Cannabis : prévenir plutôt que sévir

Devant l’augmentation du nombre de consommateurs de cannabis, les propositions fumeuses ne manquent pas. Adoptée le 23 novembre 2018 en première lecture à l’Assemblée Nationale, la création d’une amende forfaitaire de 200 euros en sanctionnant la possession vient désormais raviver le débat.

 

Les chiffres sont édifiants, nous dit-on. D’après les résultats récemment publiés par l’OFDT et Santé publique France, le taux d’expérimentation est passé de 12,7 % en 1992 à 44,8 % en 2017. La consommation régulière (10 usages ou plus durant le dernier mois) a quant à elle aussi progressé, s’élevant à 3,6 % en 2017 contre seulement 1,9% en 2000. Cette hausse, constante depuis presque trois décennies, semble donc poser la question de l’efficacité des politiques actuelles.

Si les mesures punitives abondent, la légalisation reste encore un sujet tabou. Les chiffres là aussi sont pourtant révélateurs. Dans un rapport daté du 4 avril 2018, Génération Libre souligne que la probabilité de transition vers des troubles addictifs ne demeure, pour le cannabis, que de 8,9 %, là où, pour l’alcool et le tabac, celle-ci est respectivement de 22,7 % et 67,5 %.

A la lumière de ces statistiques, une conclusion s’impose : en plus d’être inutile d’un point de vue juridique, la prohibition paraît même éthiquement injustifiable. Comment alors procéder afin de limiter les dangers liés à la consommation, tout en assurant aux individus une double liberté d’achat et d’accès à des soins adaptés ? Notre rapport (lire ICI) évoque deux pistes : d’abord, une légalisation soumise à un monopole d’État sur la distribution et la production, proposée par Francis Caballero, ensuite, une légalisation par le marché, soutenue par Gaspard Koenig et notre think-tank.

S’appuyant sur le rapport de Génération Libre, Miguel Ouellette cite, dans un article pour Contrepoints (lire ICI), l’exemple du Québec et tranche en faveur de la deuxième solution. Le monopole d’État, loin d’étouffer le marché noir, stimule au contraire celui-ci, nous apprend-il en effet – la Société Québécoise Du Cannabis (SQDC) était ainsi en rupture de stock dès la première journée d’opération, forçant les usagers à se rabattre sur le commerce souterrain.

Les promesses d’un marché ouvert sont, par opposition, multiples et alléchantes : diminution des risques due à une meilleure traçabilité des produits, émergence de structures d’encadrement non coercitives ou même simplement, formation d’un secteur dynamique, novateur et extrêmement rentable.

Pour certains, la légalisation du cannabis constitue un saut dans l’inconnu ; pour Génération Libre, elle n’est qu’un petit pas vers un traitement plus humain d’un phénomène en pleine expansion. Mieux vaut prévenir que sévir, conclurons-nous, en annonçant un futur rapport étendant nos interrogations à l’ensemble des stupéfiants.


Pour lire notre rapport « Légaliser le cannabis», cliquer ICI.

Décentraliser est le meilleur moyen d’élever la vie politique

Dans les lignes qui suivent, Christophe Pella, membre et soutien de notre think-tank, plaide pour une forte décentralisation. Plutôt que le développement des référendums, Christophe loue les vertus de la concurrence institutionnelle entre une multiplicité d’entités ainsi que les avantages de l’autonomie fiscale pour responsabiliser élus et citoyens.

 

« Aidez-nous à devenir comme les Allemands. » Cette demande touchante, formulée en été 2013 par un ex-instituteur grec qui venait d’ouvrir un petit hôtel sur l’ile de Santorin, résume bien la faiblesse principale de l’Europe aujourd’hui. Malgré ses réels succès, au premier rang desquels la paix et le marché commun, l’Europe ne sait pas comment tirer vers le haut les standards de la vie politique des États qui la composent.

L’Europe ne sait pas comment tirer vers le haut les standards de la vie politique des États qui la composent.

Certains pays européens figurent parmi les plus libres, les plus prospères, les plus heureux et les plus les moins corrompus du monde. L’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg, les cinq pays nordiques, le Royaume-Uni et la Suisse se trouvent dans le haut du classement de multiples indices comparatifs. Par contre, la France et l’Europe du sud figurent au second rang en termes de qualité de vie et souffrent d’un manque de dynamisme économique. La Grèce a connu des années de franche austérité et de réformes timides, l’inverse de ce qui aurait été idéal pour assurer son avenir. Ailleurs en Europe, notamment en Hongrie et en Pologne, c’est l’État de droit qui est menacé par des gouvernements qui sapent l’indépendance de la justice, la liberté d’association et la liberté de presse.

Ces pays européens ont un commun un débat public dysfonctionnel où règnent des dangers imaginaires. Le « capitalisme ultralibéral et financier » est brandi comme un perpétuel péril dans des pays sur-réglementés et surtaxés tandis que d’inexistantes hordes d’immigrants menacent des nations repliées sur elles-mêmes. Une autre caractéristique de la politique dans ces pays est qu’elle consiste surtout en une lutte aigrie à propos du « partage du gâteau » et presque jamais en un débat sensé sur la manière de le faire grandir. Unis dans l’irresponsabilité, les insouciants considèrent le progrès comme une exogène « manne céleste » et les déprimés comme une illusion.

Unis dans l’irresponsabilité, les insouciants considèrent le progrès comme une exogène « manne céleste » et les déprimés comme une illusion.

Quelles suggestions viennent à l’esprit d’un Helvète qui vit à l’étranger ? En tout cas pas l’ajout des référendums aux constitutions existantes ailleurs ! La Suisse pratique certes la démocratie semi-directe, mais ce n’est là qu’un élément d’un système institutionnel qui comporte aussi un gouvernement collégial unissant tous les grands partis politiques. En Suisse, les faiseurs d’opinion et les citoyens donnent leur avis assez honnêtement sur chaque question soumise au scrutin. Dans les pays qui les utilisent sans équilibre institutionnel, les référendums sont plutôt otages de calculs politiques : soutenir le chef pour se faire bien voir, essayer de prendre sa place (Boris Johnson lors du vote « Brexit ») ou protester sans égard au sujet.

Une meilleure suggestion, issue de la pratique des pays fédéraux, est de décentraliser l’État bien au-delà de ce que le seul principe de subsidiarité n’exige. Pour celui qui ne voit que l’existant, la multiplicité des entités politiques avec leur parlement, leur gouvernement et leur administration propres est comme la multiplicité des entreprises privées en concurrence : un gaspillage, un désordre illogique auquel la planification centrale doit évidemment remédier. Cependant, le vrai défi n’est pas de tenter de figer l’existant, il est de trouver les règles qui nous aident à faire advenir un futur meilleur. Vu sous cet angle, la multiplicité des entités politiques locales est un processus de découverte qui permet des expériences différentes au sein d’un même pays. Naturellement, toute une série de domaines sont du ressort national ou supranational (défense, diplomatie, réglementation économique, fiscalité indirecte, assurances sociales, etc.). Mais on peut décentraliser les décisions concernant les services publics et la fiscalité directe. Cela permet aux citoyens et aux élus de s’inspirer des innovations fructueuses faites ailleurs et de corriger le tir lorsque les solutions d’hier se révèlent inadéquates.

La multiplicité des entités politiques locales est un processus de découverte qui permet des expériences différentes au sein d’un même pays.

Un second avantage de la décentralisation est qu’elle responsabilise les citoyens et les encourage à aborder pragmatiquement les questions politiques. Comme écrit Tocqueville, les êtres humains sont « avides d’idées générales » dans les domaines « qui ne sont pas l’objet habituel et nécessaire de leurs pensées ». Confrontés à la démocratie locale « tous les jours et d’une manière pratique, il faudra bien alors qu’ils entrent dans les détails, et les détails leur feront apercevoir les côtés faibles de la théorie ». Imaginons par exemple ce que pourraient devenir les conversations politiques des Français s’ils cessaient de se complaire dans l’illusion d’une lutte entre « bons » et « méchants » et d’agiter des mots en « -isme » qu’ils ne comprennent pas. « Limoges a raison d’introduire l’anglais à l’école dès 9 ans. Attendre 12 ans comme à Bordeaux, c’est trop tard. », « L’impôt sur le revenu à Nîmes est trop élevé. Regardez le nombre de gens qui déménagent à Avignon. », « La révision de la loi sur la laïcité à Nantes devrait s’inspirer des expériences faites à Rennes. ». Décentraliser est le meilleur moyen d’élever la qualité de la vie politique.

 

Les Gilets jaunes à l’assaut de l’Etat providence ?

Entre la fin du monde et la fin du mois, il faut choisir, déclare le gouvernement. A ce dilemme, les gilets jaunes refuseraient-ils de consentir ? Notre vice-président, Édouard Fillias, était invité par BFM Business (voir ICI) le 27 novembre dernier afin de décrypter les enjeux d’un mouvement hétérogène, dont la légitimité fait débat.     

 

Si on leur reproche le trop large éventail de leurs revendications, les gilets jaunes n’en demeurent pas moins le symptôme d’une crise de la représentativité, affirme notre vice-président. Aujourd’hui et depuis 1945, seuls cinq syndicats ont la charge de défendre les intérêts des français, or, ceux-ci, loin d’avoir évolué avec la société, s’en sont au contraire déconnectés.

En vérité, le combat des gilets jaunes ne se résume pas à un rejet de la transition écologique, il est le produit de plusieurs mois de colère devant une politique fiscale toujours plus sévère – colère qu’élus et syndicats n’ont jamais pris la peine d’écouter. Là où certains n’y voient que le chaos des dégradations urbaines, d’autres estiment que les récentes manifestations témoignent d’une fracture entre l’État Providence et les besoins réels de ses administrés.

A rebours du discours dominant, notre vice-président prédit la pérennité du mouvement, espérant assister à l’émergence d’une « synthèse politique » cohérente et structurée.

C’est donc vers une nouvelle forme de concertation citoyenne qu’il faut s’orienter. Pour Édouard Fillias, il est en somme nécessaire d’« ouvrir la concurrence syndicale ». A rebours du discours dominant, notre vice-président prédit ainsi la pérennité du mouvement, espérant assister à l’émergence d’une « synthèse politique » cohérente et structurée.


Pour revoir l’émission « Avec quels gilets jaunes discuter ? », cliquer ICI.

Pour lire les analyses de la communauté GénérationLibre : notre directeur Maxime Sbaihi, François-Xavier Oliveau ainsi que Louis Sarkozy, cliquer ICI.

Brève histoire d’une rencontre avec Yuval Noah Harari

Lors d’une rencontre organisée par Génération Libre, Le Point et Albin Michel, le philosophe Gaspard Koenig a interrogé l’auteur de « Sapiens », « Homo Deus » et « 21 leçons pour le 21ème siècle ».

Pour visionner le teaser de la conférence, cliquer ICI. 

Compte-rendu des échanges sur le revenu universel ICI et sur la patrimonialité des données ICI.

Pour Yuval Noah Harari, la capacité à formuler des histoires est la source de l’humanité. Elles expliquent pourquoi et comment de larges groupes peuvent coopérer. Par exemple, nous avons créé l’histoire du football : ses règles sont acceptées par tous, et le jeu mobilise des millions de supporters dans le monde entier créant une histoire collective mondiale. Les histoires deviennent problématiques lorsque les individus commencent à se battre pour elles, qu’ils oublient que ce sont de simples histoires inventées pour collaborer ensemble. Il n’y a pas de Dieu au-delà du Dieu inventé pour nous. L’histoire n’est ainsi pas téléologique, elle est sans but. Les progrès scientifique et politique ont rendu impossible tout retour en arrière. Si le futur peut modeler le comportement des individus, il est aujourd’hui si incertain avec la révolution de l’intelligence artificielle et l’essor de la technologie, que le passé prend le pas.

Pour Yuval Noah Harari, la capacité à formuler des histoires est la source de l’humanité.

Yuval Noah Harari pense ainsi que la plupart de nos décisions ne relèvent pas de notre libre arbitre. Certes, nous avons des intentions et des désirs, mais d’où viennent-il ? Les avons-nous réellement choisi ? Ne sont-ils pas plutôt biologiques ou le résultat d’impressionnants réseaux ? Se basant sur des études neuroscientifiques, il soutient que la vaste majorité de nos décisions (avec qui nous sortons, pour qui nous votons, etc.) ne résultent pas de notre libre arbitre. Gaspard Koenig souligne le paradoxe de cette opinion qui est loin de faire consensus dans la communauté neuroscientifique. En effet, si l’on n’a pas de libre arbitre, alors pourquoi ne pas capituler face à l’intelligence artificielle et accepter le confort et la commodité qu’elle nous confère ? Au contraire, si l’on pense qu’il y a toujours quelque chose à explorer dans nos processus de prise de décisions, alors il faudrait s’opposer au système d’intelligence artificielle et empêcher qu’il acquiert trop de pouvoir.

Yuval Noah Harari pense que la plupart de nos décisions ne relèvent pas de notre libre arbitre.

Pour dépasser ces problèmes philosophiques, Yuval Noah Harari admet l’hypothèse d’une forme de liberté. Le cœur du débat n’est l’existence ou l’absence de liberté. Selon lui, dans la plupart des cas, les individus font des choix, y compris les plus importants de leur vie, qui ne relèvent pas d’un véritable choix. Le problème dans l’idée de libre arbitre est sa formulation. La liberté est présupposée être quelque chose que l’on possède, quand il faudrait lutter et se battre pour elle. La liberté est la finalité, non le départ. Il est dangereux de penser que l’on exerce son libre arbitre dans chaque décision prise, car cela ne nous pousse pas à nous interroger sur ce que nous sommes et sur la nature de nos désirs. De plus, cela nous rend plus facilement manipulable par autrui, ce qui est extrêmement problématique dans nos démocraties libérales, comme nous avons pu le voir depuis l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit.

Il est dangereux de penser que l’on exerce son libre arbitre dans chaque décision prise, car cela ne nous pousse pas à nous interroger sur ce que nous sommes et sur la nature de nos désirs.

Les démocraties libérales sont-elles la fin de l’histoire, comme Fukuyama semblait le penser en 1995 ? D’après Yuval Noah Harari, elles sont de loin le régime politique le plus adaptable. Elles ont réussi à s’adapter et à progresser à travers une série de crises, dont la gravité a atteint son apogée au XXème siècle (guerres mondiales, Grande Dépression de 1929, etc.). Ainsi, Yuval Noah Harari est le porteur d’un message d’espoir : si aujourd’hui nos démocraties libérales sont à nouveau en crise, elles ont de grandes chances de se réanimer.

Ainsi, Yuval Noah Harari est le porteur d’un message d’espoir : si aujourd’hui nos démocraties libérales sont à nouveau en crise, elles ont de grandes chances de se réanimer.


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Compte-rendu des échanges sur le revenu universel ICI et sur la patrimonialité des données ICI.

Propriété des données personnelles : Koenig & Harari

Lors d’une rencontre organisée jeudi dernier par Génération Libre, Le Point et Albin Michel, Gaspard Koenig et l’historien Yuval Noah Harari ont, entre autres sujets, débattu de la notion de patrimonialité des données. En janvier 2018, notre think-tank a publié un rapport en faveur de la patrimonialité des données : « Mes data sont à moi » (lire ICI).

 

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Voici le compte-rendu de l’échange entre Gaspard Koenig et Yuval Noah Harari sur ce sujet.

Gaspard Koenig défend un système de propriété privée des données personnelles dans lequel chacun dispose librement de ses données et peut les vendre si souhaité. Non seulement cela éviterait les problèmes de gouvernance qui émergent dans le cas d’une propriété collective des données, mais aussi chacun déciderait ainsi de la destination des données.

Gaspard Koenig défend un système de propriété privée des données personnelles dans lequel chacun dispose librement de ses données et peut les vendre si souhaité.

Dans son dernier livre, Yuval Noah Harari précise que la possession et la collection des données personnelles est la question politique la plus importante de notre temps. Les données ont en effet un immense impact économique. Prenons l’exemple d’une entreprise qui, en collectant les scans ADN et les dossiers médicaux de dix millions d’individus, et s’en servant, découvre qu’un gène spécifique est responsable d’une certaine maladie. Fort de cette découverte, l’entreprise développe alors un traitement onéreux pour soigner cette maladie, et gagne des millions d’euros de bénéfice, profit réalisé grâce à l’utilisation des données des dix millions d’individus. Cependant, ces individus ne sont pas nécessairement au courant, et n’ont pas forcément donné leur accord à l’utilisation de leurs données.

Pour résoudre ce problème, Yuval Noah Harari imagine un système similaire à celui de Gaspard Koenig, dans lequel celui qui possède ses données médicales peut décider de les vendre à l’entreprise qui lui fait la meilleure offre. L’individu pourrait alors avoir des parts dans l’entreprise, de manière à ce qu’il récupère une part de revenu si l’entreprise génère du profit de l’utilisation de ses données. Dans une moindre mesure, Yuval Noah Harari pense que cela pourrait être une alternative au revenu universel — auquel il est opposé, voir notre article (ICI) sur la question pour plus de détails. En effet, nos données numériques sont nos actifs les plus importants, prévient-il. C’est une proposition qui suscite actuellement beaucoup de projets et recherches, notamment en droit et en économie.

Pour résoudre ce problème, Yuval Noah Harari imagine un système similaire à celui de Gaspard Koenig, dans lequel celui qui possède ses données médicales peut décider de les vendre à l’entreprise qui lui fait la meilleure offre.

Pour Yuval Noah Harari, la propriété privée des data est aussi avantageuse sur le plan collectif, surtout à l’échelle d’un pays. Si actuellement une entreprise va en Argentine pour acheter des mines de fer, elle va rémunérer les Argentins. Si néanmoins elle va en Argentine pour acheter des bases de données numériques, les Argentins ne seront pas rémunérés pour l’appropriation de leur data. Ainsi, tout comme l’OPEC est une organisation mondiale représentant les intérêts des pays exportateurs de pétrole, il devrait y avoir une organisation pour les pays exportateurs de data. Dans un monde révolutionné par l’intelligence artificielle, les pays laissés pour compte et qui n’ont pas d’industries liées à l’IA pourront ainsi avoir une part du gâteau — ce sont d’ailleurs généralement de gros producteurs de data. Le risque sinon est d’assister au développement d’une forme de colonialisme numérique, divisant le monde entre colonisateurs (Silicon Valley, Chine) qui extorquent les données des colonisés (Afrique, Amérique Latine,…) pour les utiliser à leur bénéfice chez eux.

Ainsi, pour Yuval Noah Harari, tout comme l’OPEC est une organisation mondiale représentant les intérêts des pays exportateurs de pétrole, il devrait y avoir une organisation pour les pays exportateurs de data.

Le colonialisme et l’extorsion des matières premières étaient l’apanage du 19ème siècle. Selon Yuval Noah Harari, nous pouvons mieux faire au 21ème siècle. Il est dur cependant de trouver une régulation appropriée concernant les données numériques, la difficulté étant déjà de réussir à conceptualiser ce qu’est une donnée. Ce qu’est la possession d’une donnée n’est pas si évident comparé par exemple à la possession d’un terrain. Un terrain ne peut pas être copié à l’infini. Si la propriété intellectuelle solutionne ce problème pour les livres, la musique, etc., les structures légales qui donneraient aux individus un réel droit de propriété sur leurs données n’existe pas encore.

Une solution à ce problème envisagée par Yuval Noah Harari pourrait être la création de syndicats de propriétaires de data, qui pourront négocier avec Amazon, Ali Baba et autres GAFA des accords d’utilisation des données.

Une solution à ce problème envisagée par Yuval Noah Harari pourrait être la création de syndicats de propriétaires de data, qui pourront négocier avec Amazon, Ali Baba et autres GAFA des accords d’utilisation des données. Ce qu’Amazon veut de moi n’est en effet pas ce que je possède, mais ce que je suis. Il veut savoir ce que j’aime, ce que je n’aime pas, les films que je regarde, etc. Il veut savoir ce qu’est ma vie. Ainsi, pour vendre mes data est d’une certaine manière vendre ma vie, car cela aide les plateformes à atteindre leur but ultime : me connaître mieux que je me connais moi-même, pour m’offrir une meilleure gamme de produits. Ainsi, des syndicats pourraient répondre efficacement à ce problème, rendant plus équitable une relation jusqu’alors très inégalitaire entre entreprises et consommateurs.

Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

Revenu universel : Koenig vs Harari

Lors d’une rencontre organisée jeudi dernier par Génération Libre, Le Point et Albin Michel, Gaspard Koenig et l’historien Yuval Noah Harari ont, entre autres sujets, débattu de la notion de revenu universel. Depuis plusieurs années, notre think-tank défend une proposition de revenu universel ambitieuse et budgétée : « Le LIBER, un revenu de liberté pour tous » (lire ICI).

 

Pour visionner le teaser de la conférence, cliquer ICI.

Voici le compte-rendu de l’échange entre Gaspard Koenig et Yuval Noah Harari sur ce sujet.

Gaspard Koenig plaide pour un revenu universel de base, reçu par tous de manière inconditionnelle, tout au long de leur vie, et perçu sous la forme d’un crédit d’impôt. Un tel revenu universel fournirait aux individus une véritable liberté de choix dans leurs activités. Par ailleurs, dans un monde schumpetérien où le contenu des emplois change régulièrement de nature, un revenu universel de base s’accorderait avec une société où le travail revêt, en conséquence, des formes de plus en plus variées.

Pour Gaspard Koenig, un tel revenu universel fournirait aux individus une véritable liberté de choix dans leurs activités.

Yuval Noah Harari est plus mitigé sur la pertinence du revenu universel de base. Certes, de nouveaux emplois seront créés via le processus de destruction créatrice, mais y en aurait-il assez, et de façon égale sur l’ensemble du globe ? Est-ce que les personnes concernées seront capables de développer les nouvelles compétences requises dans le temps imparti ? La pression psychologique peut être d’une grande violence quand on doit se réinventer à 40, 50 et 60 ans à cause de l’intensification de la révolution de l’intelligence artificielle.

Pour Yuval Noah Harari, la pression psychologique peut être d’une grande violence quand on doit se réinventer à 40, 50 et 60 ans à cause de l’intensification de la révolution de l’intelligence artificielle.

D’après Yuval Noah Harari, le problème ne vient pas forcément des pays leaders de la révolution de l’intelligence artificielle qui, à travers une offre plus grande de services, verront la demande de travail augmenter. Le problème vient des pays qui ne suivront pas cet essor technologique. Ces pays perdront leur statut d’ « usine du monde » et les emplois qui vont avec. Si les procédés de production sont automatisés, pourquoi en effet exporter les robots au Bangladesh et ajouter des coûts de transports quand la production peut être relocalisée dans le pays-consommateur ?

Surtout, ces pays risquent d’être exclus de cette nouvelle offre de service. Si les milliers d’ingénieurs en Californie veulent chacun un professeur de yoga privé, un jardinier personnel, etc., ils ne peuvent engager quelqu’un en Honduras, sauf si ce dernier émigre. De là découle une importante question concernant l’immigration. Les travailleurs du Honduras, par exemple, seront-ils autorisés à venir travailler aux Etats-Unis pour chaque ingénieur californien ? C’est peu probable, et dans ce cas un fort déséquilibre entre la demande de travailleurs aux Etats-Unis et le chômage au Honduras se maintiendra.

La définition de chaque terme de « revenu universel de base » est aussi problématique. Qu’est-ce qu’ « universel », et qu’est-ce qui est « de base » ? Ainsi, quelle est l’échelle d’application du revenu universel? Est-elle nationale ou mondiale ?

La définition de chaque terme de « revenu universel de base » est aussi problématique. Qu’est-ce qu’ « universel », et qu’est-ce qui est « de base » ? Ainsi, quelle est l’échelle d’application du revenu universel? Est-elle nationale ou mondiale ? S’il est relativement acceptable de prendre de l’argent en Californie pour payer des gens en Pennsylvanie, prendre de l’argent en Californie pour payer des gens en Honduras est un sujet beaucoup plus sensible.

En outre, la définition de ce qui est « basique » est culturelle.

En outre, la définition de ce qui est « basique » est culturelle. Biologiquement parlant, 3000 calories par jour suffisent à l’Homme. Néanmoins, en France d’autres variables pourront être considérées comme étant de base, telle l’éducation. Dans ce cas, quel niveau d’éducation y correspond ? Primaire ? Lycée ? Doctorat ? Cela inclut-il de savoir jouer du violon ? La décision de ce qui relève du nécessaire est primordiale, car ce qui sera défini comme tel sera offert à tous, mais le reste pourra n’être accessible qu’à une élite.

Est-ce qu’une quantité d’argent pourrait malgré tout aider les individus à prendre librement des décisions, indépendamment de toutes contraintes financières, comme le défend Gaspard Koenig ? Le prix d’un bien ou service est déterminé par combien doit être versé pour l’usage de ce bien ou service. Ainsi en offrant la même somme à tous, le revenu universel réintroduit des mécanismes de justice sociale, car tout le monde sera privé d’une quantité similaire de biens qui seront achetés par d’autres.

Yuval Noah Harari introduit l’exemple de la biotechnologie pour répondre à cet argument. Parce qu’extrêmement onéreuse, il est impossible de la fournir à tous. Ainsi, que faire si seules les élites peuvent vivre jusqu’à 500 ans ou concevoir de super-bébés ? Interdit-on la biotechnologie parce qu’elle n’est pas accessible à tous ou accepte-t-on que ce soit l’avantage des plus riches exclusivement ?

Ainsi, que faire si seules les élites peuvent vivre jusqu’à 500 ans ou concevoir de super-bébés ? Interdit-on la biotechnologie parce qu’elle n’est pas accessible à tous ou accepte-t-on que ce soit l’avantage des plus riches exclusivement ?

Les individus considèrent généralement comme acquis ce qu’ils ont déjà. Ainsi, Yuval Noah Harari souligne qu’on ne peut réellement rétorquer à quelqu’un qui se plaint qu’il est privilégié parce qu’il accès à de meilleurs soins de santé que n’en avaient Louis XVI. Les gens ne se comparent pas au passé, mais aux élites du présent. Ainsi, si les plus riches de la planète peuvent vivre éternellement, ceux qui ne le peuvent pas s’en plaindront. C’est pourquoi le revenu universel ne peut pas apaiser les tensions sociales entre les différentes classes. S’il peut donner accès à un certain nombre de biens ou services, le débat politique se portera alors sur ce qui reste inaccessible.

Pour lire notre rapport « Le LIBER, un revenu de liberté pour tous », cliquer ICI.

Free Speech & Journalism avec Peter Greste et Anne Nivat

Mercredi 14 novembre, notre think-tank a organisé une conférence avec l’association Think Libéral à SciencePo sur la liberté de la presse. Découvrez ici le compte-rendu de cette rencontre entre Peter Greste, grand reporter et auteur de « Voyage d’un reporter au pays de la censure », et Anne Nivat, grand reporter et auteur de l’ouvrage « Un continent derrière Poutine ». Un événement animé par Gaspard Koenig.

C’est en passant du temps dans un pays, lors d’une investigation sur le terrain, que l’on comprend les limites à ne pas franchir, les informations qui peuvent être divulguées et celles qui peuvent mener à la prison.

Si Peter Greste est un spécialiste de l’Afrique subsaharienne, il connaissait peu l’Egypte. A l’époque en 2013, les Frères musulmans avait été écartés du pouvoir par l’armée. Pour les sympathisants, c’était un coup d’Etat ; pour les opposants, l’armée ne faisait que respecter la volonté des citoyens. Néanmoins, les détracteurs du nouveau gouvernement et les soutiens des Frères musulmans étaient emprisonnés par centaines. Dans ce contexte, Greste, envoyé par Al Jazeera, devait remplacer un collègue pour un mois. Deux semaines après son arrivée, il était arrêté un soir sans explication.

L’arrestation de Greste était symbolique, c’était un message envoyé aux autres journalistes. Parlez aux Frères musulmans, et vous serez arrêtés.

Lors de son procès quelques mois plus tard, on l’accuse d’être coupable d’activité terroriste, d’être membre d’une organisation terroriste et de répandre des « fake news » pour déstabiliser le régime égyptien. Présentation des preuves, on ouvre son ordinateur, et retentit alors la musique qu’il écoutait lors de son arrestation. Les autorités n’avaient même pas pris la peine de l’ouvrir : trouver des preuves viables pour justifier les chefs d’accusation importait peu. L’arrestation de Greste était symbolique, c’était un message envoyé aux autres journalistes. Parlez aux Frères musulmans, et vous serez arrêtés. Il fut finalement détenu pendant 400 jours avant d’être libéré. Ses collègues égyptiens, arrêtés en même temps, furent relâchés peu après.

Lorsque Manuel Valls a dit après l’attentat du Bataclan que « comprendre, c’est pardonner», il réfutait l’un des principes essentiels de la démocratie qui est de comprendre les idéologies extrêmes pour en débattre et pour les contrer.

Anne Nivat l’a bien relevé : le travail d’un journaliste est de présenter des faits et non des opinions, pour montrer la complexité d’un conflit. En aucun cas un journaliste ne doit prendre parti, et il doit tendre au maximum vers l’objectivité, remettant constamment en cause les dires qu’on lui rapporte. Cependant, cette mission est aujourd’hui de plus en plus mise à mal. Lorsque G.W. Bush a clamé en réaction aux attentats du 11 septembre 2001 qu’on était soit contre les terroristes, soit avec eux, il a offert un choix binaire, dans lequel ne pouvaient se retrouver les journalistes qui doivent respecter l’impartialité. Lorsque Manuel Valls a dit après l’attentat du Bataclan que « comprendre, c’est pardonner», il réfutait l’un des principes essentiels de la démocratie, qui est de comprendre les idéologies extrêmes pour en débattre et pour les contrer. Or, Greste, citant Mill, alerte contre le danger de prendre parti car « personne n’a le monopole de la vérité. » L’idée d’une vérité absolue est dangereuse et fausse. Nivat insiste, il y a assister à un événement et il y a l’interpréter. Deux personnes peuvent voir la même chose et en tirer des interprétations différentes. Le devoir d’un journaliste est ainsi de rapporter les événements et les visions de chaque parti sans juger ni être partial. Chose difficile aujourd’hui où le ton est à la polémique et au patriotisme.

L’idée d’une vérité absolue est dangereuse et fausse. Le devoir d’un journaliste est ainsi de rapporter les événements et les visions de chaque parti sans juger ni être partial.

C’est pourquoi le journalisme est avant une question de curiosité. La curiosité d’aller voir, de rapporter, de débattre, de ne jamais prendre pour argent comptant ce qui est rapporté. Ce devoir d’impartialité est essentiel, aussi bien pour le journalisme que pour le maintien de nos démocraties libérales.

 

Conference – Free Speech ? Journalism in the 21st century

Comment exercer le métier de journaliste aux pays de la censure ? Le mercredi 14 novembre à 19h, GénérationLibre organise avec l’association Think Liberal SciencesPo une rencontre autour de Peter Greste, grand reporter et auteur, et Anne Nivat, reporter de guerre et docteur en sciences politiques. 

 

La liberté de la presse est un combat permanent contre la censure. Comment exercer le métier de journaliste au 21ème siècle ?

Pour en parler, GénérationLibre est heureux d’accueillir Peter GRESTE, reporter et auteur. Correspondant australo-letton, il a travaillé pour Reuters, CNN et la BBC, principalement au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique. Arrêté fin 2013 par les autorités égyptiennes, puis libéré, il s’est ensuite consacré à la défense de la liberté de la presse. Ce mercredi 14 novembre, Les éditions de l’Observatoire publient la traduction de son dernier ouvrage « Voyage d’un reporter au pays de la censure ».

Pour lui donner la réplique, nous accueillons Anne NIVAT, reporter de guerre et docteur en sciences politiques. Indépendante, elle s’est spécialisée dans les zones les plus sensibles du globe, et publie notamment dans le magazine Le Point.

Gaspard KOENIG, philosophe et fondateur du think-tank GénérationLibre, introduira les échanges.

Événement en anglais.

PROGRAMME
19h : Accueil
19h15 : Introduction par Gaspard Koenig
19h20 – 20h : Echanges entre Peter GRESTE et Anne NIVAT
20h – 20h30 : Questions/Réponses avec la salle

INSCRIPTIONS : cliquer ICI

Mercredi 14 novembre
de 19h à 20h30
à SciencesPo, 28 rue des Saint Pères (75007), amphithéâtre Simone Veil


 

Freedom of the press is constantly threatened by censorship. How can journalists properly do their job and report the news in the 21st century?

To (try to) answer these questions, we are hosting Peter GRESTE, reporter and writer. He’s an Australian and Lithuanian correspondent  who worked for Reuters, CNN and the BBC, mainly in the Middle East, Latin America and Africa. Arrested at the end of 2013 by the Egyptian government, then freed, he has since then been  fighting for the defense of  a free press . Wednesday, November 14th, Les Editions de l’Observatoire will release the French edition of his latest book The First Casualty.

Anne NIVAT, PhD in politics and war reporter, will be leading the debate . As a freelance journalist, she has covered the most sensitive regions of the world, andis a regular writer in the French weekly magazine Le Point.

Gaspard Koenig, philosopher and founder of the think tank GenerationLibre will introduce these exchanges.

On Wednesday, November 14th from 7 to 8:30 pm at SciencesPo, 28 rue des Saints Pères (75007), Simone Veil room

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Compte-rendu : Reinventing Liberalism

Mercredi 24 octobre, notre think-tank a organisé une conférence à l’ENS pour penser la réinvention du libéralisme. Découvrez ici le compte-rendu de cet événement modéré par Kenneth Cukier de The Economist. A Glen Weyl qui propose d’abolir le monopole de la propriété privée pour y substituer un système de marché radical, Gaspard Koenig propose d’étendre la notion de propriété jusqu’aux horizons de la « propriété de soi ».

 

Vidéo de la conférence 

Meeting minutes (EN) : Marketopia or Self ownership

On assiste aujourd’hui à une crise économique et politique de l’ordre dit néolibéral. Les inégalités augmentent, la croissance de la productivité diminue, les monopoles se renforcent. La montée de l’extrémisme politique pointe de nombreuses failles dans nos démocraties.

Dans ce contexte, Glen Weyl imagine ce que serait Marchutopie, la société idéale. À Marchutopie, il n’y a plus de notion de propriété privée. Tout est constamment mis aux enchères, à un prix compétitif. Lorsque l’on possède un bien, on doit auto-évaluer sa valeur, et payer en une taxe pour son usage. Weyl appelle cela la « taxe auto-évaluée de propriété commune ». Surtout, on doit être prêt à céder son bien si un enchérisseur est prêt à payer plus pour le posséder.

À Marchutopie, il n’y a plus de notion de propriété privée. Tout est constamment mis aux enchères, à un prix compétitif.

On pourrait croire que ce mécanisme, au lieu de redistribuer la richesse, permettrait au contraire aux plus favorisés de l’accumuler. Cependant, il est nécessaire ici de s’interroger, qu’est-ce qui constitue la richesse des « riches » ? C’est posséder des terrains, des entreprises, de l’immobilier. Or, cela sera impossible à Marchutopie. Ainsi, les biens seront répartis de manière efficace, à travers des prises de décisions collectives. Le profit des enchères sera de plus reversé à la société, soit sous la forme d’un dividende social, semblable à un revenu universel, soit sous la forme de provision de biens communs.

Si cette société paraît idéale, Gaspard Koenig lui oppose de nombreuses critiques. Tout d’abord, l’homme ne bénéficierait pas forcément de l’abolition de la propriété privée. Posséder est important pour l’homme, car cela lui donne une certaine individualité. L’image des hommes se construit à travers leurs propriétés, ce qui leur permet de se projeter dans le futur. Quand je possède une maison, je peux imaginer ce que sera ma vie future dans cette maison. Ainsi, comme l’a montré de nombreux philosophes comme Locke, la propriété privée est part de l’identité humaine. De plus, posséder un bien sur le long terme permet aux propriétaires d’être plus libre dans leur usage de l’objet. Ils n’ont pas besoin d’en maximiser l’efficacité, ils peuvent choisir une utilisation sous-optimale s’ils le préfèrent.

Posséder est important pour l’homme, car cela lui donne une certaine individualité

Ainsi, Gaspard Koenig craint, dans la théorie de Glen Weyl, un déni de l’individualisme au profit du collectivisme, à l’image de la société chinoise. S’il soutient la thèse de séparer des marchés la notion de propriété privée, il dénonce les moyens défendus par Weyl pour le faire. Pourquoi,  à la place d’interdire la propriété privée, ne donnerions-nous pas plutôt des biens à tout le monde ? Dans ce scénario, ce ne serait plus le capital que l’on taxerait, mais la consommation, car en possédant un bien on prive la société de son usage.

Finalement, les désaccords entre Gaspard Koenig et Glen Weyl reflètent une profonde opposition idéologique : l’idée de propriété privée radicale versus l’idée de marchés radicaux. Pour le premier, l’essentiel du libéralisme est la suprématie de l’individu. Pour le second, c’est un champ ouvert de possibilité, dynamique et fluide, en opposition à des autorités arbitraires et hiérarchiques.

 

Conference – Reinventing Liberalism !

Et si, pour abolir les dernières rentes, tout devenait marché ? Au contraire, comment réhabiliter la propriété ? C’est le thème du débat organisé par le think-tank GénérationLibre avec Glen Weyl et Gaspard Koenig, modéré par Kenneth Cukier, le mercredi 24 octobre à 8h.

Au fondement du libéralisme, la propriété privée est aujourd’hui contestée par les libéraux les plus radicaux.

Dans l’ouvrage Radical Markets, Glen WEYL et Eric POSNER proposent une alternative au socialisme à l’heure de la crise du néolibéralisme. Leur thèse : il faut briser le monopole de la propriété pour rendre les marchés efficients dans tous les domaines. Ici, la propriété trouve sa valeur dans l’usage : la finalité des échanges. Le marché remplace la souveraineté populaire.

A cette vision, Gaspard KOENIG souhaite proposer un individualisme tout aussi radical : réhabiliter la propriété comme expression d’un pouvoir de création de soi sur soi. (lire ICI)

Evenement en anglais avec Glen WEYL, économiste et chercheur chez Microsoft, et Gaspard KOENIG, philosophe et président de GénérationLibre, qui en débattent ce mercredi 24 octobre de 8h à 10h. Kenneth CUKIER, journaliste de The Economist modérera ce débat.

PROGRAMME
8h : Accueil
8h15 : Introduction Maxime Sbaihi, DG du think-tank GénérationLibre
8h20 – 9h20 : Débat Glen Weyl x Gaspard Koenig
9h20 – 10h : Questions/Réponses avec la salle

INSCRIPTION : cliquer ICI

Mercredi 24 octobre
de 8h à 10h
à l’ENS, 45 rue d’Ulm à Paris (75005)


What if a limitless expansion of the market was the best way to abolish rents ?

The more radical liberals today contest private property, even if it used to be one of the fundamental principles of liberalism. Glen Weyl and Eric Posner offer an alternative to socialism in view of the crisis of neoliberalism. To make markets efficient we must break the monopoly of private property, they argue in Radical Markets. Property’s value resides in its use, i.e. the purpose of exchanges. Markets replace people’s sovereignty.

By contrast, Gaspard Koenig offers another sort of radical individualism: the re-establishment of property as the possibility for each one of us to empower oneself.

Those are the issues that Glen WEYL, economist and researcher at Microsoft and Gaspard KOENIG, philosopher and president of GenerationLibre will discuss on Wednesday, October 24th from 8 to 10am.
Kenneth Cukier, journalist for The Economist will be the moderator.

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