œuvre : la « dialectique de l’égalité », en lien avec les questions de croissance économique et d’inégalités ; la « dialectique de la socialisation », en lien avec nos modes de socialisation et les rapports sociaux de classe : la « dialectique de l’universalité » enfin, en rapport avec l’horizon universaliste de nos démocraties.
La première dialectique, celle de l’égalité, naît de la contradiction partielle entre deux impératifs des sociétés modernes : d’une part, nous aspirons à produire davantage de richesses et nous nous inquiétons quand la croissance économique ralentit ; d’autre part, nous souhaitons traiter tous les membres d’une société en égaux. Mais, souligne Aron, ne commettons pas la même erreur que Tocqueville et sa confusion entre égalité sociale et égalité politique. L’ambition prométhéenne de production économique accrue et l’idéal égalitaire sont difficilement compatibles.
Car si l’égalité politique est au cœur de la citoyenneté dans nos démocraties, les inégalités dans le monde du travail, elles, sont inévitables et même intrinsèques au fonctionnement de nos économies. Evoquant la pensée schumpétérienne sur les bouleversements liés au progrès continu des sciences et des techniques, et même s’il n’évoque pas la « destruction créatrice » à proprement parler, Aron exclut toute stabilisation de notre société, celle-ci étant par essence dans un état provisoire. Pour reprendre son expression, notre économie n’est pas EN mouvement ; elle est UN mouvement par elle-même.
Aron remarque par ailleurs que chaque individu entend tirer le meilleur profit de ses propres capacités et de ses compétences pour se distinguer, en poussant le plus loin possible la logique de la distinction statutaire. La recherche du prestige social, encore plus marquée dans une société qui tend à gommer les distinctions anciennes de classes, contredit ainsi l’idéal de l’égalité.
« Si l’égalité politique est au cœur de la citoyenneté dans nos démocraties, les inégalités dans le monde du travail, elles, sont inévitables et même intrinsèques au fonctionnement de nos économies. »
Dans tous les cas, il subsistera un écart entre l’énonciation politique du principe d’égalité et la persistance d’inégalités économiques et sociales considérées comme injustes, causant ainsi de nombreuses frustrations et insatisfactions.
La deuxième dialectique analysée par Aron est celle de la sociabilisation. S’appuyant sur une thèse durkheimienne, le sociologue se demande si le malaise dont nous souffrons ne viendrait de notre anomie. Autrement dit de notre misère morale plutôt que de la « misère économique » puisque nos conditions de vie matérielle se sont considérablement améliorées depuis plusieurs décennies. Si nous avons perdu nos illusions, peut-être est-ce dû à la perte de valeurs communes ?
Comme pour la dialectique de l’égalité, celle-ci procède pour le penseur de deux aspirations contradictoires. Grâce à l’instruction pour tous, les sociétés modernes aspirent à socialiser la jeunesse, à la préparer pour répondre aux besoins de nos économies et à leur transmettre ces valeurs qui permettent la vie en collectivité. Mais dans le même temps, les inégalités en matière d’éducation et d’instructions demeurent, voire s’accroissent au profit des familles les plus aisées. Ces dernières offrent en effet à leurs enfants les conditions mentales et économiques qui les poussent à étudier davantage afin de rester en haut dans la hiérarchie de la société.
A ces déterminismes familiaux qui engendrent une véritable inégalité en matière d’instruction, viennent s’ajouter les effets psychologiques nés des développements scientifiques et techniques. « La science donne à un nombre croissant d’individus une liberté de choix jadis inconcevable », écrit Aron. L’autonomie de l’individu, le détachement vis-à-vis des formes traditionnelles d’encadrement mais aussi du travail s’amplifient dans nos sociétés. Parallèlement, les revendications nourries par l’impatience des désirs et les comparaisons envieuses contribuent à nourrir le climat d’insatisfaction rappelé plus haut. En définitive, l’idéal de l’épanouissement personnel comporte en lui-même une contradiction entre libération individuelle et adaptation à la société de masse.
La troisième et dernière dialectique est celle de l’universalité. Aron avait déjà repéré au cours des années 1960 que notre planète tendait vers une forme d’universalisme. « Pour la première fois, l’humanité vit une seule et même histoire », soutient-il dans son essai. Parmi les éléments en appui de sa thèse, il évoque notamment la création de l’ONU, l’existence d’événements comme les Jeux Olympiques, la mondialisation des échanges, l’utilisation de l’anglais comme lingua franca, la diffusion des progrès scientifiques et des techniques de production, l’homogénéisation progressive des modes de consommation ou encore les moyens de communication modernes qui conduisent inexorablement vers un monde globalisé, au moins virtuellement universel.
Pourtant, Aron observe d’autres évolutions simultanées antagonistes qui caractérisent cette dialectique de l’universalisme. Les revendications identitaires, qu’elles soient religieuses, nationalistes, régionales ou ethniques ne cessent de s’accroître. Tension et conflits locaux se multiplient, comme une forme de réponse au mouvement de mondialisation. La question des frontières et la justification du protectionnisme économique demeurent toujours très présentes dans le débat. L’idée d’un universalisme se heurte ainsi constamment aux rivalités entre États et aux affirmations nationalistes.
« L’idéal de l’épanouissement personnel comporte en lui-même une contradiction entre libération individuelle et adaptation à la société de masse. »
Les principaux enseignements d’Aron sur nos désillusions
Avec les Désillusions du progrès, ouvrage écrit pourtant il y a plus d’un demi-siècle, Aron continue d’impressionner par sa capacité à repérer les permanences de l’histoire moderne, tout en ouvrant des perspectives nouvelles qui confirment la puissance de son cadre analytique.
Comment ne pas ainsi approuver sa réflexion sur l’impossibilité d’évoluer vers une société où les critiques comme les frustrations seraient réduites ? Il nous faut accepter le fait que la tension entre l’idéal et la réalité est l’expression normale d’une civilisation dont les hommes assument la responsabilité. Comme il nous faut être lucides sur le fait que la volonté d’un ordre égalitaire et la proportionnalité des statuts aux mérites se heurtent à la pesanteur ou à la complexité de la vie économique. Malgré ou à cause de l’idéal égalitaire qu’elle proclame, notre société entretient la jalousie et les revendications, ce qui incite les individus et les groupes à se comparer toujours les uns aux autres.
Par ailleurs, la pauvreté peut d’autant moins disparaître que sa définition même varie au cours de l’histoire et que les inégalités économiques et sociales se transforment sans cesse. Il en va de même avec les inégalités entre les peuples. L’humanité restera divisée par la pluralité des volontés d’indépendance des Etats, par les inégalités relatives de développement, par les nationalismes d’essence particulariste ou par les idéologies à prétention universaliste.
La grille d’analyse proposée par Aron peut être complétée par de nouvelles dialectiques qui ont pris beaucoup d’importance au cours des dernières décennies et qui accroissent encore nos frustrations et nos désillusions. Il en va ainsi de la dialectique environnementale, sujet qui n’occupait pas les premières pages des journaux à l’époque où le penseur écrivait mais qui est devenu désormais si prégnant. D’un côté, nous avons pris conscience des dérèglements climatiques et savons que nous devons adapter nos modes de production comme nos pratiques de consommation pour y répondre. De l’autre, malgré les injonctions radicales portées par certaines voix médiatiques, nous n’entendons pas renoncer à nos standards de vie et redoutons les utopies liberticides et destructrices.
Il en est de même avec la dialectique identitaire, source de tensions multiples et de colères comme le montre la montée des populismes, notamment en occident. Nous restons attachés en principe et dans notre immense majorité aux libertés individuelles fondamentales, mais en parallèle, nous craignons de voir nos sociétés de plus en plus morcelées et fracturées. Des sociétés où les revendications identitaires et individualistes prendraient le dessus sur le sentiment de « faire nation » et sur la volonté de vivre ensemble.
A ceux qui rétorquent que la rationalité pourrait changer la donne, Aron répond de façon ferme : les sociétés ne peuvent maîtriser pleinement leur destin. Parce que les hommes d’Etat ne ressemblent pas plus au strategicus de la théorie des jeux que les consommateurs ou les entrepreneurs ne ressemblent à l’homo oeconomicus, nombres de décisions politiques s’éloigneront toujours d’une démarche rationnelle. Tant que subsistera une pluralité des acteurs étatiques aux intérêts partiellement contradictoires, notre devenir demeurera « historique ». Autrement dit, l’avenir que nous bâtirons résultera de l’œuvre de tous mais ne sera voulu par personne, ce qui le rend imprévisible et potentiellement déraisonnable.
La solution pourrait-elle venir de la planification ? Là encore, Aron est catégorique. Le plan peut certes donner l’impression de réduire la part de l’aléatoire et du hasard mais les échecs seront inévitables du fait de la complexité de nos économies, avec leurs centaines de millions de décisions individuelles prises simultanément. Les planificateurs peuvent peut-être espérer influencer et jusqu’à un certain point prévoir, mais ils seront toujours confrontés aux limites importantes de nos savoirs. Grand connaisseur du marxisme et de ses incarnations historiques, Aron ne se prive d’ailleurs pas de rappeler que l’expérience soviétique a montré les impasses et les pertes inévitables d’une planification centralisée. Le goût de la prévision et de la prospective résulte de notre ambition prométhéenne, mais nous nous heurtons à une barrière infranchissable : les hommes n’ont jamais su l’histoire qu’ils faisaient et ils ne le savent pas davantage aujourd’hui.
« L’avenir que nous bâtirons résultera de l’œuvre de tous mais ne sera voulu par personne, ce qui le rend imprévisible et potentiellement déraisonnable. »
Quant à la remise en cause de la croissance économique comme moteur de nos sociétés, Aron répond avec son sens coutumier de la nuance. Oui, économistes et moralistes ont raison de s’en prendre au fétichisme des taux de croissance et de rappeler que la répartition du produit national importe désormais peut-être autant que le volume de ce produit approximativement mesuré par ceux qu’il appelle les « spécialistes de la comptabilité ». Mais ils auraient tort d’imaginer que la croissance de ce volume n’importe plus. Car, « le risque de violence surgit, même dans les pays développés, lorsque le progrès économique s’arrête ou que les opposants mettent en question le régime politique », remarque-t-il avec justesse. Avis à tous les décroissantistes, les contempteurs de l’état de droit et les admirateurs inavoués ou assumés des régimes autocratiques !
Dès lors, puisqu’une société vouée aux changements constants ne se compare pas au passé mais se confronte à ses ambitions, soyons lucides : évoluant dans une ère technique et futuriste, nous sommes condamnés à l’insatisfaction chronique.
Restent les traductions politiques que peut avoir cet antagonisme inéluctable entre idéal des ambitions et réalité des résultats. Aron énumère plusieurs sujets sensibles, tout en faisant preuve d’un certain pessimisme. Les tensions sociales ne risquent pas de disparaître. Bien au contraire. Car, comment être certains que des Etats de centaines de millions d’hommes puissent être gouvernés selon les formes connues de la démocratie politique ? Comment le citoyen peut participer à la chose publique dans ces conditions ? Comment éviter le développement d’une bureaucratie toujours plus rationalisée et abstraite? Comment assurer la formation de chacun ? Comment éviter que des millions d’humains échappent à une « organisation de termitières », pour reprendre cette terrible expression qui n’est pas sans rappeler la pensée ordolibérale qu’il connaissait bien ? Comment retrouver des certitudes dans une société devenue à ce point sécularisée, sans vérité transcendante et ignorant le but de son propre devenir ?
Autant de questions primordiales, posées dans les années 1960 et toujours valables au XXIe siècle… des questions auxquelles il peut être difficile de répondre puisque, comme il reconnaît lui-même, « qui peut prévoir l’usage que nous ferons de notre liberté ? ». En définitive, derrière la recherche de l’abondance et la réduction des inégalités, Aron exprime une conviction fondamentale qui ne peut que nous faire réfléchir. Ni la révolution, ni la technique ne renouvelleront la condition humaine et ne modifieront cette obsession qui caractérise les humains à travers les époques : la quête du sens.
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