Et si vous étiez fiché S ?

Dans sa chronique pour Contrepoints, notre responsable des relations institutionnelles Sacha Benhamou revient sur la proposition de Marion Maréchal visant à arrêter préventivement tous les fichés S. Il dénonce les surenchères sécuritaires portant atteinte à l’Etat de droit et en appelle à la défense de la démocratie libérale.

 

Selon Sacha, la proposition de Marion Maréchal méconnait l’un des socles de la tradition juridique libérale de l’Occident : le droit à la sûreté, déjà présent dans l’Habeas corpus et garanti en France par la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

« S’il est vrai que la majorité des terroristes étaient fichés S, tous les fichés S ne sont pas des terroristes. »

 

Ainsi, il considère que détruire les fondements de l’Occident revient à donner la victoire à nos ennemis.

En outre, Sacha rappelle le risque d’instrumentalisation des lois d’exception à des fins autres que la lutte contre le terrorisme. Tel a notamment été le cas avec l’usage des lois anti-terroristes pour réprimer les manifestations. L’utilisation de ces lois pourrait aussi bien s’appliquer aux fichés S pour avoir été militant de l’ultra-droite (comme certains membres de Reconquête) ou pour avoir côtoyé un fiché S.

« Consentir à l’arbitraire, même dans l’objectif noble de lutter contre le terrorisme, est la voie la plus sûre vers la tyrannie. »

 

Aussi, notre responsable des relations institutionnelles constate que la démocratie libérale et l’Occident ont perdu leur pouvoir de séduction comme en témoigne la montée de l’islamisme et des « tenants d’un Occident fantasmé ».

Afin de retrouver leur attractivité intellectuelle, Sacha conseille de ne pas seulement se contenter du refus de la radicalité et du populisme mais de contrattaquer à la moindre menace, comme l’ont fait les Ukrainiens.

Enfin, si Sacha considère que la mission de l’Etat est de garantir la sécurité des citoyens, celle-ci ne doit pas s’exercer au prix du sacrifice de l’Etat de droit. Il nous rappelle que la liberté implique une part de risque.

« Nous devons assumer que dans une société libre, le risque zéro n’existe pas. »

 


Pour lire la chronique de Sacha, cliquer ICI.

 

Publié le 09/12/2023.

Quand Big Brother porte la flamme olympique…

Dans l’émission Les visiteurs du soir sur CNEWS, notre chargé d’études Rafaël Amselem dénonce la permanence de la logique de l’Etat d’urgence à l’occasion des futurs Jeux olympiques. 

 

Interrogé par Frédéric Taddeï sur la proposition initiale de gratuité des transports pendant les JO, Rafaël dénonce une « farce » et constate une dégradation constante de la qualité du service des transports parisiens alors même que les prix augmentent.

Aussi, il reproche aux Jeux olympiques d’être exclusivement réservé à une certaine classe sociale et de s’inscrire dans une logique discriminante comme en témoigne notamment l’expulsion de certains étudiants de leurs chambres CROUS.

« Nous avons des Jeux olympiques qui ne sont pas capables d’organiser la dignité. »

 

A propos de la sécurité des Jeux, notre chargé d’études dénonce une certaine permanence de la logique de l’Etat d’urgence qui sous-entend que l’Etat de droit ne serait pas en mesure de garantir la sécurité des citoyens. Si cette logique peut être débattue en temps de crise exceptionnelle (COVID, terrorisme), elle ne peut être appliquée à l’organisation des Jeux olympiques qui relève d’un choix politique.

« Je suis gêné par la permanence de la logique de l’Etat d’urgence qui considère les libertés comme un obstacle à la sécurité. »

 

Même s’il ne s’oppose pas par principe à l’exigence de sécurité, Rafaël considère toutefois que dans un système de libertés publiques, l’adoption des mesures de sécurité doivent faire l’objet d’un débat public.

« Dans un Etat de droit, l’organisation de la sécurité dépend d’un schéma institutionnel qui préserve les contre-pouvoirs. » 

 

A ce titre, il regrette que la CNIL n’ait été informée que tardivement de certains dispositifs et rappelle que le Conseil d’Etat a mis en lumière les insuffisances de l’études d’impact du projet de loi sur la sécurité des Jeux.

De plus, il juge que le recours aux drones ou aux caméras augmentées est liberticide et disproportionné, quand bien même le Conseil Constitutionnel n’a pas censuré les dispositions législatives afférentes. Notre chargé d’études rapporte la position de la CNIL selon laquelle l’usage de caméras augmentées est anormal dans un Etat de droit.

« Nous n’avons pas été convoqués en tant que citoyens pour se prononcer sur ces mesures sécuritaires. » 

 

Rafaël analyse que dans un tel Etat de droit, la liberté est première. D’après lui, cela implique que le citoyen soit considéré comme étant par nature innocent et non suspect. Or, le dispositif de surveillance appliqué lors des Jeux olympiques part du postulat inverse et s’inscrit dans une logique illibérale.

Enfin, Rafaël conclut que le risque zéro ne peut exister et que la sécurité sera toujours un prétexte pour adopter des mesures liberticides.

 


Pour voir l’intervention de Rafaël, cliquer ICI.

 

Publié le 07/12/2023.

Javier Milei n’est pas d’extrême-droite

Sur le plateau des Visiteurs du Soir sur CNEWS, notre expert Daniel Borrillo refuse de classer le nouveau président argentin à l’extrême-droite et observe que son programme se confronte à la culture politique du compromis. 

 

Daniel constate que depuis le milieu du XXème siècle, l’Argentine subit un déclassement économique accentué par l’inflation et la dépendance au coût des matières premières.

Dans ce contexte d’appauvrissement, notre expert juge que le peuple argentin a exprimé un rejet de l’Etat et de ses représentants en élisant Javier Milei à la présidence.

« Les argentins ont compris que depuis 70 ans, l’Etat ne marche pas. »

 

En outre, Daniel estime que la réalisation de son programme sera complexe au regard de l’absence de majorité au Parlement.

D’après lui, le président prend ses distances avec le candidat. En effet, il se voit contraint de tisser des alliances, notamment avec le centre-droit, comme le démontre sa volonté de nommer Patricia Bullrich, ancienne candidate à l’élection présidentielle, au ministère de la Sécurité (fonction qu’elle occupait déjà par le passé).

Sur le fond, Daniel remarque que le nouveau président modère son programme en conditionnant ses réformes à la création de richesses et en conservant, pour le moment, les structures sociales du pays (allocations, santé publique, éducation…).

« Il y a une distance énorme entre le candidat Milei et le président Milei. »

 

De plus, notre expert s’oppose à une classification exclusive de Javier Milei à l’extrême droite.

En effet, sur les thèmes de l’immigration et de la famille, le candidat a adopté des positions libérales : il considère que l’immigration est une liberté et se prononce en faveur de la contractualisation des liens familiaux et du mariage des couples homosexuels au nom de la liberté individuelle.

« Il est difficile de comprendre le phénomène Milei si on le classe mécaniquement à l’extrême-droite.» 

 

Interrogé sur les emportements et la vulgarité du nouveau président, Daniel juge que s’il ne respecte effectivement pas la nuance et les « moyens de bienséance » que le libéralisme impose, il « joue toutefois un personnage ».

 


Pour voir l’intervention de Daniel, cliquer ICI.

 

Publié le 30/11/2023.

Minima sociaux : mieux seul qu’accompagné ?

Dans la Revue politique et Parlementaire, notre expert Marc de Basquiat (auteur de nos rapports sur le revenu universel) s’associe à son collègue Léon Régent (think tank AIRE) pour décrypter les limites de la déconjugalisation de l’AAH et proposer des solutions de simplification de notre système socio-fiscal. 

 

La loi de déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé (votée en 2020 quasi unanimement et mise en oeuvre le 1er octobre dernier) était, selon les auteurs « politiquement bienvenue », mais manque finalement à sa cible face à la complexité du droit. Auparavant, l’AAH était systématiquement amputée des revenus d’activité du partenaire du bénéficiaire. Désormais, cette allocation est indépendante. Cependant, les travaux menés en 2019 par Fabrice Lenglart (analyste économique) démontrent que la vie de couple est désavantageuse pour les ménages modestes. En effet, les allocataires de certains minima sociaux perçoivent moins d’argent en étant en couple que s’ils se déclarent seuls aux yeux de l’État. Exemple concret : les bénéficiaires de l’AAH n’ont pas d’incitation financière à travailler plus qu’un tiers de temps dans le cas où ils sont payés au SMIC horaire. 

En ce qui concerne l’AAH, si un couple est formé de deux personnes sans activité (l’une au RSA, l’autre à l’AAH), le droit au RSA disparaît automatiquement. Lorsque le partenaire non-handicapé travaille, il se voit perdre aussi sa prime d’activité et dès lors que son activité atteint et dépasse le SMIC, le quotient conjugal joue son rôle de réduction de l’impôt du partenaire actif. De manière cumulée, le partenaire handicapé perçoit toujours son allocation (même en cas de salaire élevé du conjoint). 

 

« Qui comprend que la « familialisation » de l’impôt, qui permet aux couples contribuables les plus aisés de réduire leur prélèvement, a pour corollaire une « familialisation » des prestations sociales, qui abaisse massivement l’aide aux plus pauvres dont la vie conjugale est connue ? »

En 2020, Thomas Mesnier était l’unique député du groupe Horizons à s’être opposé au projet de loi de déconjugalisation de l’AAH. Tout d’abord, le député s’inquiétait du fait que cette déconjugalisation de l’AAH ne prendrait plus en compte « la réalité sociale et financière du bénéficiaire » et ne permettrait donc plus de l’accorder en priorité à nos concitoyens les plus fragiles. Effectivement, les auteurs l’affirment : les individus les plus fragiles sont clairement impactés par la mise en couple lors du bénéfice de cette allocation, tandis que les couples les plus aisés bénéficient désormais d’un « complément financier très significatif ». 

Aussi, cette mesure apparaît au député « anti-redistributive » car près de « 47.000 personnes handicapées qui travaillent ne percevront plus l’AAH lorsque leur conjoint ne travaille pas ». Les auteurs nous expliquent qu’il existe en effet un phénomène de « double exclusion des minima sociaux ». 

Pour finir, le député voit en cette loi « la porte ouverte à la déconjugalisation d’autres prestations sociales » (RSA, ASPA…). Le graphique démontre en effet une différence de traitement très importante selon que l’un des conjoints bénéficie de l’AAH, du RSA ou de l’ASPA.

 

« La situation de ces couples est d’autant plus désagréable que le conjoint valide mais non actif se voit refuser le RSA au prétexte que son partenaire perçoit des revenus d’activité. Cette double exclusion des minima sociaux est rude : du RSA à cause du conjoint, de l’AAH malgré le conjoint. »

Nos auteurs esquissent plusieurs propositions « radicales ». La première consiste à « abroger les règles de calcul défavorisant les couples pauvres ». Pour commencer, nos auteurs appellent à réformer le RSA, dont le montant pour un couple devrait être « défini comme le double du montant accordé à une personne seule, tout simplement » en supprimant éventuellement la majoration de l’aide au logement (20% pour les APL). 

La seconde proposition consiste à « abroger les règles de calcul favorisant les couples riches ». Ici aussi, le graphique nous permet de visualiser l’application du quotient conjugal pour les couples très aisés. Nos auteurs dénoncent les incohérences de ce dispositif : 1 % seulement des contribuables profite vraiment de ce mécanisme, la majorité d’entre eux ne le comprennent d’ailleurs pas vraiment. Ainsi, ils proposent de plafonner l’effet du quotient conjugal au montant du RSA que perd le conjoint inactif qui se déclare en couple. 

 

« Cette réforme nécessite un immense effort de pédagogie pour se débarrasser de schémas idéologiquement datés, dénoncer les incohérences d’un dispositif « quotient conjugal » régressif et adopter la logique d’avantages fiscaux forfaitaires. »

La troisième proposition consiste à « forfaitiser le soutien aux personnes handicapées ou âgées ». Dans le cas de l’ASPA, ils souhaitent mettre en place un forfait unique par ménage âgé, équivalent au différentiel séparant l’ASPA du RSA) qui peut s’ajouter au RSA individualisé. Le même schéma permettrait de moderniser l’AAH et de lutter contre « le piège désincitatif au travail » subi par les allocataires. 

Pour répondre à toutes ces problématiques énoncées, les auteurs plaident pour individualiser tous les dispositifs fiscaux et de soutien au revenu ainsi que pour détacher les allocations spécifiques (handicap, vieillesse…) des dispositifs généraux. Il ne s’agirait finalement que de compléments additionnels. 

 

« Sollicités de toutes parts, les élus tentent de corriger à petits pas un système socio-fiscal devenu un monstre de complexité. Toute modification ponctuelle met en péril cet édifice fragile. Ni les élus, ni les citoyens, ni même les experts ne parviennent à formuler et présenter une vision d’ensemble pertinente. »

 


Pour lire l’article, cliquer ICI.

Pour (re)découvrir notre rapport « Liber, un revenu de liberté pour tous », cliquer ICI.

 

Publié le 30/11/2023.

L’humour, un droit de dire le pire ?

Dans sa chronique pour l’Opinion, notre présidente Monique Canto-Sperber revient sur la polémique Guillaume Meurice et fait la distinction entre humour et opinion. D’après elle, c’est à la justice d’en définir la frontière.

 

L’humoriste Guillaume Meurice a fait l’objet d’une sanction par la direction de Radio France après avoir comparé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à une « sorte de nazi, le prépuce en moins ». Cette sanction est aujourd’hui contestée par l’intéressé devant la justice.

Dans ce contexte, Monique estime qu’associer nazisme et circoncision doit conduire à s’interroger sur la limite entre humour et politique.

Selon elle, le régulateur et la justice doivent déterminer si les propos de Guillaume Meurice relèvent ou non de l’antisémitisme.

« D’où la question : était-ce juste une blague, destinée à faire méchamment rire, dans la tradition de l’humour français de Pierre Desproges ? Ou bien était-ce un message politique (…) tout cela en profitant de l’impunité que l’humour garantit  ? »

 

Notre présidente juge, en effet que l’humour, « par nature irrespectueux et transgressif », peut être sans limite à condition de ne pas être un alibi à la défense d’une cause.

Si l’humour fonctionne parfaitement lorsqu’il se fonde sur la « culture dont il exploite les références historiques, les stéréotypes et les préjugés » et sur l’association d’idées, ce dernier mécanisme n’a rien d’évident au cas d’espèce.

« L’humour suppose un usage du langage qui va au-delà de la littéralité de ce qui est dit, il joue sur les évocations, les allusions, les sous-entendus et les double sens. »

 

Selon Monique, la liberté de rire des juifs ne doit pas conduire à la haine ou l’injure dissimulés qui font le socle de l’antisémitisme.

Enfin, pour notre présidente, les propos de Guillaume Meurice reviennent à considérer les juifs comme les bourreaux exterminateurs des Palestiniens, à l’instar de ce que furent les nazis pour les juifs.

Si Monique juge inapproprié le motif invoqué de la sanction de Radio-France (ajout de division à la division), le juge a toutefois la charge de se prononcer sur le caractère antisémite des propos de l’humoriste.

« Il est nécessaire d’aller trop loin, mais pas nécessairement vers une eau si trouble. »


Pour lire la tribune de Monique, cliquer ICI.

 

Publié le 24/11/2023.

Lutte contre l’antisémitisme : le retour de la Loi des suspects ?

Dans une tribune pour Contrepoints, notre chercheuse associée Loriane Lafont s’élève contre la police des opinions et défend les principes portés par Benjamin Constant pour renouer avec la liberté d’expression.  

 

Dans le cadre du conflit israélo-palestinien et du combat contre l’antisémitisme, Loriane dénonce le climat ambiant de suspicion qui règne dans le débat public à l’égard de ceux qui ne prennent pas publiquement position.

Elle rappelle que la lutte contre l’antisémitisme est une liberté et non une obligation et dénonce la chasse aux sorcières contre ceux qui font le choix du silence.

« On ne peut criminaliser le non-dit ; le silence ne peut devenir suspect. »

 

Aussi, elle s’inquiète d’un espace public au sein duquel chacun devrait justifier ses opinions et apporter la démonstration de leur moralité.

Dès lors, il convient d’affirmer, selon elle, un triptyque de principes libéraux : liberté d’expression, pluralité des opinions, liberté de manifester. Pour Loriane, la liberté d’expression implique le désaccord ou le choix volontaire du silence tandis que faire la chasse aux opinions exprimées ou tues relève de la censure, sinon de l’Inquisition.

De plus, Loriane juge essentiel de se référer aux principes énoncés par Benjamin Constant pour garantir le respect des libertés publiques et pour lutter contre les risques d’une « surveillance généralisée » menée au nom de combats légitimes tels que la lutte contre l’antisémitisme.

« Chercher la faille, le propos incomplet, la citation imprécise et l’on a tous les ingrédients d’une néo-police de la pensée qui contrevient en tout à l’esprit d’une démocratie saine et vivante. »

 

En outre, il faut veiller à ce que la liberté d’expression ne soit pas gangrenée par l’auto-censure, par une moralisation des opinions ou par la domination de la police de la pensée.

Se fondant sur la théorie de Benjamin Constant, Loriane estime donc que le rôle du citoyen est fondamental et identique à celui d’un ministre dans « la qualité des interaction publiques ».

Contre l’interdiction de l’expression de certaines opinions, Loriane préfère le goût de la contradiction et de la pluralité des opinions qui relèvent, pour une large part, de la responsabilité des médias.

« Qu’on ne vive pas dans un État totalitaire est toujours l’affaire de tous. »

 


Pour lire la tribune de Loriane, cliquer ICI.

 

Publié le 17/11/2023.

Décentralisons le quotidien

Dans sa chronique pour Contrepoints, notre responsable des relations institutionnelles Sacha Benhamou appelle à revitaliser le compromis démocratique en octroyant plus de liberté et d’autonomie aux acteurs locaux. 

 

L’une de nos avenues les plus célèbres au monde, la Promenade des Anglais à Nice, est en proie à la circulation incessante de poids lourds (jusqu’à 1800 par jour selon les chiffres de la Mairie). En provenance de toute la métropole, ces convois nuisent au bien-être des riverains ainsi qu’à celui des touristes. Les Niçois sont les « victimes des externalités négatives du commerce transfrontalier ». Malheureusement, ils ne bénéficient pas du même traitement de faveur que les Parisiens. C’est du moins ce qu’estime Sacha, qui n’imagine pas l’Avenue Montaigne bloquée par un convoi exceptionnel de camions. 

La ville de Nice n’est pas en cause puisqu’elle a pris la décision d’habiliter seulement les poids lourds de Crit’Air 1 et 2, mais le ministère des Transports a fermé les yeux sur cette décision et catégorise désormais la Promenade des Anglais comme « une route à grande circulation ». Ainsi, l’économie nationale apparaît primer sur le quotidien des Niçois. Une fois de plus, cette problématique « hyper locale » ne devrait pas être traitée par le ministère des Transports, organe centralisateur bien trop affairé par des questions d’enjeu national. 

« Les Parisiens ont la chance d’avoir le Gouvernement à portée d’engueulade, pas les Niçois. »

 

Sacha appelle donc à « revitaliser la démocratie locale » ! Il est plus qu’urgent de recréer un lien étroit entre les élus et les citoyens, un lien d’écoute et de confiance, mais avant tout un lien de liberté. Car pour Sacha, la liberté des collectivités prend sa source dans la décentralisation. Il faut inclure les citoyens dans la prise de décisions qui les impactent au quotidien. Pour ce faire, il appelle à donner plus de pouvoir aux collectivités territoriales.

Les nombreux actes de décentralisation n’ont pas suffi. Les collectivités territoriales ne disposent d’à peu près aucune autonomie budgétaire et l’État ne leur a octroyé que des « compétences résiduelles qu’il ne voulait plus voir apparaître à son budget ». L’État doit impérativement se désengager de certaines compétences et les déléguer aux acteurs locaux s’ils sont plus aptes à les exercer afin de se concentrer sur ses missions régaliennes. 

« La décentralisation, ce n’est pas l’indépendance, mais c’est tout au moins une forme de liberté des collectivités. Or, cette liberté des collectivités n’existe pas en France en dépit des prétendues lois décentralisatrices. »

 

Pour Sacha, une répartition plus claire des compétences ne suffit pas, il faut plus de compromis dans le débat local. Il appelle à « élargir la clause de compétence générale » des collectivités, tout en excluant les compétences exclusives des autres échelons. Néanmoins, si la décision locale porte atteinte à l’ordre public, l’État serait alors à même de saisir la justice administrative. 

« Pour recréer de l’appétence pour le consensus, revitalisons la démocratie locale ! »

 


Pour lire la chronique de Sacha, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre note « Oser le « pacte girondin » », cliquer ICI.

 

Publié le 10/11/2023.

Budget, immigration, Proche-Orient : Rafaël face à l’actu

Interrogé par Jean Massiet pour Backseat sur Twitch, notre chargé d’études Rafaël Amselem définit le libéralisme à partir de la notion de dignité. Il dénonce la position caricaturale du parti LR sur le projet de loi immigration ainsi que les incohérences de notre système social. 

 

Dans un premier temps, Rafaël expose sa vision du libéralisme ainsi que les grands combats qui animent GenerationLibre. Selon lui, le libéralisme est un appel à la dignité de l’être humain qui permettrait à chaque citoyen de jouir de ses droits, eux-mêmes garantis par l’Etat.

 

 

« L’ensemble des droits politiques reconnus par la Constitution, par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, vise à reconnaître cette phrase de Paul Ricoeur (…) : « Quelque chose est dû à l’être humain du seul fait d’être humain ». » 

A propos du traitement par les partis politiques français du conflit au Proche-Orient, notre chargé d’études estime que la stratégie « philosémite » du RN est paradoxale et hypocrite au regard des liens du RN et de Marine Le Pen avec l’antisémitisme. `

De l’autre côté du prisme politique, notre chargé d’études note une scission au sein de la NUPES. Si celle-ci ne relève pas de la géopolitique, elle se manifeste à travers les sous-entendus et tropes de LFI qui refuse de reconnaitre les actions du Hamas comme terroristes et génocidaires.

 

« La France Insoumise, au fond, a adhéré à un discours qui consiste à dire qu’il n’y a que contextualisation dans ce conflit. » 

Aussi, dans un contexte de tensions, Rafaël juge opportun de promouvoir une vision libérale de la société en opposition à une laïcité restrictive. En ce sens, le takbir « Allah Akbar », énoncé essentiel du culte musulman, ne doit pas être réduit à un cri terroriste.

 

« Je vois surtout un engagement clanique [sur le sujet du conflit israélo-palestinien]. » 

 

En matière d’immigration, il déplore les surenchères du parti Les Républicains s’opposant à une régularisation des travailleurs sans papiers dans les métiers en tension alors même que certains élus locaux LR en font la demande. Néanmoins, Rafaël salue les débats actuels qui reflètent enfin une culture du compromis contre la logique verticale du présidentialisme.

« Sur l’immigration, je trouve que Les Républicains sont dans une position extrêmement caricaturale et contraire aux intérêts de tout le monde. » 

A propos des discussions sur le projet de loi de finances, Rafaël fustige une trop forte centralisation dans l’élaboration et le vote du budget mais reconnaît une certaine légitimité à l’usage du 49-3 compte tenu de la nature du texte. Toutefois, sur le fond, il soulève quelques incohérences : comment comprendre qu’un système social alimenté par un tel niveau de dépense publique et d’impôt puisse générer autant d’injustices et de pauvreté ?

 

« La question de l’efficacité de la dépense publique n’est jamais posée » 

Il critique l’inégalité générationnelle du système social au sein duquel les anciens bénéficient davantage que les jeunes de la redistribution au mépris du principe de solidarité.

A l’arrivée de Sandrine Rousseau en dernière partie d’émission, Rafaël salue publiquement EELV pour qui une réflexion autour de l’antisémitisme est essentielle au sein de la NUPES.

 

« Finalement, vous êtes plus libérale que vous ne le dîtes »  – Rafaël à Sandrine Rousseau dans Backseat

Enfin, alors que Rafaël fait remarquer, dans un sourire, à Sandrine Rousseau qu’elle fait preuve de libéralisme en se montrant favorable à moins de verticalité et plus de compromis, la députée préfère, hélas, opérer une distinction que l’on récuse, entre libéralisme économique et libéralisme sociétal.

 


Pour voir l’émission avec Rafaël, cliquer ICI.

 

Publié le 31/10/2023.

Israël/Palestine : la France face à ses émotions

Notre directeur Christophe Seltzer, dans Atlantico, ainsi que notre chargé d’études Rafaël Amselem, pour Le Point et invité de C ce soir, décryptent les effets de la crise du Proche-Orient sur la vie politique française.

 

Pour Atlantico, Christophe constate une forme d’électoralisme plutôt qu’une communautarisation de la vie politique. Contre l’idée d’une « morale » républicaine, il plaide pour une conception libérale de la laïcité et défend les principes de l’Etat de droit et de la démocratie libérale. Il impute largement les polémiques autour de la NUPES à l’esprit présidentialiste excessif de la Ve République.

Dans Le Point, Rafaël dénonce quant à lui la rhétorique pleine de tropes antisémites de certains ténors de LFI, soutenue en renfort par Rivarol – véritable baiser de la mort de l’extrême-droite à l’endroit de Jean-Luc Mélenchon. Notre chargé d’études proteste également contre le refus du mouvement d’extrême gauche de considérer le Hamas comme une organisation terroriste.

 

 

Invité à se prononcer sur l’existence d’une rupture de la société avec la démocratie libérale, Christophe estime en premier lieu qu’un croyant de toute confession ne doit pas être considéré à priori comme un individu faisant sécession avec les règles de la citoyenneté. Il interprète ainsi la loi de 1905 sur la laïcité avant tout comme une loi de liberté et non comme une restriction à la croyance religieuse.

« Il y a selon moi une confusion délétère : la laïcité en France renvoie à une loi de liberté, celle de croire ou de ne pas croire, et non pas à une morale républicaine anti-religieuse.
Il faut enseigner aux enfants la laïcité comme une liberté collective et non pas comme un combat athéiste. »

Christophe Seltzer dans Atlantico 

 

Aussi, plutôt que de constater une communautarisation de la vie politique, Christophe préfère percevoir une forme classique d’électoralisme auquel se soumet aussi bien LFI que Reconquête.

Notre directeur affirme également que l’unité républicaine n’a pas disparu et que le caractère républicain des institutions, a contrario des années 1930, n’est pas ouvertement la cible des extrêmes.

Néanmoins, aux responsables politiques (et parfois aux journalistes) tentés de surfer sur l’émotion collective, Christophe rappelle les principes démocratiques intangibles qui doivent s’imposer aussi bien par temps calme que par tempête : indépendance de la justice, liberté de manifester, liberté d’expression, droit à un procès équitable (même pour les personnes fichés S) etc…

« Depuis le 7 octobre, je ne vois pas de propos de responsables politiques à proprement parler anti-républicains sur le plan des valeurs (si tant est que ce soit un critère d’évaluation), non plus que condamnables du point de vue du droit. En revanche, je m’inquiète que l’Etat de droit soit violemment battu en brèche par des déclarations politiques à l’emporte-pièce comme par des questions de journalistes trop rapides. »

Christophe Seltzer dans Atlantico 

 

Au sujet de la NUPES, notre directeur déplore acharnement qui résulterait, pour partie, de la trop forte personnification du débat politique dans la Ve République. Il plaide donc en faveur d’un régime politique fondé sur la recherche du compromis, un rôle accru des partis et un Parlement plus fort.

« La bonne politique consiste aussi en la recherche de compromis sur des programmes sérieux compte tenu des rapports de force électoraux entre des partis politiques solides.
Dans un régime politique qui redonnerait sa place centrale au Parlement, ces unions seraient possibles, réalistes, et efficaces. »

Christophe Seltzer dans Atlantico 

 

Si Christophe reconnait que l’extrême gauche adopte une rhétorique « anti-dreyfusarde ou soralienne », il n’en demeure pas moins que ses idées contribuent de manière essentielle à un débat démocratique équilibré et que céder aux sirènes d’une police de la pensée sur des aprioris idéologiques serait une grave erreur.

En réaction à la diabolisation des opinions, Christophe défend une confrontation sereine des  courants de pensée. Pour y parvenir, il milite pour une nouvelle logique institutionnelle passant au préalable par une déprésidentialisation de la Vème République.

Dans son entretien pour l’Express, Rafaël se prononce plus précisément sur la position adoptée par La France Insoumise. Alors que l’extrême droite vient à son secours, notre chargé d’études considère que le mouvement d’extrême gauche a commis une faute politique en cédant, dans son expression, à des tropes antisémites.

« Antisémite ou pas, ce qui est certain, c’est que la France Insoumise déploie un ensemble de tropes qui, consciemment ou non, renvoient bien à de l’antisémitisme. »

Rafaël Amselem dans Le Point 

 

Reprenant les interventions et tweets successifs de Jean-Luc Mélenchon, Rafael dénonce l’équivocité d’une rhétorique considérant, d’une part, les accusations d’antisémitisme comme une volonté de nuire à la Gauche mais sous-entendant insidieusement, d’autre part, que l’attaque du Hamas ne serait que la conséquence logique de l’oppression d’un Etat hébreu conquérant.

Enfin, LFI ferait preuve d’un aveuglement coupable en et déniant le fait juif et en refusant, selon les faits, de considérer le Hamas comme une organisation terroriste et autoritaire.

« L’offensive israélienne est encadrée par un jus in bellum qui astreint l’Etat hébreu à des devoirs. Mais on ne saurait évoquer des « massacres » en ayant refusé au préalable de parler de terrorisme, a fortiori quand on connait les précautions prises par Tsahal et la manière avec laquelle le Hamas utilise ses civils comme boucliers humains. »

Rafael Amselem dans Le Point 

 

Pour autant, Rafaël garde espoir et salue les positions des derniers hussards d’une gauche encore lucide telle que Sandrine Rousseau.

« Nous ne sommes pas des pantins. Les Juifs méritent mieux. L’antiracisme mérite mieux. Les électeurs LFI méritent mieux. Tout le monde mérite mieux que cette médiocrité méprisable. »

Rafaël Amselem dans Le Point 

 


Pour lire l’entretien de Christophe, cliquer ICI.

Pour lire l’entretien de Rafaël, cliquer ICI

Pour regarder Rafaël dans l’émission C ce soir, cliquer ICI

 

Publié le 27/10/2023.

Israël : la mémoire du 7 octobre au service de la paix avec les Palestiniens ?

Dans l’Opinion, Monique Canto-Sperber analyse de manière pragmatique les objectifs contradictoires auxquels Israël est confronté et livre trois grands principes sur lesquels Israël devrait s’appuyer pour renouer avec le volontarisme d’une coexistence pacifique.

 

Pour notre présidente, si éliminer le Hamas, épargner les civils gazaouis, sauver les otages et mettre en œuvre les conditions d’une paix futur avec la Palestine sont des objectifs légitimes à poursuivre, ils apparaissent néanmoins comme contradictoires et même « vides de sens » au regard de la situation.

Pourtant, dans ce contexte, Monique estime que trois principes doivent guider l’action du gouvernement israélien pour parvenir à une solution politique réaliste.

Le premier principe repose sur la nécessité de comprendre précisément la folie meurtrière du Hamas dont les méthodes trouvent ouvertement leur source dans le souvenir macabre des pogroms et du Troisième Reich.

 

« Les terroristes ont voulu faire savoir au monde entier que les Juifs en Israël n’ont aucun droit à l’existence et que la haine de leur présence vaut comme obligation de les tuer »

Le second principe consiste à épargner les civils. En effet, le propre d’une démocratie libérale consiste, pour Monique, à « refuser le mimétisme de la vengeance et assumer de mettre des limites à sa propre action. ». Israël ne peut donc se compromettre dans un bain de sang qui éclabousserait son image et sa crédibilité.

 

« (..) épargner les civils, c’est d’abord l’exigence de ne jamais les viser comme tels. De ce point de vue, le nombre de morts est une chose, mais la façon dont ils sont morts est au moins aussi importante »

Le troisième principe vise, quant à lui, à préserver l’avenir. L’Etat Hébreux, devenu vulnérable, se voit désormais dans l’obligation de trouver le moyen de parvenir à une « coexistence pacifiée » avec ses voisins.

 

« Il faut renouer maintenant avec un volontarisme du dialogue, prudent et sans illusions. »

Enfin, Monique invite à substituer le « pessimisme historique délétère » de la politique menée par Benjamin Netanyahou depuis vingt ans par une volonté puissante de dialogue fondée sur la prudence et l’absence d’illusions. En ce sens, la mémoire douloureuse de cette tragédie pourrait paradoxalement constituer les fondations d’une paix nouvelle avec les Palestiniens.

 


Pour lire la chronique de Monique, cliquer ICI.

 

Publié le 24/10/2023.

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