Devenir propriétaire de nos data, une idée qui fait son chemin !

La Silicon Valley et les acteurs du numérique semblent s’accorder sur un point : il existe une crise de confiance profonde entre les GAFA et leurs utilisateurs. On reproche aux GAFA le traitement opaque des données personnelles, et le profit monétaire qu’ils en tirent. Plusieurs solutions se font jour. En France, le ministre de l’économie veut créer une énième taxe que GenerationLibre dénonce. Mais en Californie, on réfléchit à un tout autre système : la patrimonialité des données, que notre think-tank défend depuis un an en France (lire ICI). 

 

En 2018, la Californie a voté une sorte de « RGPD local » qui est l’une des législations les plus restrictives des Etats-Unis. Le nouveau gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newson, a lancé une piste de réflexion sur l’élaboration d’un « dividende » que les entreprises de la tech devraient payer aux usagers pour pouvoir exploiter leurs données. Ainsi les utilisateurs retrouveraient le contrôle sur leurs données. C’est une piste qui rejoint, un peu, ce que GenerationLibre défend dans son rapport publié en janvier 2018 « Mes data sont à moi » (lire ICI).

Mieux, John Chen, PDG de BlackBerry, a appuyé l’idée d’une vraie patrimonalité des données personnes cette semaine dans Les Echos (lire ICI): « Nous devons être propriétaires de nos propres données et avoir, en toute transparence, le choix de les monétiser ou d’en tirer autrement parti ». Le bénéfice serait double puisque les utilisateurs retrouveraient leur liberté, et les données retrouveraient leur confidentialité car il serait de la responsabilité de l’entreprise d’assurer leur sécurité.

Si Gavin Newson n’a pas encore détaillé sa méthode, GenerationLibre a détaillé la sienne dans son rapport, comme le rappelle opportunément un article signé Sylvain Rolland dans La Tribune le 13 février (lire ICI). Chaque utilisateur pourrait consentir par écrit à vendre ses données puis les transactions financières seraient réalisées par la blockchain, une technique de certification des transactions, utilisée par les monnaies virtuelles notamment.

In fine, chacun pourrait ainsi vendre ses données aux plateformes, ou au contraire payer pour le service rendu et conserver ses données privées. Une liberté retrouvée pour une sécurité renforcée.


Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI. 

Pour lire l’article de Sylvain Rolland dans La Tribune « La Californie veut que les géants du Net paient les internautes pour leurs données», cliquer ICI.

Loi PACTE : il ne faut pas modifier la définition d’une entreprise !

Le projet de loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises), porté par le Ministre de l’économie Bruno Le Maire, propose dans son article 61 de modifier les articles 1832 et 1833 du Code civil relatifs à la définition de l’objet d’une entreprise. A l’article 1833 du Code Civil serait rajouté l’alinéa suivant : « La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. ». Une proposition qui vient d’être rejetée par le Sénat, et que nous dénonçons depuis juin 2018.

 

Sans surprise, le texte a été adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale le 9 octobre 2018, le gouvernement disposant de la majorité absolue. Cependant cette modification est loin d’être anodine. Depuis la sortie de ce texte, GenerationLibre met en garde sur la portée de ce potentiel changement de définition dans sa note publiée en juin 2018 « Ne laissons pas le juge moraliser l’entreprise » (lire ICI).

Heureux coup de théâtre, le Sénat, dans la version du texte voté en première lecture le 12 février, a supprimé dans son intégralité l’article 61 du projet de loi et donc l’ajout de « l’objet social » de l’entreprise. Le groupe Les Républicains (LR) majoritaire au Sénat a considéré que cette réforme faisait « peser un risque juridique et contentieux important sur les sociétés de toute taille ». Dans des termes presque identiques à ceux utilisés par les co-auteurs de notre note, David Thesmar et Violaine de Filipis, les sénateurs ont considéré qu’un tel changement laisserait au juge la libre appréciation des bonnes intentions des sociétés quant à leur objet social et environnemental, quand bien même ces sociétés respecteraient la loi, notamment le code du travail et le code de l’environnement.

GenerationLibre se félicite du rejet de cet article par le Sénat. Une telle réforme serait néfaste pour notre économie, nos entreprises mais surtout notre Etat de droit. Ne laissons pas le juge moraliser l’entreprise.

En juin dernier, notre directeur Maxime Sbaihi et les rédacteurs de nos travaux, avaient été auditionnées à l’Assemblée nationale à l’invitation de la députée Coralie Dubost.

Notre note propose une réécriture différente de l’article 1833 du Code civil pour retranscrire l’existence de normes sociales et environnementales sans ouvrir de risques juridiques pour les entreprises. Nous incitons les parlementaires à s’en saisir ! Le combat continue alors qu’une commission mixte paritaire vient d’être nommée.


Pour lire notre rapport « Objet social : ne laissons pas le juge moraliser l’entreprise » , cliquer ICI.

Pour consulter l’amendement de suppression de l’article 61, adopté le 12 février, cliquer ICI.

Pour visionner les interventions en séance du sénateur Jean-Marc Gabouty, cliquer ICI, et de la sénatrice Sophie Primas, cliquer ICI.

Travail du sexe : organiser plutôt qu’interdire

À quand une séparation de la loi et de la morale ? Encore raté pour cette fois. Ce matin, le Conseil constitutionnel a validé la pénalisation des clients des travailleurs du sexe. C’est la confirmation de la volonté paternaliste de l’État : interdire ce qui est jugé immoral. Une mesure pourtant décriée car contre-productive dans la lutte contre la criminalité, comme le dénonçait Gaspard Koenig l’an passé.

 

Les clients des travailleurs du sexe restent passibles d’une amende en France. La loi du 13 avril 2016 a été jugée conforme à la loi fondamentale par le Conseil constitutionnel, rejetant les arguments d’associations qui dénoncent une atteinte à la liberté d’entreprendre et à la liberté sexuelle. Et une mesure contre-productive pour la sécurité et la santé des travailleurs. Pourtant, comme l’a dénoncé Gaspard Kœnig en avril dernier (à lire ICI) : “la prohibition est la meilleure alliée du non-droit, de la souffrance et de l’exploitation”.

L’Etat se charge de nous indiquer les chemins et les bonnes consciences à suivre, restreignant ainsi les libertés des “intéressés” et pénalisant les travailleurs du domaine. Face à un encadrement si restrictif, non seulement l’offre ne s’est pas réduite mais le travail s’est précarisé.

Dans une préface au texte de Lysander Spooner, « Les vices ne sont pas des crimes« , Gaspard Konig soutient que la mise en place d’un revenu universel permettrait à chaque travailleur du sexe de choisir son activité : en dehors d’une contrainte économique trop forte et avec l’assurance de ne jamais tomber dans la grande pauvreté.


Pour lire la chronique de Gaspard Koenig « Prostitution : les tragiques ratés d’une loi« , cliquer ICI.

Pour retrouver la préface de Gaspard Koenig au texte « Les vices ne sont pas des crimes » de Lysander Spooner, cliquer ICI.

Et si on abandonnait les limitations de vitesse ?

Le 1er juillet dernier, le gouvernement mettait en place l’abaissement à 80km/h de la limitation de vitesse sur les routes secondaires. Le Premier ministre faisait hier matin un premier bilan de la mesure controversée. A l’inverse, Gaspard Koenig a toujours mis en avant l’intérêt des « naked roads », ces « routes nues » où non seulement toutes les limitations, mais également tous les éléments de signalisation sont supprimés. Avec succès pour la sécurité routière. 

 

Malgré des résultats présentés comme encourageants, l’abaissement de la limitation de la vitesse de 90 à 80 km/h fait l’objet de débats quant à la restriction de nos libertés individuelles, comme sur son efficacité dans la lutte contre l’insécurité routière. Une décision de cette ampleur, qui a d’ailleurs mis la France en crise contre l’Etat, et s’oppose frontalement à l’idée des “naked roads”, développée par Gaspard Koenig dans cet ouvrage à retrouver ICI.

Ces “naked roads” sont des routes sans le mobilier urbain habituel, comme les feux de circulation, les panneaux de signalisation, les lignes blanches et autres marquages routiers. Elles ont été expérimentées dans des villes comme Kensington ou Wiltshire et les résultats sont drastiquement positifs. En face d’un risque élevé, l’homme se responsabilise et son instinct de survie se réveille, ce qui limite de fait le nombre d’accidents. Surtout à l’heure où l’on estime que les automobilistes ignorent près de 70% de la signalisation routière.

En face d’un risque élevé, l’homme se responsabilise et son instinct de survie se réveille, ce qui limite de fait le nombre d’accidents.

Comme en conclut Gaspard, « on pourrait circonscrire les limitations de vitesse aux portions de route difficiles, tout en renforçant les contrôles et sanctions », rappelant qu’il faut « peu de lois, mais des lois bien faites et rigoureusement appliquées ».


En lien avec le code de la route, Génération Libre promeut également une libéralisation du permis de conduire, à travers notre rapport « Le permis de conduire pour tous » à lire ICI.

Gaspard Koenig a défendu cette idée dans Leçons de conduite, aux éditions Grasset et disponible ICI.

La Grande-Bretagne ouvre la GPA à tous, la France ferme le débat.

Dans l’attente d’une révision des lois de bioéthiques, la mission parlementaire s’est prononcée le 15 janvier en faveur de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et femmes célibataires en France. Alors que la mission ne se prononce pas en faveur d’une ouverture de la GPA, la Grande-Bretagne inscrit dans la loi son extension à tous, déjà autorisée pour les couples hétérosexuels depuis 1985.

 

Un message fort d’égalité juridique et de liberté de choix en Grande-Bretagne

Depuis le 3 janvier 2019, les hommes et femmes seules ainsi que les couples homosexuels ont le droit d’avoir un enfant par gestation pour autrui en Grande-Bretagne. La loi qui le rend possible est une ordonnance correctrice du “Human Fertilisation & Embryology Act 2008”, déposée devant le Parlement en 2017 puis approuvée par les deux chambres et enfin signée par le ministre de la santé le 20 décembre 2018.

Génération Libre a sorti un rapport en faveur de la légalisation de la GPA en septembre 2018 (à retrouver ICI). Il préconise notamment de reconnaître et protéger le rôle de la femme porteuse dans la naissance de l’enfant. Elle pourra recevoir une attestation à la naissance pour faire valoir ses droit aux prestations sociales, congés parentaux ou tout autre droit associé à une grossesse, comme n’importe quelle autre mère.

Déjà dépassée sur les questions bioéthiques, la France accentue son retard

Réuni tous les sept ans minimum, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) débat de l’accès ou non à des avancées en matières de biologie et de médecine au regard de considérations éthiques. Cet organisme d’Etat s’est prononcé le 25 septembre dernier en faveur d’une ouverture de la PMA aux couples lesbiens, mais contre toute forme de légalisation de la gestation pour autrui. La mission d’information s’aligne sur cette position, tout en recommandant aussi de pouvoir permettre la reconnaissance de la filiation à l’égard d’un parent d’intention pour les enfants issus d’une GPA pratiquée à l’étranger.

Pour Cécile Deffontaines qui mentionne notre rapport en faveur d’une GPA responsable en France dans L’Obs (lire ICI), le débat mériterait d’être ouvert, d’autant plus qu’une majorité de Français y est favorable.

En mai dernier, GénérationLibre publiait, dans sa collection aux PUF, l’ouvrage « La famille par contrat » signé Daniel Borillo (lire ICI). L’auteur y défend la théorie du contrat qui rend possible la construction des relations fondées sur le consentement libre des intéressés. Cette révolution juridique impliquerait des changements tels que la suppression des régimes matrimoniaux et de la réserve héréditaire, et bien évidemment la légalisation de la GPA.

Cannabis : prévenir plutôt que sévir

Devant l’augmentation du nombre de consommateurs de cannabis, les propositions fumeuses ne manquent pas. Adoptée le 23 novembre 2018 en première lecture à l’Assemblée Nationale, la création d’une amende forfaitaire de 200 euros en sanctionnant la possession vient désormais raviver le débat.

 

Les chiffres sont édifiants, nous dit-on. D’après les résultats récemment publiés par l’OFDT et Santé publique France, le taux d’expérimentation est passé de 12,7 % en 1992 à 44,8 % en 2017. La consommation régulière (10 usages ou plus durant le dernier mois) a quant à elle aussi progressé, s’élevant à 3,6 % en 2017 contre seulement 1,9% en 2000. Cette hausse, constante depuis presque trois décennies, semble donc poser la question de l’efficacité des politiques actuelles.

Si les mesures punitives abondent, la légalisation reste encore un sujet tabou. Les chiffres là aussi sont pourtant révélateurs. Dans un rapport daté du 4 avril 2018, Génération Libre souligne que la probabilité de transition vers des troubles addictifs ne demeure, pour le cannabis, que de 8,9 %, là où, pour l’alcool et le tabac, celle-ci est respectivement de 22,7 % et 67,5 %.

A la lumière de ces statistiques, une conclusion s’impose : en plus d’être inutile d’un point de vue juridique, la prohibition paraît même éthiquement injustifiable. Comment alors procéder afin de limiter les dangers liés à la consommation, tout en assurant aux individus une double liberté d’achat et d’accès à des soins adaptés ? Notre rapport (lire ICI) évoque deux pistes : d’abord, une légalisation soumise à un monopole d’État sur la distribution et la production, proposée par Francis Caballero, ensuite, une légalisation par le marché, soutenue par Gaspard Koenig et notre think-tank.

S’appuyant sur le rapport de Génération Libre, Miguel Ouellette cite, dans un article pour Contrepoints (lire ICI), l’exemple du Québec et tranche en faveur de la deuxième solution. Le monopole d’État, loin d’étouffer le marché noir, stimule au contraire celui-ci, nous apprend-il en effet – la Société Québécoise Du Cannabis (SQDC) était ainsi en rupture de stock dès la première journée d’opération, forçant les usagers à se rabattre sur le commerce souterrain.

Les promesses d’un marché ouvert sont, par opposition, multiples et alléchantes : diminution des risques due à une meilleure traçabilité des produits, émergence de structures d’encadrement non coercitives ou même simplement, formation d’un secteur dynamique, novateur et extrêmement rentable.

Pour certains, la légalisation du cannabis constitue un saut dans l’inconnu ; pour Génération Libre, elle n’est qu’un petit pas vers un traitement plus humain d’un phénomène en pleine expansion. Mieux vaut prévenir que sévir, conclurons-nous, en annonçant un futur rapport étendant nos interrogations à l’ensemble des stupéfiants.


Pour lire notre rapport « Légaliser le cannabis», cliquer ICI.

Décentraliser est le meilleur moyen d’élever la vie politique

Dans les lignes qui suivent, Christophe Pella, membre et soutien de notre think-tank, plaide pour une forte décentralisation. Plutôt que le développement des référendums, Christophe loue les vertus de la concurrence institutionnelle entre une multiplicité d’entités ainsi que les avantages de l’autonomie fiscale pour responsabiliser élus et citoyens.

 

« Aidez-nous à devenir comme les Allemands. » Cette demande touchante, formulée en été 2013 par un ex-instituteur grec qui venait d’ouvrir un petit hôtel sur l’ile de Santorin, résume bien la faiblesse principale de l’Europe aujourd’hui. Malgré ses réels succès, au premier rang desquels la paix et le marché commun, l’Europe ne sait pas comment tirer vers le haut les standards de la vie politique des États qui la composent.

L’Europe ne sait pas comment tirer vers le haut les standards de la vie politique des États qui la composent.

Certains pays européens figurent parmi les plus libres, les plus prospères, les plus heureux et les plus les moins corrompus du monde. L’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg, les cinq pays nordiques, le Royaume-Uni et la Suisse se trouvent dans le haut du classement de multiples indices comparatifs. Par contre, la France et l’Europe du sud figurent au second rang en termes de qualité de vie et souffrent d’un manque de dynamisme économique. La Grèce a connu des années de franche austérité et de réformes timides, l’inverse de ce qui aurait été idéal pour assurer son avenir. Ailleurs en Europe, notamment en Hongrie et en Pologne, c’est l’État de droit qui est menacé par des gouvernements qui sapent l’indépendance de la justice, la liberté d’association et la liberté de presse.

Ces pays européens ont un commun un débat public dysfonctionnel où règnent des dangers imaginaires. Le « capitalisme ultralibéral et financier » est brandi comme un perpétuel péril dans des pays sur-réglementés et surtaxés tandis que d’inexistantes hordes d’immigrants menacent des nations repliées sur elles-mêmes. Une autre caractéristique de la politique dans ces pays est qu’elle consiste surtout en une lutte aigrie à propos du « partage du gâteau » et presque jamais en un débat sensé sur la manière de le faire grandir. Unis dans l’irresponsabilité, les insouciants considèrent le progrès comme une exogène « manne céleste » et les déprimés comme une illusion.

Unis dans l’irresponsabilité, les insouciants considèrent le progrès comme une exogène « manne céleste » et les déprimés comme une illusion.

Quelles suggestions viennent à l’esprit d’un Helvète qui vit à l’étranger ? En tout cas pas l’ajout des référendums aux constitutions existantes ailleurs ! La Suisse pratique certes la démocratie semi-directe, mais ce n’est là qu’un élément d’un système institutionnel qui comporte aussi un gouvernement collégial unissant tous les grands partis politiques. En Suisse, les faiseurs d’opinion et les citoyens donnent leur avis assez honnêtement sur chaque question soumise au scrutin. Dans les pays qui les utilisent sans équilibre institutionnel, les référendums sont plutôt otages de calculs politiques : soutenir le chef pour se faire bien voir, essayer de prendre sa place (Boris Johnson lors du vote « Brexit ») ou protester sans égard au sujet.

Une meilleure suggestion, issue de la pratique des pays fédéraux, est de décentraliser l’État bien au-delà de ce que le seul principe de subsidiarité n’exige. Pour celui qui ne voit que l’existant, la multiplicité des entités politiques avec leur parlement, leur gouvernement et leur administration propres est comme la multiplicité des entreprises privées en concurrence : un gaspillage, un désordre illogique auquel la planification centrale doit évidemment remédier. Cependant, le vrai défi n’est pas de tenter de figer l’existant, il est de trouver les règles qui nous aident à faire advenir un futur meilleur. Vu sous cet angle, la multiplicité des entités politiques locales est un processus de découverte qui permet des expériences différentes au sein d’un même pays. Naturellement, toute une série de domaines sont du ressort national ou supranational (défense, diplomatie, réglementation économique, fiscalité indirecte, assurances sociales, etc.). Mais on peut décentraliser les décisions concernant les services publics et la fiscalité directe. Cela permet aux citoyens et aux élus de s’inspirer des innovations fructueuses faites ailleurs et de corriger le tir lorsque les solutions d’hier se révèlent inadéquates.

La multiplicité des entités politiques locales est un processus de découverte qui permet des expériences différentes au sein d’un même pays.

Un second avantage de la décentralisation est qu’elle responsabilise les citoyens et les encourage à aborder pragmatiquement les questions politiques. Comme écrit Tocqueville, les êtres humains sont « avides d’idées générales » dans les domaines « qui ne sont pas l’objet habituel et nécessaire de leurs pensées ». Confrontés à la démocratie locale « tous les jours et d’une manière pratique, il faudra bien alors qu’ils entrent dans les détails, et les détails leur feront apercevoir les côtés faibles de la théorie ». Imaginons par exemple ce que pourraient devenir les conversations politiques des Français s’ils cessaient de se complaire dans l’illusion d’une lutte entre « bons » et « méchants » et d’agiter des mots en « -isme » qu’ils ne comprennent pas. « Limoges a raison d’introduire l’anglais à l’école dès 9 ans. Attendre 12 ans comme à Bordeaux, c’est trop tard. », « L’impôt sur le revenu à Nîmes est trop élevé. Regardez le nombre de gens qui déménagent à Avignon. », « La révision de la loi sur la laïcité à Nantes devrait s’inspirer des expériences faites à Rennes. ». Décentraliser est le meilleur moyen d’élever la qualité de la vie politique.

 

Les Gilets jaunes à l’assaut de l’Etat providence ?

Entre la fin du monde et la fin du mois, il faut choisir, déclare le gouvernement. A ce dilemme, les gilets jaunes refuseraient-ils de consentir ? Notre vice-président, Édouard Fillias, était invité par BFM Business (voir ICI) le 27 novembre dernier afin de décrypter les enjeux d’un mouvement hétérogène, dont la légitimité fait débat.     

 

Si on leur reproche le trop large éventail de leurs revendications, les gilets jaunes n’en demeurent pas moins le symptôme d’une crise de la représentativité, affirme notre vice-président. Aujourd’hui et depuis 1945, seuls cinq syndicats ont la charge de défendre les intérêts des français, or, ceux-ci, loin d’avoir évolué avec la société, s’en sont au contraire déconnectés.

En vérité, le combat des gilets jaunes ne se résume pas à un rejet de la transition écologique, il est le produit de plusieurs mois de colère devant une politique fiscale toujours plus sévère – colère qu’élus et syndicats n’ont jamais pris la peine d’écouter. Là où certains n’y voient que le chaos des dégradations urbaines, d’autres estiment que les récentes manifestations témoignent d’une fracture entre l’État Providence et les besoins réels de ses administrés.

A rebours du discours dominant, notre vice-président prédit la pérennité du mouvement, espérant assister à l’émergence d’une « synthèse politique » cohérente et structurée.

C’est donc vers une nouvelle forme de concertation citoyenne qu’il faut s’orienter. Pour Édouard Fillias, il est en somme nécessaire d’« ouvrir la concurrence syndicale ». A rebours du discours dominant, notre vice-président prédit ainsi la pérennité du mouvement, espérant assister à l’émergence d’une « synthèse politique » cohérente et structurée.


Pour revoir l’émission « Avec quels gilets jaunes discuter ? », cliquer ICI.

Pour lire les analyses de la communauté GénérationLibre : notre directeur Maxime Sbaihi, François-Xavier Oliveau ainsi que Louis Sarkozy, cliquer ICI.

Brève histoire d’une rencontre avec Yuval Noah Harari

Lors d’une rencontre organisée par Génération Libre, Le Point et Albin Michel, le philosophe Gaspard Koenig a interrogé l’auteur de « Sapiens », « Homo Deus » et « 21 leçons pour le 21ème siècle ».

Pour visionner le teaser de la conférence, cliquer ICI. 

Compte-rendu des échanges sur le revenu universel ICI et sur la patrimonialité des données ICI.

Pour Yuval Noah Harari, la capacité à formuler des histoires est la source de l’humanité. Elles expliquent pourquoi et comment de larges groupes peuvent coopérer. Par exemple, nous avons créé l’histoire du football : ses règles sont acceptées par tous, et le jeu mobilise des millions de supporters dans le monde entier créant une histoire collective mondiale. Les histoires deviennent problématiques lorsque les individus commencent à se battre pour elles, qu’ils oublient que ce sont de simples histoires inventées pour collaborer ensemble. Il n’y a pas de Dieu au-delà du Dieu inventé pour nous. L’histoire n’est ainsi pas téléologique, elle est sans but. Les progrès scientifique et politique ont rendu impossible tout retour en arrière. Si le futur peut modeler le comportement des individus, il est aujourd’hui si incertain avec la révolution de l’intelligence artificielle et l’essor de la technologie, que le passé prend le pas.

Pour Yuval Noah Harari, la capacité à formuler des histoires est la source de l’humanité.

Yuval Noah Harari pense ainsi que la plupart de nos décisions ne relèvent pas de notre libre arbitre. Certes, nous avons des intentions et des désirs, mais d’où viennent-il ? Les avons-nous réellement choisi ? Ne sont-ils pas plutôt biologiques ou le résultat d’impressionnants réseaux ? Se basant sur des études neuroscientifiques, il soutient que la vaste majorité de nos décisions (avec qui nous sortons, pour qui nous votons, etc.) ne résultent pas de notre libre arbitre. Gaspard Koenig souligne le paradoxe de cette opinion qui est loin de faire consensus dans la communauté neuroscientifique. En effet, si l’on n’a pas de libre arbitre, alors pourquoi ne pas capituler face à l’intelligence artificielle et accepter le confort et la commodité qu’elle nous confère ? Au contraire, si l’on pense qu’il y a toujours quelque chose à explorer dans nos processus de prise de décisions, alors il faudrait s’opposer au système d’intelligence artificielle et empêcher qu’il acquiert trop de pouvoir.

Yuval Noah Harari pense que la plupart de nos décisions ne relèvent pas de notre libre arbitre.

Pour dépasser ces problèmes philosophiques, Yuval Noah Harari admet l’hypothèse d’une forme de liberté. Le cœur du débat n’est l’existence ou l’absence de liberté. Selon lui, dans la plupart des cas, les individus font des choix, y compris les plus importants de leur vie, qui ne relèvent pas d’un véritable choix. Le problème dans l’idée de libre arbitre est sa formulation. La liberté est présupposée être quelque chose que l’on possède, quand il faudrait lutter et se battre pour elle. La liberté est la finalité, non le départ. Il est dangereux de penser que l’on exerce son libre arbitre dans chaque décision prise, car cela ne nous pousse pas à nous interroger sur ce que nous sommes et sur la nature de nos désirs. De plus, cela nous rend plus facilement manipulable par autrui, ce qui est extrêmement problématique dans nos démocraties libérales, comme nous avons pu le voir depuis l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit.

Il est dangereux de penser que l’on exerce son libre arbitre dans chaque décision prise, car cela ne nous pousse pas à nous interroger sur ce que nous sommes et sur la nature de nos désirs.

Les démocraties libérales sont-elles la fin de l’histoire, comme Fukuyama semblait le penser en 1995 ? D’après Yuval Noah Harari, elles sont de loin le régime politique le plus adaptable. Elles ont réussi à s’adapter et à progresser à travers une série de crises, dont la gravité a atteint son apogée au XXème siècle (guerres mondiales, Grande Dépression de 1929, etc.). Ainsi, Yuval Noah Harari est le porteur d’un message d’espoir : si aujourd’hui nos démocraties libérales sont à nouveau en crise, elles ont de grandes chances de se réanimer.

Ainsi, Yuval Noah Harari est le porteur d’un message d’espoir : si aujourd’hui nos démocraties libérales sont à nouveau en crise, elles ont de grandes chances de se réanimer.


Pour visionner le teaser de la conférence, cliquer ICI. 

Compte-rendu des échanges sur le revenu universel ICI et sur la patrimonialité des données ICI.

Propriété des données personnelles : Koenig & Harari

Lors d’une rencontre organisée jeudi dernier par Génération Libre, Le Point et Albin Michel, Gaspard Koenig et l’historien Yuval Noah Harari ont, entre autres sujets, débattu de la notion de patrimonialité des données. En janvier 2018, notre think-tank a publié un rapport en faveur de la patrimonialité des données : « Mes data sont à moi » (lire ICI).

 

Pour visionner le teaser de la conférence, cliquer ICI.

Voici le compte-rendu de l’échange entre Gaspard Koenig et Yuval Noah Harari sur ce sujet.

Gaspard Koenig défend un système de propriété privée des données personnelles dans lequel chacun dispose librement de ses données et peut les vendre si souhaité. Non seulement cela éviterait les problèmes de gouvernance qui émergent dans le cas d’une propriété collective des données, mais aussi chacun déciderait ainsi de la destination des données.

Gaspard Koenig défend un système de propriété privée des données personnelles dans lequel chacun dispose librement de ses données et peut les vendre si souhaité.

Dans son dernier livre, Yuval Noah Harari précise que la possession et la collection des données personnelles est la question politique la plus importante de notre temps. Les données ont en effet un immense impact économique. Prenons l’exemple d’une entreprise qui, en collectant les scans ADN et les dossiers médicaux de dix millions d’individus, et s’en servant, découvre qu’un gène spécifique est responsable d’une certaine maladie. Fort de cette découverte, l’entreprise développe alors un traitement onéreux pour soigner cette maladie, et gagne des millions d’euros de bénéfice, profit réalisé grâce à l’utilisation des données des dix millions d’individus. Cependant, ces individus ne sont pas nécessairement au courant, et n’ont pas forcément donné leur accord à l’utilisation de leurs données.

Pour résoudre ce problème, Yuval Noah Harari imagine un système similaire à celui de Gaspard Koenig, dans lequel celui qui possède ses données médicales peut décider de les vendre à l’entreprise qui lui fait la meilleure offre. L’individu pourrait alors avoir des parts dans l’entreprise, de manière à ce qu’il récupère une part de revenu si l’entreprise génère du profit de l’utilisation de ses données. Dans une moindre mesure, Yuval Noah Harari pense que cela pourrait être une alternative au revenu universel — auquel il est opposé, voir notre article (ICI) sur la question pour plus de détails. En effet, nos données numériques sont nos actifs les plus importants, prévient-il. C’est une proposition qui suscite actuellement beaucoup de projets et recherches, notamment en droit et en économie.

Pour résoudre ce problème, Yuval Noah Harari imagine un système similaire à celui de Gaspard Koenig, dans lequel celui qui possède ses données médicales peut décider de les vendre à l’entreprise qui lui fait la meilleure offre.

Pour Yuval Noah Harari, la propriété privée des data est aussi avantageuse sur le plan collectif, surtout à l’échelle d’un pays. Si actuellement une entreprise va en Argentine pour acheter des mines de fer, elle va rémunérer les Argentins. Si néanmoins elle va en Argentine pour acheter des bases de données numériques, les Argentins ne seront pas rémunérés pour l’appropriation de leur data. Ainsi, tout comme l’OPEC est une organisation mondiale représentant les intérêts des pays exportateurs de pétrole, il devrait y avoir une organisation pour les pays exportateurs de data. Dans un monde révolutionné par l’intelligence artificielle, les pays laissés pour compte et qui n’ont pas d’industries liées à l’IA pourront ainsi avoir une part du gâteau — ce sont d’ailleurs généralement de gros producteurs de data. Le risque sinon est d’assister au développement d’une forme de colonialisme numérique, divisant le monde entre colonisateurs (Silicon Valley, Chine) qui extorquent les données des colonisés (Afrique, Amérique Latine,…) pour les utiliser à leur bénéfice chez eux.

Ainsi, pour Yuval Noah Harari, tout comme l’OPEC est une organisation mondiale représentant les intérêts des pays exportateurs de pétrole, il devrait y avoir une organisation pour les pays exportateurs de data.

Le colonialisme et l’extorsion des matières premières étaient l’apanage du 19ème siècle. Selon Yuval Noah Harari, nous pouvons mieux faire au 21ème siècle. Il est dur cependant de trouver une régulation appropriée concernant les données numériques, la difficulté étant déjà de réussir à conceptualiser ce qu’est une donnée. Ce qu’est la possession d’une donnée n’est pas si évident comparé par exemple à la possession d’un terrain. Un terrain ne peut pas être copié à l’infini. Si la propriété intellectuelle solutionne ce problème pour les livres, la musique, etc., les structures légales qui donneraient aux individus un réel droit de propriété sur leurs données n’existe pas encore.

Une solution à ce problème envisagée par Yuval Noah Harari pourrait être la création de syndicats de propriétaires de data, qui pourront négocier avec Amazon, Ali Baba et autres GAFA des accords d’utilisation des données.

Une solution à ce problème envisagée par Yuval Noah Harari pourrait être la création de syndicats de propriétaires de data, qui pourront négocier avec Amazon, Ali Baba et autres GAFA des accords d’utilisation des données. Ce qu’Amazon veut de moi n’est en effet pas ce que je possède, mais ce que je suis. Il veut savoir ce que j’aime, ce que je n’aime pas, les films que je regarde, etc. Il veut savoir ce qu’est ma vie. Ainsi, pour vendre mes data est d’une certaine manière vendre ma vie, car cela aide les plateformes à atteindre leur but ultime : me connaître mieux que je me connais moi-même, pour m’offrir une meilleure gamme de produits. Ainsi, des syndicats pourraient répondre efficacement à ce problème, rendant plus équitable une relation jusqu’alors très inégalitaire entre entreprises et consommateurs.

Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.