[Lu ailleurs] Emmanuel Macron, un libéral autoritaire ?

Interrogé en 2020 par l’hebdomadaire Marianne sur la nature du libéralisme en demi-teinte pratiqué par Emmanuel Macron, l’historien Lucien Jaume voit dans le chef de l’État le successeur du libéralisme autoritaire de Guizot. 

 

De quel libéralisme Emmanuel Macron est-il le nom ? Pour l’historien Lucien Jaume, pas de doutes, le Président se situe dans le giron d’un autre historien, François Guizot, président du conseil des ministres durant la Monarchie de Juillet. Au XIXe siècle, deux conceptions du libéralisme s’affrontent en France. Le premier courant, celui de Madame de Staël et de Benjamin Constant, se méfie de l’État, prône la liberté de l’individu et estime que la Constitution devrait permettre au citoyen de poursuivre l’État en cas d’abus. Le second, dont Guizot sera la figure de proue, est un libéralisme impulsé par l’autorité étatique.

« Ce libéralisme élitiste et autoritaire s’est en fait assez bien accordé avec l’histoire française, celle d’un pays où l’Etat a précédé et construit la nation, où l’administration occupe un rôle central. »

Lucien Jaume juge que cette dichotomie libérale réside dans les conditions objectives d’exercice du pouvoir. Pour parer les complots qui le visaient, Guizot s’était accommodé de l’appareil d’État pour mener à bien une politique autoritaire mais économiquement libérale. Cette pratique du pouvoir a tout de même suscité de vives réactions chez les libéraux de l’époque comme le rappelle l’historien, « Guizot était traité de traître au libéralisme en 1834, lorsqu’il a quasiment interdit la liberté d’association ».

Pour Lucien Jaume, le rognement des libertés politiques au profit des libertés économiques, que l’on pourrait percevoir chez Emmanuel Macron, n’a rien d’une anomalie considérant les spécificités françaises. L’Etat ayant préexisté et façonné la nation française, l’idée d’imposer le libéralisme par sa main au gré du pouvoir exécutif et de l’administration s’est opéré de façon intuitive pour les hommes politiques et chefs d’État d’obédience libérale. Il n’est ainsi guère étonnant, pour l’historien, qu’Edouard Balladur et Valéry Giscard d’Estaing aient placé leur pratique du pouvoir sous le patronage de François Guizot.

« Tocqueville soulignait avec raison que la tradition française était très portée vers l’égalité, que la liberté était regardée comme une valeur très aristocratique. Ce n’est pas la tradition britannique : là-bas, l’Etat a une fonction utilitaire. En France, l’Etat fait vivre la nation […], quelqu’un qui promet d’aller vers plus d’égalité sera toujours plus écouté qu’un autre qui assure plus de liberté. »

L’ambivalence du libéralisme d’Emmanuel Macron – un laissez faire économique et un progressisme sociétal contrebalancés par le recul des libertés politiques – s’expliquerait par l’attachement préférentiel des Français à l’égalité plutôt qu’à la liberté. Ainsi, pour Lucien Jaume, le Président « bricole avec la tradition de l’État français ». Nonobstant, l’historien regrette l’absence d’attachement des Français à la Liberté, en témoigne les enquêtes d’opinions qui soulignent l’attente du retour d’un homme fort ou l’acceptation par la majorité d’entre eux de mesures restreignants les libertés publiques.


Pour retrouver lire l’entretien dans Marianne, cliquer ICI.

 

Publié le 04/04/2022.

[Lu ailleurs] La subsidiarité pour réinventer l’État – Alain Madelin

L’ancien ministre et ex-candidat à la présidentielle Alain Madelin livre dans L’Express ses idées pour redresser la France avec un fil conducteur : la subsidiarité.

 

Bien que le constat d’un dysfonctionnement de l’État soit partagé par l’unanimité de la classe politique française, Alain Madelin constate l’incapacité des derniers gouvernements à mettre en place les réformes structurelles qui s’imposent à la France – avec d’autant plus d’urgence que nous sommes en retard en retard. Dans une lettre ouverte aux candidats à la présidentielle, il soumet ses conseils et ses idées pour « réinventer l’État ».

« Notre État se mêle de tas de choses qui ne relèvent pas de ses fonctions, que d’autres pourraient sans doute assurer mieux que lui. Dans le même temps il exerce de plus en plus mal ses vrais métiers. »

D’après lui, cette rénovation est avant tout une chance car il y a là de quoi aller chercher un « gisement providentiel de productivité et de richesses ». Réinventer la France, c’est aussi un projet politique ambitieux, rassembleur, dont tout le monde serait bénéficiaire. Une telle transformation qui ne condamnerait pas, bien au contraire, les fonctionnaires : pour Alain Madelin, il y a dans les corps de l’État de potentiels acteurs talentueux de cette transformation. Mais il insiste sur la nécessité de restructurer les services publics – non pas pour diminuer les coûts mais de manière pragmatique pour améliorer les performances de ces services – ainsi que sur la nécessité d’introduire la concurrence lorsque cela est possible, et ce afin de permettre à chaque Français de gagner en pouvoir d’achat, en opportunité et en liberté.

« Le remède c’est la pleine dévolution de blocs de compétences au niveau régional et local et la responsabilisation par des impôts spécifiques payés par l’électeur. »

Alain Madelin voit également dans la simplification normative l’un des grands enjeux pour rénover la France qui « croule sous l’abondance des lois des décrets et des règlements ». Une idée déjà développée par GenerationLibre dans son rapport « Pour une révolution normative ! » rédigé par Jean-Ludovic Silicani, et idée phare de la campagne du candidat à la présidentielle Gaspard Koenig.

Le « fil conducteur » de ces réformes doit être, d’après Alain Madelin, la subsidiarité : laisser la société s’organiser elle-même de manière horizontale lorsque c’est possible (« subsidiarité horizontale ») ; laisser aux collectivités les plus petites le choix des compétences dont elles souhaitent s’occuper (« subsidiarité verticale »). Une approche qui rejoint le principe de subsidiarité ascendante pensé par Raul Magni-Berton pour GenerationLibre : plutôt que de laisser l’État piloter la décentralisation par le haut, nous disons que c’est aux communes, aux départements et aux régions eux-mêmes d’organiser la décentralisation. Aux collectivités de choisir elles-mêmes leurs compétences et de lever l’impôt directement pour les exercer !


Pour lire la tribune d’Alain Madelin, cliquer ICI.

Pour retrouver notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

Pour retrouver notre rapport « Pour une simplification normative ! », cliquer ICI.

 

Publié le 18/02/2022.

Le néoféminisme contre l’universalisme ?

Retour sur le webinaire organisé par GenerationLibre pour présenter, avec son auteur et ami Daniel Borrillo, sa nouvelle note « Du harcèlement sexuel au harcèlement de la sexualité ». Contre l’essentialisme qui s’infiltre jusque dans le droit, Daniel appelle à réhabiliter l’universalisme pénal et à approfondir la libre disposition de soi.

 

La lutte contre les violences faites aux femmes est indispensable. Mais d’une lutte légitime contre les violences sexuelles ou pour l’égalité femmes-hommes, elle dérive vers une répression de la sexualité, alerte Daniel qui analyse le corpus idéologique des mouvements féministes les plus radicaux. À l’opposé du féminisme classique qui fonde sa lutte sur une quête d’émancipation organisée autour des droits fondamentaux, ce « néo-féminisme » essentialiste, que l’on retrouve dans certains des campus américains, suit une logique de répression et décrète la Femme victime et l’Homme bourreau.

Dans notre nouvelle publication, Daniel, juriste et chercheur associé au CNRS, analyse les ressorts de cette mouvance et en particulier la notion de « continuum des violences » sur laquelle elle s’appuie. D’après ce principe, toute femme est nécessairement victime et le viol n’est que l’apogée d’un système de domination qui commence dès le regard. Cette idéologie conteste donc automatiquement le droit pénal puisqu’il s’agit d’une part d’un outil au service des dominants – les hommes – et d’autre part puisqu’il ne peut condamner la violence d’un simple regard. À rebours de l’État de droit, cette contestation de la justice légitime les tribunaux populaires tenus sur les réseaux sociaux qui jugent et détruisent des vies sans autre forme de procès.

« J’étais surpris d’entendre dire que l’État et la police ne faisaient rien contre les violences sexuelles alors que je constatais tout le contraire. »

Le néo-féminisme s’insurge donc de l’inefficacité du droit – qui pourtant nous protège – et parle même de « complicité » systémique de l’État et de la police – si des abus existent et doivent être combattus, le reproche paraît outrancier. Si une intervenante souligne que l’entreprise de déconstruction de l’Homme est intéressante culturellement, ou comme le rappelle Violaine de Filippis dans sa chronique de la semaine pour l’Humanité (1), pour Daniel, il faut, en revanche, lutter contre l’introduction de cette entreprise morale dans le droit. Daniel démontre l’existence d’une surenchère normative en matière de crimes sexuels ainsi qu’une lente colonisation du droit et des discours officiels par certains concepts essentialistes comme « féminicide », « domination masculine », etc.

D’où l’inquiétude de Daniel de voir nos sociétés retomber dans une forme de puritanisme qui, d’une lutte qui doit toujours être menée contre les violences sexuelles faites aux femmes, s’attaquerait progressivement à la libre sexualité des individus et, à rebours de ce qu’il reste encore à conquérir, amoindrit la libre-disposition du corps des femmes – et des hommes – en combattant le travail du sexe, la GPA ou la pornographie.

Pour GenerationLibre, les combats à mener en droit sont clairs, à commencer par la légalisation du travail du sexe qui permettra d’autant mieux aux travailleuses – et travailleurs- du sexe de se protéger, ou encore la légalisation de la GPA, qui permettra aussi de protéger les femmes porteuses. La pénalisation des clients de la prostitution décidée en 2016, sous l’influence de ces courants féministes abolitionnistes, a au contraire aggravé les violences. Si l’on sépare droit et morale, la légalisation permet de réguler des pratiques, non pas selon des valeurs subjectives, mais pour s’assurer d’un seul principe moral : le libre consentement de chacun.e.s.

« La violence doit être sanctionnée en tant qu’attentat à l’autonomie individuelle et au consentement libre des individus, indépendamment de leur genre et de leur sexualité. »

En matière juridique, c’est aussi à la déconjugalisation du droit qu’il s’agit de s’attaquer urgemment comme l’explique récemment le candidat Gaspard Koenig à l’appui de plusieurs propositions de GenerationLibre pour individualiser notre système socio-fiscal (2). Récemment, Nicolas Gardères et Violaine de Filippis expliquaient dans Libération que la proposition phare de revenu universel portée par notre think tank, en tant que mécanisme socio-fiscal individualisé (contrairement au RSA dont le montant diminue en fonction du revenu du conjoint), était à même de réduire les écarts de revenus au sein du couple et de permettre d’échapper autant à un travail subi qu’à la puissance financière du mari – ou de l’épouse (3). C’est aussi un sujet pour le handicap : en individualisant l’AAH (Allocation aux adultes handicapés), on permettrait aux handicapés de ne pas avoir à choisir entre une vie de couple (au risque de voir l’aide diminuée) ou le renoncement à celle ci (pour conserver le montant maximal).

Ces questions autour du genre et du sexe font couler beaucoup d’encre, et électrisent aussi certains débats. Les commentaires de plusieurs participants au webinaire le confirment : entre assignation identitaire (réelle ou supposée) de genre, de sexe et de sexualité de Daniel – comment un homme pourrait parler de ce que vivent les femmes ? – et commentaires grossiers, il apparaît évident, comme le souligne une Française expatriée, que les libertés sexuelle et de parole ne vont aujourd’hui toujours pas (toujours moins ?) de soi en France.


Pour retrouver la note d’analyse écrite par Daniel Borrillo, cliquer ICI.

(1) Pour lire la chronique « Pécresse, une vraie « femme de droite » », cliquer ICI.

(2) Pour lire notre billet « RSA, AAH : déconjugaliser pour mieux émanciper », cliquer ICI.

(3) Pour lire notre billet « Le revenu universel, un outil pour les femmes contre les violences conjugales », cliquer ICI.

 

Publié le 16/02/2022.

RSA, AAH : déconjugaliser pour mieux émanciper

Dans L’OBS, le candidat Gaspard Koenig appelle de ses vœux la déconjugalisation du droit au nom de la simplification et de la justice sociale. Reprenant plusieurs propositions de GenerationLibre, il en montre l’intérêt pour les femmes, handicapées et démunies.

 

Le « secours mutuel », inscrit à l’article 212 du Code civil, explique la logique d’une mutualisation des dépenses (impôts payés en commun par les ménages) comme des recettes (aides sociales). Ainsi, l’allocation adulte handicapé (AAH) et le revenu de solidarité active (RSA) ne sont pas des allocations individualisées, leur montant variant selon le revenu du conjoint. Par exemple, plus celui-ci est élevé, plus le montant de l’AAH diminue, dans le but pour l’Etat d’économiser quelques euros dans le budget de la sécurité sociale.

« Les attendus des procès donnent une idée des indices collectés par les travailleurs sociaux : y avait-il deux brosses à dents sur le lavabo, deux oreillers dans le lit ? L’Etat mobilise ainsi d’importants moyens de contrôle pour récupérer quelques euros. »

Gaspard illustre la perversité du système par les exemples de bénéficiaires du RSA, qui perçoivent un montant individuel moindre s’ils vivent à deux, par des contrôles humiliants pour à leur domicile. Alors que le RSA socle s’élève à 565 €, le RSA couple ne dépasse pas les 848 €. Un manque à gagner de près de 300 €, qui se justifie par une mutualisation des dépenses au sein du couple. Le gain de ce calcul est bien inférieur aux pertes bureaucratique et d’autonomie individuelle qu’il engendre.

« Voilà qui correspond à une conception moderne du couple : non pas un ménage en fusion, mais un contrat d’autant plus solide qu’il reste librement consenti. […] On se prête d’autant mieux secours et assistance qu’on n’y est pas obligé par la loi. »

Avec son expert Marc de Basquiat, GenerationLibre a publié deux rapports sur le revenu universel : une allocation unique, inconditionnelle et individuelle. Remplaçant le RSA et diverses allocations, ce revenu universel changerait le rapport de dépendance financière au sein du couple, particulièrement pour les femmes, elles qui perçoivent un revenu en moyenne 25% inférieur à celui des hommes.

« Handicapées ou démunies, elles sont soumises à la bonne volonté de leur conjoint pour subvenir à leurs besoins. Dans un environnement aisé, elles se retrouvent prisonnières du foyer fiscal. »

Gaspard précise que si conjugalisation rime avec tradition judéo-chrétienne de la famille, il voit l’individualisation de la fiscalité comme un moyen de placer l’Etat dans un rapport neutre face à l’individu. Même sujet pour la réserve héréditaire qui sacralise la famille dans le droit et qui entre en conflit avec le principe de libre disposition de son capital. Début 2019, GenerationLibre publiait « Supprimer la réserve héréditaire » qui proposait de mettre un terme à cette familiarisation du droit, empêchant les parents de décider comme bon leur semble de ceux à qui ils entendent léguer leur héritage.


Pour retrouver la tribune de Gaspard dans L’OBS, cliquer ICI.

Pour consulter notre rapport sur le revenu universel, cliquer ICI.

Pour consulter notre rapport « Supprimer la réserve héréditaire », cliquer ICI.

 

Publié le 15/02/2022.

Entreprises : taxer moins, subventionner moins

Interrogé par l’Opinion, le candidat à la présidentielle Gaspard Koenig défend l’idée d’un effacement parallèle des taxes et des subventions pour les entreprises. Il reprend un rapport publié par GenerationLibre en 2016.

 

Les entreprises françaises font face à un paradoxe : elles sont énormément taxées, mais également énormément subventionnées. Si cette situation peut apparaître neutre au premier abord, elle ne l’est pas dans les faits : certaines entreprises bien installées, conseillées par des cabinets spécialisés, réussissent à profiter du système de subvention – les « insiders » – tandis que d’autres plus petites la subissent et payent les taxes sans bénéficier des aides. Et le système fait perdurer en sus une bureaucratie parasite, non productive mais coûteuse, ainsi qu’un excès de réglementations qui freine l’envie d’entreprendre.

« L’Inspection générale des finances observait en 2014 qu’à structure de production égale, quand une entreprise s’acquitte de 66 taxes (tous types de fiscalités confondus) en France, elle n’en payait que 17 en Allemagne et 5 au Royaume-Uni. »

D’où une proposition révolutionnaire de GenerationLibre, rédigée en 2016 par Robin Rivaton et Vincent Pavanello : un « effacement parallèle » de 50 milliards d’euros de prélèvement et de 50 milliards d’euros de subvention. Moins d’aides mais aussi moins de prélèvements afin de favoriser les plus petites entreprises et la croissance. Dans le détail, le rapport propose notamment la suppression du CICE, de certaines niches sociales, une refonte de la TVA avec en contrepartie un impôt sur les sociétés ramené à 20%.

« (L’entrepreneur) n’empochait pas le crédit impôt recherche (CIR) mais une société qui savait « quoi cocher et quoi dire » lui a proposé de faire les démarches administratives à sa place, à la condition de récupérer 30 % du montant de la subvention accordée. »

Le candidat à la présidentielle Gaspard Koenig a présenté dans le détail cette simplification de la fiscalité des entreprises lors d’un déplacement en Ardèche sur un des sites de la société de notre soutien et membre du Conseil d’administration de GenerationLibre Frédéric Guimbal.


Pour retrouver l’article de l’Opinion, cliquer ICI.

Pour retrouver notre rapport sur l’effacement parallèle, cliquer ICI.

Pour retrouver l’article de l’Hebdo Ardèche, cliquer ICI.

 

Publié le 10/02/2022.

[Lu ailleurs] : Qui veut la peau de l’État de droit ?

Muriel Fabre-Magnan, professeur en droit privé, démontre dans le Figaro Vox comment l’utilitarisme érode l’État de droit et la démocratie dans nos sociétés. Un phénomène accentué par la pandémie : notre Observatoire des Libertés Confinées recense toujours 18 mesures de restrictions de liberté encore en vigueur.

 

Pour Muriel Fabre-Magnan, l’État de droit est l’inverse de l’arbitraire : c’est le socle de valeurs essentielles sur lequel s’appuie notre démocratie. Or aujourd’hui, une pensée utilitariste du monde dissimulée sous couvert de pragmatisme voit dans l’État de droit un obstacle à l’efficacité des politiques, voire « la source de tous les maux contemporains ».  Au yeux de la chercheuse, l’utilitarisme est incapable de saisir ce qui est essentiel – car n’ayant pas de prix, que protège justement notre État de droit.

« Certains se diront que tout cela n’a pas d’importance, que nous vivons dans une démocratie et qu’il n’y a donc rien à craindre, ou encore qu’il est nécessaire d’en passer par là pour se débarrasser du virus. »

Un renversement État de droit / utilitarisme accéléré par la pandémie que nous traversons : le pouvoir exécutif détenu par le président de la République, homme providentiel, a éclipsé le pouvoir du Parlement ; « tétanisés » devant le risque sanitaire, le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État et la Cour de cassation n’ont pas protesté et ont validé l’essentiel des textes de l’exécutif ; ces derniers ont été justifiés par le Conseil scientifique et le Comité d’éthique en lien direct de l’exécutif. Tout ceci sans tenir compte d’une quelconque proportionnalité et en faisant fi de nos libertés individuelles.

D’après la chercheuse, notre époque se caractérise par un « effondrement éthique » et par la baisse de nos exigences morales : « les esprits sont désormais tellement habitués à l’utilitarisme et à l’importation des raisonnements marchands dans tous les domaines de la vie, qu’on ne comprend plus ce que Kant appelait la dignité de la personne humaine ».

« S’il est une chose certaine en régime démocratique, c’est que la liberté est le principe et les atteintes à la liberté l’exception. »

Muriel Fabre-Magnan nous invite à nous interroger sur l’importance capitale de notre État de droit. Présomption d’innocence, proportionnalité des mesures, séparation des pouvoirs, non discrimination des citoyens : bravés sur autant de sujet, notre État de droit et nos institutions sont délégitimés et vacillent. « Faut-il expliquer ce qu’il advient d’une société où le droit n’est plus légitime ? »


Pour retrouver la tribune de Muriel Fabre-Magnan, cliquer ICI.

Pour retrouver notre note d’analyse « La proportionnalité du passe sanitaire en question », cliquer ICI.

Pour retrouver notre note d’analyse coûts-bénéfices sur les confinements, cliquer ICI.

Pour retrouver notre Observatoire des Libertés Confinées, cliquer ICI.

 

Publié le 4/01/2022.

[Lu ailleurs] : Le baromètre CEVIPOF, les Français et leurs institutions

Le CEVIPOF – Centre de recherches politiques de Sciences Po – vient de publier son dernier baromètre de la confiance politique qui analyse notamment la confiance des citoyens dans les institutions.

 

D’après les données de l’étude du CEVIPOF, les Français ont majoritairement confiance dans les échelons locaux : conseil municipal (63%), conseil départemental (56%), conseil régional (54%). Cette confiance est au contraire significativement plus faible dans les échelons nationaux : Sénat et Assemblée nationale (38%), gouvernement (35%). Cette différence se remarque plus clairement encore dans la part de sondés hostiles (« pas du tout confiance ») à ces mêmes institutions : environ 28% en moyenne pour les échelons nationaux, contre 12% pour les échelons locaux.

Le maire est l’élu le plus apprécié par les citoyens (65% de taux de confiance), loin devant les ministres et parlementaires. À noter également, 57% des français sondés pensent que la démocratie fonctionne mal, une tendance en hausse de 8 points par rapport au précédent sondage réalisé en février 2021.

Extrait de l’étude du CEVIPOF

Les informations proposées par le sondage ne sont pour autant pas surprenantes : elles suivent une tendance continue depuis une décennie

Ces données nous invitent à questionner le fonctionnement de nos institutions : comment expliquer une telle défiance des citoyens envers leurs institutions et leurs élus ? Quelles conséquences tirer du fort taux de popularité des élus locaux et a contrario du faible taux de confiance dans les élus nationaux ?

« Les données du CEVIPOF nous invitent à questionner le fonctionnement de nos institutions : comment expliquer une telle défiance des citoyens envers leurs institutions et leurs élus ? Nous pensons qu’il est grand temps d’engager des réformes institutionnelles afin de modifier en profondeur le fonctionnement de l’État français. »

Nous pensons qu’il est grand temps d’engager des réformes institutionnelles afin de modifier en profondeur le fonctionnement de l’État français :

– Pour en finir avec une France jacobine, ultra-centralisée, nous proposons de libérer les territoires en appliquant le projet de subsidiarité ascendante proposé par notre expert Raul Magni-Berton. Concrètement, cela signifie que c’est à l’échelon le plus petit, le plus proche des Français, de décider des compétences qu’il souhaite s’attribuer et de celles qu’il choisit de déléguer aux échelons supérieurs. Les Français préfèrent leur maire : donnons à ces derniers plus de possibilité d’action.

– Pour rétablir un équilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif aujourd’hui sous dépendance du premier, nous allons formuler des propositions pour donner plus de moyens aux parlementaires et pour déprésidentialiser l’exécutif.

« Sans décentraliser et dé-présidentialiser nos institutions, je ne vois pas comment reprocher aux Français lassitude, colère ou abstention. Décentralisons en laissant les collectivités territoriales se saisir de compétences et lever l’impôt ; et dé-présidentialisons la gouvernance nationale, par exemple en élisant nos députés à la proportionnelle et en renforçant un Gouvernement reposant sur des coalitions. » Christophe Seltzer

Toute une série de propositions sur lesquelles nous nous penchons en ce moment même avec nos experts.


Pour retrouver les derniers baromètres du Cevipof dont celui de janvier 2022, cliquer ICI.

Pour retrouver notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

Pour retrouver notre [Lu ailleurs] « Restaurons le Parlement ! », cliquer ICI.

Pour retrouver notre [Lu ailleurs] « Supprimer l’élection présidentielle », cliquer ICI.

 

Publié le 28/01/2022.

[Lu ailleurs] : L’efficacité économique face au poids des valeurs

Interrogés par L’Express, les économistes libéraux David Thesmar et Augustin Landier analysent le décalage entre les conclusions de leur discipline et les aspirations populaires.

 

Dans leur dernier ouvrage, les deux chercheurs David Thesmar et Augustin Landier analysent les discours des économistes qui se focalisent uniquement sur l’efficacité de mesures – reflétée par le PIB – comme indice de réussite : dans ce paradigme, les politiques favorisant le commerce, l’immigration et le libre-échange sont bénéfiques, et ce malgré l’opposition qu’elles suscitent dans une partie de la population. Ils mettent ainsi de côté les sentiments moraux des individus. Or, d‘après les chercheurs, les citoyens ne réalisent pas uniquement leurs arbitrages en fonction des données économiques, mais également selon des critères économiquement aberrants : les valeurs. Celles-ci conditionnent la grille de lecture justifiant par exemple le Brexit ou encore le mouvement des Gilets Jaunes. C’est la non prise en compte des valeurs par les économistes qui, selon eux, provoque une fracture.

« Durant les Trente Glorieuses, les préoccupations majeures, c’était encore des problèmes de survie. Il fallait relancer le pays. Mais aujourd’hui dominent d’autres questions, plus morales, comme celles de l’environnement ou des migrants. »

Les deux chercheurs reconnaissent également que leur profession est biaisée par une idéologie « plutôt de centre-gauche », profondément universaliste, par conséquent non représentative de l’ensemble de la population. Ce qui aggrave les divergences entre universitaires et citoyens. Cette incompréhension engendre une certaine forme de condescendance à l’égard des citoyens : « il faut passer en force contre l’opinion », « les aider contre eux-mêmes » afin d’imposer les bons choix, économiquement parlant.

« Chez les économistes, il y a des tabous idéologiques. (…) Notre déontologie devrait être de ne pas faire la morale aux gens. »

Les économistes sont pour autant indispensables à la société car ils renseignent la population sur le coût économique de chaque décision. C’est, d’après David Thesmar et Augustin Landier leur unique mission : libre ensuite aux citoyens avertis d’arbitrer à leur gré entre coût économique et valeurs. Les deux chercheurs invitent donc les économistes à prendre en considération ces valeurs et à réadapter leurs modèles pour mieux appréhender les aspirations des populations.

« Les économistes qui répètent que le protectionnisme plombe la croissance sont à côté de la plaque. Ce n’est pas le sujet. »

Un entretien qui n’est pas sans rappeler une récente chronique de Gaspard Koenig qui appelait à décorréler réussite et niveau du PIB et troquer un peu de notre productivité contre davantage d’épanouissement personnel. Au sujet de l’IA, Gaspard appelle l’Europe, face au modèle asiatique, à défendre la liberté fut-ce au prix, d’un point de vue utilitariste, d’une perte d’efficacité économique.


Pour retrouver l’entretien de David Thesmar et d’Augustin Landier dans L’Express, cliquer ICI.

Pour retrouver la chronique « La tyrannie du toujours plus » de Gaspard Koenig, cliquer ICI.

 

Publié le 17/01/2022.

[Lu ailleurs] : Restaurons le Parlement !

Dans une tribune publiée par Libération, la future candidate à la députation Quitterie de Villepin appelle à restaurer les pouvoirs du Parlement.

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Pour Quitterie de Villepin, la campagne présidentielle phagocyte l’autre évènement démocratique de 2022 : les élections législatives. Ces dernières se retrouvent à la fois prisonnières du résultat du scrutin présidentiel et des alliances politiciennes, parachutages et ralliements qui empêchent de leur donner une réelle fonction démocratique.

D’après elle, les parlementaires font le douloureux constat que leur fonction « semble ne servir à rien » et dresse un portrait inquiétant de l’action parlementaire : « Examen de 300 lois par an dans des délais intenables, marges de manœuvre insignifiantes, procédures accélérées devenues la norme, articles de lois pléthoriques et parfois illisibles, peu de contrôle du gouvernement et d’évaluation des lois par manque de temps et de moyens… »

Les parlementaires se retrouvent à la fois méprisés par le corps électoral qui leur reproche leur inaction et par le gouvernement qui profite de cette situation de faiblesse pour mener les débats législatifs.

« Être parlementaire, aussi incroyable que cela puisse paraître, ne fait donc plus rêver personne (…) et beaucoup de députées et députés ne veulent pas se représenter. »

Quitterie de Villepin appelle à réhabiliter le rôle du parlementaire, à lui rendre les moyens d’exercer son rôle de législateur, indispensable à l’équilibre des pouvoirs.

Elle plaide également pour l’invention de nouvelles pratiques parlementaires afin de répondre à une demande croissante de démocratie participative et de pallier le manque d’attache locale des parlementaires accru par la loi de non-cumul des mandats.

« Il est de notre responsabilité de réhabiliter l’Assemblée nationale. Il y va de la survie de notre démocratie. »

Un constat tout à fait partagé par GenerationLibre. Selon nous cependant, réhabiliter le rôle du Parlement ne représente qu’un des aspects des réformes institutionnelles à adopter : si le Parlement, par des lois ordinaires ou organiques, doit effectivement acquérir davantage de moyens pour mener ses missions, l’équilibre du couple exécutif Président-Premier ministre doit aussi être revu, probablement en menant à bien une réforme constitutionnelle.

Le Président devrait devenir un arbitre, garant de l’unité de la nation et laisser la gestion des affaires courantes au Premier ministre afin d’en finir avec l’omnipotence monarchique du locataire de l’Élysée. Afin de rendre son importance au Parlement, nous proposons de décorréler les calendriers législatifs et présidentiels, par exemple en allongeant la durée du mandat présidentiel. GenerationLibre travaille sur ces sujets : affaire à suivre.


Pour retrouver l’article de Libération « 2022, l’autre bataille : réhabiliter l’Assemblée nationale », cliquer ICI.

Pour retrouver notre Lu ailleurs « Supprimer l’élection présidentielle », cliquer ICI.

 

Publié le 14/01/2022.

[Lu ailleurs] « L’immigration contribue à réduire les inégalités » – Ekrame Boubtane

Dans un entretien pour La vie des idées, Ekrame Boubtane, docteur en sciences économiques de l’Université Paris 1, explique en quoi l’immigration a des retombées positives sur l’économie et l’emploi en France.

 

Face au climat anxiogène autour de l’immigration, Ekrame Boubtane dresse un portrait factuel de ses conséquences sur l’économie française, qui d’après ses recherches depuis plus de de dix ans sont très positives. Concrètement, notre immigration se compose de personnes en moyenne moins qualifiées que les natifs mais qui occupent des postes complémentaires, et ne les « remplacent » en aucun cas.

« Au-delà du marché du travail, l’immigration a des effets sur la distribution des revenus dans les pays d’accueil. Elle augmente la part de revenus de la classe moyenne (les 40% « du milieu ») et réduit la part de revenus des 10% les plus riches. »

Mieux, l’immigration favorise le niveau de vie des classes populaires et de la classe moyenne en relevant le niveau d’emploi qu’occupent les natifs, et de fait leur salaire. Contrairement aux idées reçues, l’immigration semble avoir un effet positif sur les salaires les plus faibles et négatif chez ceux des plus riches.

« Il y a en France, comme dans les principaux pays de l’OCDE, des besoins de main-d’œuvre non satisfaits, qui coexistent pour certains pays européens avec un chômage relativement élevé. »

L’immigration constitue aussi un réservoir d’actifs pour les pays occidentaux confrontés à un vieillissement de la population inquiétant dans la mesure où la natalité décroissante ne suffit plus à soutenir le système social. Données à l’appui, Ekrame Boubtane constate que l’immigration familiale est stable depuis vingt ans quand l’immigration de travail a plus que triplé sur la même période.


Pour retrouver l’entretien d’Ekrame Boubtane, cliquer ICI.

 

Publié le 04/01/2022.

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