GL à Dijon – Quel libéralisme au XXIème siècle ?

A l’invitation de l’Association de Débats Libres Etudiants du campus européen de Sciences Po Paris à Dijon, Kevin Brookes, notre directeur des études, et Christophe Seltzer, notre directeur des relations publiques, ont donné une conférence devant une soixantaine d’auditeurs.

 

Kevin a livré une présentation des fondements du libéralisme, a dressé les contours de sa crise et a montré en quoi il restait encore pertinent face aux problèmes contemporains et notamment l’avènement des démocraties « illibérales ».

Il a expliqué comment GenerationLibre renouvelait la pensée libérale aux travers de propositions comme le revenu universel, la famille par contrat ou encore l’autonomie fiscale des collectivités territoriales.

Christophe a détaillé comment notre organisation renouvelait la manière de contribuer au débat d’idées sous la forme d’un think tank et non d’un parti politique. Une association de la société civile qui promeut des idées politiques, dans l’arène médiatique, au travers de propositions de politiques publiques réalistes.

Dans la journée, ils ont pu échanger librement avec Lukas Macek, politologue et directeur du campus de SciencesPo, des élus ainsi que des entrepreneurs locaux.


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Données personnelles : avons-nous vraiment le choix ? 

Dans une note publiée par l’IREF, il est reproché aux rédacteurs du second rapport de GenerationLibre en faveur d’un droit de propriété privée sur les données de ne pas rappeler l’origine de la propriété – et plus particulièrement le fait qu’elle s’applique aux biens rares et rivaux – ne pouvant être utilisés simultanément par plusieurs individus. Nos experts Pierre Bentata et Lucas Léger, co-auteurs de ce second rapport « Aux data, citoyens ! » répondent.

 

Le rappel théorique concernant la propriété est tout à fait exact et nous n’avons jamais voulu remettre cela en question. Notre problématique est bien différente : nous avons réfléchi à la pertinence d’introduire des droits de propriété pour répondre à un problème spécifique connu dans la littérature scientifique sous le nom de « paradoxe de l’intimité ». Ce paradoxe met en évidence le fait qu’en dépit d’une préférence marquée pour la protection de leur intimité et de leurs données personnelles, les utilisateurs tendent à les divulguer aisément, en raison des difficultés techniques à les protéger, d’un manque d’information sur le fonctionnement de la publicité en ligne et de l’émergence d’une norme sociale d’abandon de la notion d’intimité.

La plupart des modèles microéonomiques ne se préoccupent pas de l’utilisateur, qu’ils estiment rationnel. Or, cette hypothèse de l’utilisateur rationnel est remise en cause par les travaux de l’économie comportementale.

Dans la note de l’IREF, le « paradoxe de l’intimité », pourtant abondamment étudié et démontré dans la littérature économique, est simplement balayé au motif que les « sondés se mentent à eux-mêmes » et qu’« il sera toujours possible d’opposer d’autres sondages qui suggèrent le contraire ». Les dizaines d’études en économie comportementale sur lesquelles nous nous fondons ne sont pas de simples sondages et concluent toutes à l’existence d’un décalage, subi, entre la volonté de protéger les données personnelles et leur divulgation ressentie comme inévitable.

Bien sûr, le rédacteur de la note de l’IREF est libre de nier les résultats scientifiques et le concept même d’économie comportementale ; il est tout aussi libre de dénigrer les méthodes de l’économie empirique en les reléguant au rang de simples sondages. Mais dans ce cas, il semble que le débat se déplace de la sphère scientifique à la sphère polémique.

https://twitter.com/GLthinktank/status/1176082986837663744?s=20

Dès lors qu’on accepte l’existence de ce paradoxe, l’introduction d’un prix apparaît comme un mécanisme particulièrement puissant pour révéler aux utilisateurs la valeur de leurs données et donc leur permettre de prendre une décision éclairée. Car contrairement à ce qu’affirme le rédacteur de la note, le prix n’est pas un simple ratio d’échange, mais un « signal » dont l’interprétation et le pouvoir informationnel vont bien au-delà de l’idée d’un ratio. Dans le cas que nous étudions, l’introduction d’un signal à travers un mécanisme de prix fournit une information nouvelle aux utilisateurs : face à un service dont l’utilisation nécessite une contrepartie, l’utilisateur préfère-t-il payer avec ses données ou avec de l’argent ? Cette question n’est possible que s’il existe un véritable prix – et non du troc – qui permette à l’utilisateur de comprendre simultanément que le service à un prix – jusque-là invisible – et qu’il s’en acquitte jusqu’à présent en fournissant ses données personnelles. Voilà pourquoi un droit de propriété est nécessaire selon nous.

L’introduction d’un prix apparaît comme un mécanisme particulièrement puissant pour révéler aux utilisateurs la valeur de leurs données et donc leur permettre de prendre une décision éclairée.

Dans notre rapport, nous n’avons jamais formulé la proposition de la rémunération des utilisateurs, ni utilisé cet objectif pour légitimer l’introduction de droits de propriété. Aucune des deux approches – contractualiste et propriétariste- proposées ne repose sur la rémunération des utilisateurs ; tout au plus l’approche propriétariste rend-t-elle la rémunération possible, sans que cela ne soit ni garanti ni souhaité par les rédacteurs, puisque nous avons expliqué que tout le « paradoxe de l’intimité » tient justement au fait que les utilisateurs de services en ligne croient que ces services sont gratuits ; une fois conscients qu’ils échangent des données contre le service, le paradoxe est résolu car la transaction est explicite. Dans ce contexte, rémunérer un utilisateur n’a pas de sens, ce que nous avons rappelé.

https://twitter.com/GLthinktank/status/1173553203604049920?s=20

Par ailleurs, l’auteur de la note semble confondre la prise en compte des effets de réseaux dans la politique anticoncurrentielle, et l’importance de ceux-ci dans l’émergence d’un pouvoir de marché pour les plateformes. Il faut dissocier les deux. Il est vrai que ces effets ne se suffisent pas à eux-mêmes pour mettre en place une politique anticoncurrentielle cohérente. Cependant, ils expliquent pour une large proportion l’émergence de puissants oligopoles dans le numérique.

https://twitter.com/GLthinktank/status/1173649604086247429?s=20

 


Pour relire notre rapport « Aux data, citoyens ! », cliquer ICI.

Gaspard Koenig dénonce la reconnaissance faciale

Dans un entretien pour Le Figaro mené par Eugénie Bastié, Gaspard Koenig dénonce l’usage abusif des technologies mise au service de la surveillance de masse. Une critique reprise aujourd’hui par Yael Goosz dans son édito politique sur France Inter.

 

Alors que le gouvernement français invoque l’efficacité pour justifier un programme de reconnaissance faciale, Gaspard déplore une optimisation qui se fait au prix de la libre disposition de nos données numériques.

La France doit s’éloigner du modèle rationaliste et confucianiste chinois qui sacrifie l’intimité et la vie privée au profit de l’ordre public, et où les données privées sont la propriété de tous. Elle ferait mieux de s’inspirer des Etats-Unis qui se penchent sur la protection de la liberté individuelle en régulant les « deepfakes » et la reconnaissance faciale. En ce sens, la CNIL vient de limiter cette semaine la surveillance sonore et vidéo dans trois grandes villes.

Si ces nouvelles technologies semblent proposer un modèle de société plus sécuritaire, elles suppriment, avec l’insécurité, les marges d’erreur et les zones d’ombres caractéristiques d’une société libre. Gaspard, attaché à sa liberté et son anonymat, rappelle qu’un monde où le risque zéro n’existe pas est préférable à un monde sous surveillance où tout individu est un suspect potentiel.

Le progrès technique doit donc s’accompagner de garde-fous éthiques : la modernité est bonne, si elle est mise au service de la liberté. Pour cela, le législateur doit redonner aux individus les clés de leurs données privées, pour éviter qu’une puissance tyrannique ne se les approprie à mauvais escient.


Pour relire l’entretien « Mieux vaut un suspect en liberté qu’un innocent sous surveillance », cliquer ICI.

Pour écouter l’édito politique de Yael Goosz sur France Inter « Souriez (ou pleurez), vous êtes filmé(e)s !« , cliquer ICI.

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Le cannabis bientôt légalisé à Paris ?

Alors que la France vient d’autoriser une expérimentation du cannabis thérapeutique mais campe sur sa politique répressive en matière de cannabis récréatif, Paris a fait une demande au Gouvernement pour être ville test du cannabis récréatif légalisé.

 

Début juillet, l’agence du médicament a donné son feu vert à l’expérimentation du cannabis thérapeutique, au même moment où s’installait une mission d’information à l’Assemblée nationale, réunissant quatre commissions.

Cette effervescence, en France, fait écho au rapport publié le mardi 9 juillet par l’Adam Smith Institute, think-tank britannique, appelant à suivre le modèle de légalisation du Colorado.

L’actualité ne cesse d’y revenir : après la publication le 19 juin dernier d’une tribune dans le Nouvel Obs signée par médecins, élus et économistes désireux d’ « en finir avec le statu quo », c’était au Conseil d’analyse économique (CAE), think-thank indépendant sous l’autorité du Premier ministre, de préconiser la légalisation du cannabis en France, rappelant qu’elle pourrait rapporter à l’État 2 milliards de recettes fiscales.

La proposition de la ville de Paris permettra-t-elle de faire un pas vers la légalisation ? Pas si sûr. Le sujet ne relevant pas des compétences de la ville mais du gouvernement, c’est à ce dernier que la décision finale reviendra. La tradition jacobine et centralisatrice de la France pourrait alors empêcher l’expérimentation ou la pérennisation à l’échelle locale. Pourtant selon la présidente du groupe à l’origine de la proposition (RGCI), Laurence Goldgrab c’est justement l’occasion « d’interpeller l’Etat et de montrer qu’à l’échelle locale, nous sommes prêts ».

La légalisation – et donc la régulation – du cannabis n’est pas seulement un enjeu économique mais surtout un enjeu de santé publique. « Actuellement, la France a le système le plus répressif d’Europe et pourtant, nous sommes aussi le pays où la consommation explose, en particulier chez les mineurs. Le constat est sans appel : cinquante ans de répression inefficace et coûteuse » rappelle Laurence Goldgrab, à l’instar de notre rapport publié en mai 2018.

Une situation d’autant plus alarmante que les conséquences de la consommation chez les mineurs sont préoccupantes : selon l’OFDT, 41,5% des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà fumé du cannabis, dont 10% d’entre eux étant des fumeurs réguliers. Un chiffre qui chute à 33% pour les adultes de 18 à 64 ans. Or, on constate que le taux de consommation faiblit chez les mineurs quand le cannabis récréatif est légalisé (INHESJ).

Le rapport du think-thank Adam Smith Institute (“The Green Light — how legalizing and regulating cannabis will reduce crime, protect children and improve safety”) rappelle l’importance du principe de la liberté/responsabilité du consommateur majeur, et s’attache à montrer que la légalisation du cannabis permettrait de réduire l’activité criminelle liée au marché noir, mais également par sa régulation, d’améliorer les objectifs de santé publique en contrôlant la qualité et en investissant dans la prévention. Ce dernier appelle ainsi à une légalisation par le marché sur le modèle du Colorado au contraire d’un monopole d’État qui ne met pas, selon lui, un terme au marché noir comme dans le cas du Québec ou de l’Uruguay.

GenerationLibre ne peut que soutenir ces diverses initiatives. Dans la droite ligne de son rapport publié en mai 2018, notre think-tank travaille actuellement à un deuxième rapport sur les modalités de régulation du cannabis en France, et l’éventuel élargissement à d’autres substances.

Nous sommes déterminés à peser dans le débat public pour informer et faire avancer les choses.


Pour lire la chronique de Maxime Sbaihi « Cannabis : une léthargie française » cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Pourquoi et comment légaliser le cannabis », cliquer ICI.

Internet : lutter contre la haine sans abîmer la liberté d’expression

Dans un article du 24 juillet 2019, Slate revient sur la proposition de loi, adoptée le 9 juillet à l’Assemblée, visant à combattre les contenus haineux sur internet. Gaspard Koenig et Christophe Seltzer reviennent sur les enjeux de ce texte qui sera examiné au Sénat à la rentrée. 

 

Cette proposition de loi dite “loi Avia”, même si elle n’est pas encore effective, fait polémique car considérée porter atteinte à la liberté d’expression. En effet, inspirée d’une loi allemande de 2017, le texte initial définit comme discours haineux “tout contenu comportant une incitation à la haine ou une injure discriminatoire à raison de la race, de la religion, du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap”

En cas de propos manifestement illicites, le retrait ou déréférencement devra être effectué sous 24 heures. Si la personne refuse, elle s’exposera alors à un an d’emprisonnement et à une amende pouvant aller jusqu’à 250 000 euros pour une personne physique et 1 250 000 euros pour une personne morale.

« Il y aura toujours des personnes pour dire n’importe quoi », regrette Gaspard Koenig, qui estime néanmoins que la liberté d’expression « n’est pas faite pour les propos tièdes ».

Les dispositions de cette loi réjouissent ainsi un certain nombre de personnes qui estiment que le fait de responsabiliser les plateformes en ligne semble plutôt positif. D’autres, cependant, pensent qu’ils continueront de subir des discriminations mais qu’il ne pourront plus exprimer leur colère en ligne car la loi ne prévoit pas de distinction entre les discriminations systémiques et celles qui ne le sont pas. De cette manière, de nombreux slogans et campagnes militantes pourraient tomber sous le coup de cette loi.

Christophe Seltzer insiste : « Il faut apprendre aux utilisateurs à savoir réfuter ou à ne pas suivre les comptes de personnes vectrices de discours de haine. »

Où placer le curseur entre ce qui est légalement acceptable et ce qui ne l’est pas en matière de liberté d’expression ? Gaspard Koenig, partisan du free speech, défend l’idée qu’il faut pouvoir tout dire et savoir tout réfuter, pour que chacun soit responsabilisé sur le fond de ses propos.

Une chose est certaine, tout le monde s’accorde à dire que le bon usage des réseaux sociaux, comme de la liberté d’expression, réside dans l’éducation. 


Pour lire l’article de Slate « Liberté d’expression et lutte contre la haine sur internet, un difficile exercice d’équilibriste » cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Pour rétablir la liberté d’expression » cliquer ICI.

Le revenu universel avance avec l’impôt universel

Rendez-vous parlementaire, tribune de Gaspard Koenig dans L’Humanité et analyse de la politique fiscale du Gouvernement par notre expert Marc de Basquiat dans Atlantico : notre proposition fait son chemin.

 

Dans L’Humanité, Gaspard dénonce l’enfer kafkaïen traversé par les demandeurs d’aides sociales, et alors que le travail évolue, plaide inlassablement pour la création d’un filet de sécurité automatique et émancipateur pour tous, dont la modélisation produite par notre think-tank est à finances publiques constantes.

Toujours en ce sens, dans Atlantico, Marc de Basquiat analyse la restitution du Grand Débat et discute la remise à plat de la fiscalité revendiquée par le ministre du Budget, Gérald Darmanin, dont les éléments ne sont pas à la hauteur des enjeux. De façon réaliste, et à l’inverse, Marc rêve d’un système fiscal simplifié qui soit aussi une réponse sociale efficace :

« L’impôt sur le revenu serait calculé tous les mois par l’administration en multipliant par 23 % la somme des revenus du mois et soustrayant 480 euros par adulte. Lorsque ce calcul aurait un résultat négatif, ceci déclencherait un virement automatique du fisc vers le compte bancaire du foyer fiscal. Ce mécanisme ultra simple, applicable à toute la population sans distinction, remplacerait une grande partie de la complexité actuelle. »

A quelques détails près, notre proposition de revenu universel est aussi à l’honneur d’une tribune publiée cette semaine par les chefs d’entreprise Richard Bielle et Bernard Bourigeaud dans Les Echos. Le 3 avril, notre proposition était encore soutenue dans un billet d’Hermann Hairet, soutien de notre think-tank, qui démontre en quoi le revenu universel « n’a rien d’une proposition de hippies ».


Pour lire la tribune de Gaspard Koenig dans L’Humanité, cliquer ICI.

Pour lire l’analyse de Marc de Basquiat dans Atlantico, cliquer ICI.

Pour lire la tribune de Richard Bielle et Bernard Bourigeaud dans Les Echos « Revenu et impôt universel : deux mesures qui vont très bien ensemble », cliquer ICI.

Pour lire l’article d’Hermann Hairet dans Le cercle des Echos « Revenu universel : de l’utopie à la réforme sans surcoût pour l’Etat », cliquer ICI.

Pour lire notre proposition, cliquer ICI.

Nos députés s’attaquent à vos data

Plus d’un an après notre premier rapport “Mes data sont à moi”, et dans le contexte de l’examen de la loi dite “taxe GAFA”, notre idée de patrimonialité des données personnelles fait son chemin à l’Assemblée nationale.

 

En janvier 2018, le député Bruno Bonnell avait déjà déposé un amendement en ce sens lors de l’examen de la loi relative à la protection des données personnelles. Le 3 avril dernier, en commission des finances, c’est la député Dominique David qui a interrogé Pascal de Saint Amans, directeur de l’OCDE, sur l’opportunité de réfléchir à notre position, pointant les difficultés de mise en place d’une “taxe GAFA”.

 

 

Dans l’hémicycle, c’est la députée Lise Magnier qui a défendu, en séance, le 8 avril, l’amendement de l’UDI en faveur d’un droit de propriété sur les données personnelles. Le parti de Jean-Christophe Lagarde a d’ailleurs annoncé vouloir en faire une proposition clé de son programme pour les élections européennes. Le rapporteur de la loi qui vise à créer une taxe sur les service numériques, Joël Giraud, a quant à lui manifesté son vif intérêt pour l’idée, qui mérite à ses yeux un débat complet, des études exhaustives, et une proposition de loi à part entière.

 

 

Le 29 mars, dans une chronique pour Les Echos, Eric Le Boucher reprenait la thèse d’Eric Posner, en se demandant si les données ne pouvaient pas devenir le troisième facteur économique aux côtés du capital et du travail : “Chacun serait propriétaire de l’historique de son comportement (déplacement, achats, lectures…), il serait rémunéré par les plates-formes quand elles l’utilisent et chacun doit pouvoir à son gré récupérer ses data pour les « louer » mieux à une autre plate-forme.”

GenerationLibre continue de militer pour la patrimonialité des données. Courant juin, un second rapport sera publié.


Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

Devenir propriétaire de nos data, une idée qui fait son chemin !

La Silicon Valley et les acteurs du numérique semblent s’accorder sur un point : il existe une crise de confiance profonde entre les GAFA et leurs utilisateurs. On reproche aux GAFA le traitement opaque des données personnelles, et le profit monétaire qu’ils en tirent. Plusieurs solutions se font jour. En France, le ministre de l’économie veut créer une énième taxe que GenerationLibre dénonce. Mais en Californie, on réfléchit à un tout autre système : la patrimonialité des données, que notre think-tank défend depuis un an en France (lire ICI). 

 

En 2018, la Californie a voté une sorte de « RGPD local » qui est l’une des législations les plus restrictives des Etats-Unis. Le nouveau gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newson, a lancé une piste de réflexion sur l’élaboration d’un « dividende » que les entreprises de la tech devraient payer aux usagers pour pouvoir exploiter leurs données. Ainsi les utilisateurs retrouveraient le contrôle sur leurs données. C’est une piste qui rejoint, un peu, ce que GenerationLibre défend dans son rapport publié en janvier 2018 « Mes data sont à moi » (lire ICI).

Mieux, John Chen, PDG de BlackBerry, a appuyé l’idée d’une vraie patrimonalité des données personnes cette semaine dans Les Echos (lire ICI): « Nous devons être propriétaires de nos propres données et avoir, en toute transparence, le choix de les monétiser ou d’en tirer autrement parti ». Le bénéfice serait double puisque les utilisateurs retrouveraient leur liberté, et les données retrouveraient leur confidentialité car il serait de la responsabilité de l’entreprise d’assurer leur sécurité.

Si Gavin Newson n’a pas encore détaillé sa méthode, GenerationLibre a détaillé la sienne dans son rapport, comme le rappelle opportunément un article signé Sylvain Rolland dans La Tribune le 13 février (lire ICI). Chaque utilisateur pourrait consentir par écrit à vendre ses données puis les transactions financières seraient réalisées par la blockchain, une technique de certification des transactions, utilisée par les monnaies virtuelles notamment.

In fine, chacun pourrait ainsi vendre ses données aux plateformes, ou au contraire payer pour le service rendu et conserver ses données privées. Une liberté retrouvée pour une sécurité renforcée.


Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI. 

Pour lire l’article de Sylvain Rolland dans La Tribune « La Californie veut que les géants du Net paient les internautes pour leurs données», cliquer ICI.

Pour lire la tribune de Maxime Sbaihi, « Taxer les GAFA est dépassé, inefficace et naïf « , cliquer ICI.

 

Loi PACTE : il ne faut pas modifier la définition d’une entreprise !

Le projet de loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises), porté par le Ministre de l’économie Bruno Le Maire, propose dans son article 61 de modifier les articles 1832 et 1833 du Code civil relatifs à la définition de l’objet d’une entreprise. A l’article 1833 du Code Civil serait rajouté l’alinéa suivant : « La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. ». Une proposition qui vient d’être rejetée par le Sénat, et que nous dénonçons depuis juin 2018.

 

Sans surprise, le texte a été adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale le 9 octobre 2018, le gouvernement disposant de la majorité absolue. Cependant cette modification est loin d’être anodine. Depuis la sortie de ce texte, GenerationLibre met en garde sur la portée de ce potentiel changement de définition dans sa note publiée en juin 2018 « Ne laissons pas le juge moraliser l’entreprise » (lire ICI).

Heureux coup de théâtre, le Sénat, dans la version du texte voté en première lecture le 12 février, a supprimé dans son intégralité l’article 61 du projet de loi et donc l’ajout de « l’objet social » de l’entreprise. Le groupe Les Républicains (LR) majoritaire au Sénat a considéré que cette réforme faisait « peser un risque juridique et contentieux important sur les sociétés de toute taille ». Dans des termes presque identiques à ceux utilisés par les co-auteurs de notre note, David Thesmar et Violaine de Filipis, les sénateurs ont considéré qu’un tel changement laisserait au juge la libre appréciation des bonnes intentions des sociétés quant à leur objet social et environnemental, quand bien même ces sociétés respecteraient la loi, notamment le code du travail et le code de l’environnement.

GenerationLibre se félicite du rejet de cet article par le Sénat. Une telle réforme serait néfaste pour notre économie, nos entreprises mais surtout notre Etat de droit. Ne laissons pas le juge moraliser l’entreprise.

En juin dernier, notre directeur Maxime Sbaihi et les rédacteurs de nos travaux, avaient été auditionnées à l’Assemblée nationale à l’invitation de la députée Coralie Dubost.

Notre note propose une réécriture différente de l’article 1833 du Code civil pour retranscrire l’existence de normes sociales et environnementales sans ouvrir de risques juridiques pour les entreprises. Nous incitons les parlementaires à s’en saisir ! Le combat continue alors qu’une commission mixte paritaire vient d’être nommée.


Pour lire notre rapport « Objet social : ne laissons pas le juge moraliser l’entreprise » , cliquer ICI.

Pour consulter l’amendement de suppression de l’article 61, adopté le 12 février, cliquer ICI.

Pour visionner les interventions en séance du sénateur Jean-Marc Gabouty, cliquer ICI, et de la sénatrice Sophie Primas, cliquer ICI.

Travail du sexe : organiser plutôt qu’interdire

À quand une séparation de la loi et de la morale ? Encore raté pour cette fois. Ce matin, le Conseil constitutionnel a validé la pénalisation des clients des travailleurs du sexe. C’est la confirmation de la volonté paternaliste de l’État : interdire ce qui est jugé immoral. Une mesure pourtant décriée car contre-productive dans la lutte contre la criminalité, comme le dénonçait Gaspard Koenig l’an passé.

 

Les clients des travailleurs du sexe restent passibles d’une amende en France. La loi du 13 avril 2016 a été jugée conforme à la loi fondamentale par le Conseil constitutionnel, rejetant les arguments d’associations qui dénoncent une atteinte à la liberté d’entreprendre et à la liberté sexuelle. Et une mesure contre-productive pour la sécurité et la santé des travailleurs. Pourtant, comme l’a dénoncé Gaspard Kœnig en avril dernier (à lire ICI) : “la prohibition est la meilleure alliée du non-droit, de la souffrance et de l’exploitation”.

L’Etat se charge de nous indiquer les chemins et les bonnes consciences à suivre, restreignant ainsi les libertés des “intéressés” et pénalisant les travailleurs du domaine. Face à un encadrement si restrictif, non seulement l’offre ne s’est pas réduite mais le travail s’est précarisé.

Dans une préface au texte de Lysander Spooner, « Les vices ne sont pas des crimes« , Gaspard Konig soutient que la mise en place d’un revenu universel permettrait à chaque travailleur du sexe de choisir son activité : en dehors d’une contrainte économique trop forte et avec l’assurance de ne jamais tomber dans la grande pauvreté.


Pour lire la chronique de Gaspard Koenig « Prostitution : les tragiques ratés d’une loi« , cliquer ICI.

Pour retrouver la préface de Gaspard Koenig au texte « Les vices ne sont pas des crimes » de Lysander Spooner, cliquer ICI.