Parlement / Président : la France moins libérale que la Russie ?

En écho à notre recueil pour déprésidentialiser la Ve République, notre expert « décentralisation » Raul Magni-Berton propose, dans la revue Pouvoirs (n° 184), d’inverser le calendrier électoral et d’introduire une dose de proportionnelle.

 

Dans un long article académique, Raul Magni-Berton commence son diagnostic du système semi-présidentiel français en en apportant une définition complète. Dans un tel régime, « le gouvernement est responsable devant le Parlement et le président élu par le peuple pour une durée déterminée » (Robert Elgie) et « doit avoir des pouvoirs importants » (Maurice Duverger).

« Sous la Ve République, les élections législatives attirent en moyenne 12,8 points de pourcentage de citoyens de moins que l’élection présidentielle, ce qui fait de la France le pays où le poids électoral du Parlement est le plus faible. »

Balayant les indices de Metcalf – somme des prérogatives du président – et de Siaroff – données comportementales – ou encore de Shugart et Carey – régimes « premier-presidential » dans lequel le gouvernement ne peut être démis de ses fonctions que par le Parlement et « president-parliamentary » dans lequel le président et le Parlement ont tous deux le pouvoir de révoquer le gouvernement – Raul Magni-Berton propose un « indicateur qui serait fonction de la participation électorale ».

Sur 26 pays disposant d’un régime semi-présidentiel depuis un certain temps, la France enregistre l’écart de participation le plus fort entre élections législatives et élection présidentielle – devançant le trio peu glorieux composé de la Biélorussie, la Russie et le Mali.

« Sans aucun doute, le Parlement est un lieu où s’exprime la diversité des sensibilités politiques, et se caractérise donc par la nécessité de négocier et de délibérer, ce que n’est pas contraint de faire un président. »

De l’autre côté du tableau se retrouve l’Irlande, « considéré par les spécialistes du semi-présidentialisme comme parlementaire tant le président y est peu influent » souligne Raul Magni-Berton. Il recoupe les données de l’étude de Sedelius et Linde – qui attribue une bonne qualité de la démocratie aux régimes semi-présidentiels avec président faible – avec son propre indicateur de « poids électoral du Parlement ».

Le graphique montre une fois encore une tendance entre qualité de la démocratie et fort poids électoral du Parlement, exception faite de la France « qui peut expliquer pourquoi la quasi-totalité des instituts étudiant la qualité de la démocratie, classent la France comme le pays le moins démocratique d’Europe de l’Ouest ».

« Modifier le calendrier électoral – ne serait-ce que pour repousser la présidentielle de quelques mois – aurait certainement des effets positifs sur le rôle du Parlement au sein de la vie politique française. »

En écho à notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République », Raul Magni-Berton identifie trois facteurs responsables de l’hyperprésidentialisation, que sont « le calendrier des élections, le mode de scrutin et les pouvoirs du chef de l’État ». Il préconise de repousser l’échéance présidentielle d’au-moins quelques mois après les élections législatives. Avant 2001, l’écart de participation entre élections législatives et élection présidentielle atteint 21 points les années où les deux élections cohabitent (1981 et 1988). Cet écart se réduit à 6 points lorsqu’elles sont sur deux années différentes.

Sans aller jusqu’à la restauration du suffrage universel indirect que nous proposons, Raul-Magni Berton préconise l’introduction d’une dose de proportionnelle, qui favorise la participation aux élections législatives au détriment de l’élection présidentielle comme c’est le cas à l’étranger. La troisième et dernière proposition concerne le pouvoir de dissolution du président, que l’auteur imagine étendre aux citoyens, « comme c’est le cas en Slovaquie, pour désigner un arbitre externe afin de résoudre les éventuels conflits entre Parlement et président ».


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Le conseiller institutions du président de la République en parle ICI.

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Publié le 06/01/2023.

Quel parti pour reprendre le flambeau libéral ?

Dans l’Opinion, Monique Canto-Sperber identifie les partis qui pourraient reprendre le flambeau libéral, des dissidents du PS à la droite républicaine et parlementariste, hermétiques au populisme.

 

Alors que le spectre politique français est aujourd’hui dominé par les idées de « gauche radicale et droite de la droite », Monique fait le vœu qu’une « vision cohérente » et libérale s’invite dans les partis politiques cette année, que ce soit à gauche ou à droite.

« Les idées libérales défendent la liberté de la personne, [celles] de gauche sont attachées aux conditions d’une émancipation collective et [celles] de droite sont liées à la défense d’une transmission. »

Parmi les partis politiques qui partagent un certain héritage libéral, Monique identifie ceux où il y a une place à prendre. Si la promesse du parti Renaissance de concilier des « bonnes mesures et de droite et de gauche » n’a pas aidé la cause libérale, le PS ne fait pas mieux, divisé entre des alliés à la gauche radicale et des dissidents qui n’envoient pas de signal d’agenda politique nouveau.

« [La droite] dispose de plusieurs atouts dans le champ des idées : son souci de la particularité des conditions d’existence, son attachement aux autonomies locales et à la liberté des opinions, à l’inverse d’une compréhension unilatérale du progressisme qui prévaut à gauche. »

Reste la droite qui, sur une ligne de crête entre populisme illibéral et ralliement à Renaissance, devra se constituer une colonne vertébrale idéologique assumée. Pour Monique, l’alliance avec l’un comme l’autre mènerait le parti dans une impasse. Elle l’invite à affirmer ses positions libérales de culture parlementariste et de responsabilité financière – en opposition au populisme – pour l’éducation, la formation, logement et le revenu d’existence…

 

Pour que vive le débat démocratique !


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Publié le 05/01/2023.

Les think tanks, salut de la démocratie ?

Dans une enquête sur les think tanks, Le Point interroge les responsables de ces cercles de réflexion, dont GenerationLibre, qui remplacent largement les partis politiques aujourd’hui.

 

Dans une enquête fouillée, le magazine dresse un portrait des think tanks en France qui ont réussi en une décennie à s’imposer comme un chaînon manquant entre les mondes académique et politique. Le journaliste explique comment ces cercles de réflexion, qui ont prospéré dans les années 2010, sont la première source d’idées comme « les primaires, le revenu universel, l’institutionnalisation d’une limite aux déficits publics, ou encore l’évaluation des programmes électoraux ».

« Les think tanks sont à la politique ce que les podcasts sont à l’actualité, des capsules temporelles éloignées de l’agitation, qui prennent le temps de débattre et de revenir en profondeur sur des sujets complexes. » Clément Pétrault, journaliste du Point

Si le milieu des think tanks est dominé par trois mastodontes (Montaigne, Fondapol, Jean Jaurès) au budget annuel dépassant dépassant le million d’euros, GenerationLibre parvient à faire son nid en se concentrant sur des politiques publiques clé en main. Parmi nos grands combats, le revenu universel s’est largement imposé dans le débat avec la discussion d’une proposition de loi sur un ‘socle citoyen’ courant 2020. Idem pour la subsidiarité ascendante, qui est soutenue par le président du groupe UDI Île-de-France Jean-François Vigier et défendue par le président de l’AMF David Lisnard, que GenerationLibre a rencontrés à plusieurs reprises.

« Jamais l’Inspection des finances ne proposera de rapport sur le revenu universel ou la légalisation du cannabis, elle n’est pas faite pour cela. » Gaspard Koenig

Avec GenerationLibre, Gaspard a souhaité confronter les idées à la pratique pour échapper à la vision du philosophe dans sa tour d’ivoire. Un think tank permet à des intellectuels de collaborer et de formuler des propositions sur des sujets parfois « trop délicats à évoquer dans le monde universitaire », comme le souligne Jérémie Peltier, directeur de la Fondation Jean Jaurès. Gaspard ajoute que l’Etat est prédisposé à penser des politiques publiques convenues : c’est le rôle des think tanks de sortir du cadre.

« Faire avancer une idée dans le débat public est un travail qui peut prendre des décennies, c’est parfois extrêmement frustrant. » Gaspard Koenig

L’enquête se termine sur la question du financement et donc de l’indépendance. Gaspard appuie pour que la culture des think tanks gagne la France comme elle a gagné les pays anglo-saxons et aussi l’Allemagne. Dans sa loi de finances de 2017, le Bundestag a alloué 581 millions d’euros de subventions aux fondations politiques contre 6 millions seulement du côté de Matignon. Dix ans après sa création, GenerationLibre poursuit son exigence en matière d’indépendance : ni subventions publiques, ni commandes d’entreprise.


Pour lire l’enquête du Point, cliquer ICI.

Pour comprendre le « socle citoyen », cliquer ICI.

Pour (re)lire la tribune co-signée par David Lisnard, cliquer ICI.

 

Publié le 04/01/2023.

Revenu universel, propriété des data, prix carbone : les grands combats de GL

Dans un article pleine page, Le Temps met à l’honneur les grands combats de notre think tank en termes de politiques publiques, du revenu universel au droit de propriété sur les data, en passant par le prix carbone.

 

Si l’effondrement du mur de Berlin a laissé croire à une fin de l’histoire, sanctuarisant le capitalisme libéral comme horizon indépassable, de nouveaux enjeux planétaires tels que l’avènement de la société numérique, la crise des inégalités et les dérèglements environnementaux ont remis en cause l’ordre libéral. Autant d’enjeux dont se saisissent les jeunes libéraux, chez Liber-thé comme chez GenerationLibre. Le Temps leur donne la parole.

« Fervent partisan d’une société libérale, le jeune économiste suisse [Nicolas Jutzet, co-fondateur de Liber-thé] rappelle qu’il suffit de donner un « prix au carbone » pour qu’il s’intègre dans les mécanismes de formation des prix. »

L’Accord de Paris signé lors de COP21 en 2015 aura marqué les consciences quant à l’urgence d’une action climatique de grande ampleur. Face au courant écologiste et à ses solutions interventionnistes voire ouvertement communistes – « il faudrait probablement limiter à trois ou quatre, le nombre de vol réalisables sur toute une vie » dixit Jean-Marc Jancovici – les libéraux s’accordent sur un prix généralisé sur le carbone. GenerationLibre compte publier un grand rapport sur ce sujet au cours du premier semestre 2023.

« Les données doivent devenir patrimoniales et revenir à leur producteur, celui qui fabrique la data, précise le fondateur du think tank GenerationLibre. »

Alors que le début du XXIe siècle est marqué par la numérisation, les GAMAM (Facebook est mort, vive Meta!) basent leur modèle économique sur l’exploitation des données personnelles des utilisateurs. Ceux-ci bénéficient d’un service gratuit mais sont en contrepartie contraints d’accorder aux plateformes l’usage de leurs données. Depuis 2018, GenerationLibre défend l’instauration d’un droit permettant aux citoyens de reprendre le contrôle sur leurs données, à travers un nouveau droit de propriété, pour passer du féodalisme au capitalisme.

« [À propos du revenu universel] Gaspard Koenig promeut activement une aide qui doit permettre à tout citoyen de garder son libre choix indépendamment de toute considération matérielle. »

Face à l’accroissement des inégalités, qui concentrent les attaques contre le libéralisme selon Francis Fukuyama, la réponse libérale doit concilier simplicité administrative, autonomie individuelle et éradication de la pauvreté objective. Plus qu’une lutte contre les inégalités, c’est contre la pauvreté et la dépendance que le libéralisme doit apporter une réponse. En ce sens, le revenu universel que propose GenerationLibre, dans l’héritage de Thomas Paine et Milton Friedman, rend à l’individu « le pouvoir de dire non » selon Gaspard Koenig. Ces trois grandes idées sont développées par GenerationLibre, auprès des décideurs politiques et dans les médias.


Pour lire l’article, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Liber : une proposition réaliste », cliquer ICI.

Pour (re)lire la tribune de Kevin Brookes sur le dividende carbone, cliquer ICI.

 

Publié le 03/01/2023.

Fin de vie : pour une décision libre et souveraine – Monique Canto-Sperber

Au micro de Patrick Cohen sur France Culture, Monique Canto-Sperber plaide pour un droit au suicide assisté et appelle à la prudence sur l’euthanasie afin de préserver la liberté de chacun.

 

Aux côtés de la journaliste Catherine Vincent, du philosophe Frédéric Worms et de la sociologue Dominique Schnapper, Monique Canto-Sperber pose les bases juridiques de la loi Claeys-Leonetti qui régit aujourd’hui le droit de mourir en France. Cette loi offre déjà au malade la possibilité d’une aide passive à mourir mais ce choix est circonscrit aux malades au pronostic vital engagé à très court terme, c’est à dire de quelques heures à quelques jours.

« Dans les deux autres types d’aide active à mourir aujourd’hui sur la table, le suicide assisté et l’euthanasie (la mort administrée par un tiers), il s’agit d’une certaine manière de provoquer la mort, et non plus de la hâter. »

Si la loi actuelle est jugée insuffisante, son esprit est à conserver d’un point de vue philosophique. D’abord la nécessité d’une aide à mourir dans un contexte médical et le droit pour le patient de pouvoir décider ce qu’il souhaite pour sa mort. Si Monique se dit favorable à une reconnaissance du suicide assisté (décision souveraine), elle émet des réticences sur l’euthanasie (par un tiers) qui ne devrait jamais aboutir, selon elle, à la reconnaissance d’un « droit à demander, quand on ne sera plus là pour donner son avis, que quelqu’un d’autre puisse administrer la mort ».

« Pour moi, il y a deux principes fondamentaux que sont la souveraineté absolue de la personne sur sa vie et sur sa mort – qu’elle choisisse les conditions de sa fin me paraît quelque chose qui n’appartient qu’à elle – et le refus de toute intrusion d’autrui dans sa vie personnelle – en particulier lorsqu’il s’agit de donner la mort. »

Monique distingue donc le suicide assisté qu’elle appelle de ses vœux de l’euthanasie. Elle serait favorable à un aménagement législatif dans le cas où la personne n’est plus consciente « mais qu’il n’y a absolument aucun doute sur son souhait qu’on lui inflige la mort ». Si Monique n’attend rien de la convention citoyenne sur les plans philosophique (ni sa formation ni son travail), ni démocratique (commission représentative mais non-élue), elle espère que celle-ci puisse « préparer une forme d’appropriation de la loi ».

« Précisément parce que ce sont des Français qui délibèrent, la Commission citoyenne peut créer les conditions qui feraient de cette loi une véritable réalité sociale qui puisse être reconnue par chacun d’entre nous. »


Pour écouter l’émission, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Mon corps m’appartient », cliquer ICI.

 

Publié le 14/12/2022.

Un libéralisme gaulois ? – Gaspard Koenig

Invité aux Journées de l’économie pour une table ronde animée par Pascal Riché, directeur adjoint de L’OBS, Gaspard Koenig raconte comment le libéralisme « gaulois » a façonné l’Etat français, pour émanciper l’individu contre la tribu.

 

Invité à une table ronde intitulée « L’Etat, jusqu’où ? » aux Jéco à Lyon, Gaspard fustige l’amalgame entre libéralisme et néolibéralisme des années 1980, alors que ce dernier n’en est qu’une variante économiciste. Il rappelle que le libéralisme est une doctrine humaniste et française, née des physiocrates et de Pierre de Boisguilbert contre les corporations et taxes aux frontières intérieures défendues par Jean-Baptiste Colbert.

« On continue, dans le think tank que j’ai fondé, à promouvoir et renouveler cette doctrine [libérale classique] qui est parfaitement valide aujourd’hui. »

En écho aux écrits de Durkheim expliquant qu’étatisme et individualisme ont été main dans la main, Gaspard raconte comment l’Etat moderne a émancipé l’individu, lui permettant d’assumer sa singularité et ses choix de valeurs contre la tribu. Il distingue cette conception française, dont il se revendique, du libéralisme anglosaxon qui, lui, s’érige contre l’Etat : c’est Edmund Burke contre Thomas Paine.

« Dans l’histoire, on n’est jamais revenu sur un système présidentiel de manière pacifique sans guerre, sans faillite, sans barbare. »

En réaction à la demande populaire d’une plus grande intervention de l’Etat, Gaspard se réfère à Patrick Artus pour qui « la norme se construit par refus du risque ». Si le discours de simplification est généralement bien accueilli par les gens, Gaspard se lamente du blocage des idées libérales par les partis politiques qu’il explique par l’élection présidentielle au suffrage universel direct, qui entretient un « absolutisme inefficace » comme le critiquait déjà Jean-François Revel.

« Sans responsabilité fiscale, ça ne sert à rien de parler de décentralisation et d’autonomie. »

Plutôt que de décentralisation – qui se résume à un transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités sans autonomie de gestion ni de responsabilité démocratique – Gaspard préfère parler d’autonomie locale. Il suggère l’idée d’une subsidiarité ascendante – thème que GenerationLibre porte depuis bientôt trois ans – qui élargit le spectre des formes de gouvernance. Par ailleurs, la France compte déjà une région autonome : l’Alsace-Moselle qui en plus d’un système de « non-laïcité », dispose de son propre droit des assurances et de l’héritage.


Pour voir l’intervention de Gaspard aux Jéco, cliquer ICI.

Pour lire notre billet « Les Français contre l’hyper-présidentialisme », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

 

Publié le 13/12/2022.

La « France périphérique », un mythe ?

Dans The Conversation, Kevin Brookes oppose, à la notion de « France périphérique », trois ‘France’ (urbaine, péri-urbaine et rurale) moins fracturées économiquement et socialement.

 

En 2014, le sociologue Christophe Guilluy théorisait « la France périphérique » dans un essai éponyme pour décrire les effets nuisibles de la mondialisation sur les territoires, tout particulièrement dans les zones péri-urbaines. Kevin développe ici une analyse chiffrée de la réalité politico-économique de la France, qu’il subdivise en trois catégories à partir de la typologie de l’Insee.

« Les métropoles contribuent plus au budget de l’Etat qu’elles ne reçoivent et inversement les territoires ruraux sont de nets bénéficiaires de l’argent public. »

Kevin croise les données des trois espaces que sont la zone urbaine, les espaces ruraux dépendants d’un pôle d’emploi et les espaces ruraux autonomes. D’un côté, il dégage une tendance politique : lors de la dernière élection présidentielle, Marine Le Pen a été distancée par Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dans les espaces urbains mais s’est imposée partout ailleurs. De l’autre, il montre chiffres à l’appui que si le niveau du revenu médian décroche dans les zones rurales autonomes, celui-ci est sensiblement le même entre zones urbaines et péri-urbaines.

« De manière générale, ce ne sont pas les espaces où le RN a fait son meilleur score (péri-urbanité) que la situation économique et sociale est la plus dégradée. »

S’ajoutent à cela les taux de chômage et de familles monoparentales – deux indicateurs de précarité – qui sont tous deux plus élevés en zone urbaine. L’analyse chiffrée de Kevin permet de relativiser l’opposition entre une France des villes, qui privilégie de retombées économiques au détriment d’une France périphérique, abandonnée par l’Etat. Il cherche à expliquer l’origine du mouvement des gilets jaunes qui a su mobiliser des dizaines de milliers de citoyens de ladite France périphérique, alors que l’hypothèse d’un déclassement économique n’est pas avérée.

« La ‘politique du ressentiment’ [théorisée par Katherine Cramer] prend quatre formes : la conscience d’appartenir à un lieu de vie spécifique et distinct des autres, le sentiment d’être moins bien doté en ressources publiques que les autres, d’avoir moins d’attention de la part des décideurs politiques, et de ressentir que son mode de vie n’est pas respecté par les élites urbaines. »

Kevin se rapporte aux travaux de Katherine Cramer, professeur de sciences politiques à l’Université du Wisconsin, qui identifie une grande importance des affects dans la polarisation entre électeurs urbains et ruraux, au sein de son Etat. Et si les Français ruraux avaient eux aussi développé un scepticisme vis-à-vis de leurs concitoyens urbains et de l’Etat dont ils se sentent exclus ? GenerationLibre propose de rendre le pouvoir de décision aux collectivités, et en particulier au plus petit échelon qu’est la commune, en mettant en œuvre le principe de la subsidiarité ascendante.


Pour lire l’article de Kevin dans The Conversation, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

 

Publié le 08/12/2022.

Jeunesse : pour un revenu universel plutôt que l’aide alimentaire

Interrogé par Emmanuelle Ducros dans l’Opinion, notre expert Maxime Sbaihi défend le revenu universel de GL afin d’aider une jeunesse aujourd’hui jetée dans les queues pour l’aide alimentaire.

 

Aux files d’attente pour l’aide alimentaire qui se sont rallongées par les jeunes depuis le confinement, Maxime apporte une triple justification démographique, économique et politique. Le vieillissement de la population fait que l’exécutif mobilise plus de ressources économiques pour les seniors en brut comme en proportion (2/3 des nouvelles dépenses publiques depuis 2000, soit 1 500 milliards d’euros).

« La jeunesse est abandonnée, on n’investit plus pour elle, et c’est parmi les moins de 30 ans que le taux de pauvreté est le plus élevé en France. Le patrimoine s’est concentré dans les mains des plus âgés, avec l’immobilier et l’épargne, il ne « coule » plus naturellement vers les plus jeunes. »

Ce choix économique découle d’un choix politique clientéliste, avec un électorat dominé par les seniors qui ont déterminé le résultat de l’élection présidentielle (41 % au premier tour, 75 % au second tour des plus de 65 ans ont voté Emmanuel Macron).

« Nous plaidons, chez GenerationLibre, pour le revenu universel qui donne à chacun un socle et règle un autre problème : le non-recours aux prestations sociales, à cause de la lourdeur des dossiers, de la complexité des dispositifs qui s’empilent, de la bureaucratie étouffante. »

Maxime entend soulager une partie de la jeunesse qui, réduite à remplir les files d’attente pour se nourrir, ne peut se projeter vers l’avenir. Il défend notre revenu universel pour tous les résidents adultes, de manière inconditionnelle, individuelle et automatique. Plutôt que les chèques en tout genre et les repas subventionnés qui séparent les « insiders » des « outsiders », le revenu universel permet à chacun de retrouver une marge de manœuvre dans ses choix de vie.


Pour lire la chronique de Maxime Sbaihi dans l’Opinion, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Liber : une proposition réaliste », cliquer ICI.

 

Publié le 24/11/2022.

Pour une politique familiale pour chaque enfant

Prime au troisième enfant, quotient familial, mères isolées… Dans Atlantico, notre expert Marc de Basquiat analyse les failles de la politique familiale et invite à la repenser pour chaque enfant.

 

Notre expert Marc de Basquiat réagit au vote du budget 2023, dans lequel la branche famille enregistre une baisse de moyens relative : si elle subit un transfert des congés maternité (2 milliards d’euros), elle ne bénéficie pas d’une hausse des recettes pour compenser ce poids financier.

« À gauche, beaucoup souhaitent fondre [la politique familiale] dans le « social », en supprimant tout soutien financier public aux parents aisés et renforçant toujours plus l’aide apportée aux plus fragiles (à commencer par les mères isolées). À droite, la réflexion est figée depuis le quinquennat Hollande sur le plafonnement du quotient familial. »

Cela est dû à l’excédent de la branche famille depuis 2018, que Marc explique par la faible natalité – qui continuera de baisser inexorablement – conjuguée à des politiques familiales rétrécies depuis François Hollande. Marc s’interroge sur l’utilisation faite des recettes de cette branche, qui se concentrent seulement sur les mères isolées, y compris avec un effet pervers à leur encontre qui peuvent les désinciter financièrement à se remettre en couple. L’AIRE montre qu’une mère isolée perd automatiquement 600 euros si elle se déclare en couple avec une personne au SMIC.

« Historiquement, cette prime au troisième enfant [défendue par la droite] était justifiée par l’impératif de former suffisamment de soldats pour préparer notre prochaine guerre contre le turbulent voisin allemand… Est-ce toujours l’enjeu d’une politique nataliste ? Faut-il continuer à punir les parents (égoïstes ou empêchés) d’un enfant unique ? »

Si la droite est traditionnellement attachée à la famille, Marc se désespère de son entêtement à faire du relèvement du quotient familial l’alpha et l’omega de sa politique, qui ne concerne que « quelques pourcents de familles qui paient un impôt élevé ». Pour GenerationLibre, Marc a publié un rapport proposant la suppression du quotient familial et un « forfait unique par enfant », inspiré de notre revenu universel, en remplacement des allocations familiales.


Pour lire l’entretien de Marc dans Atlantico, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Une autre politique familiale est possible ! », cliquer ICI.

 

Publié le 23/11/2022.

Ecole : rendre le public attractif plutôt que blâmer le privé

Dans l’Opinion, Erwan Le Noan prend Pap Ndiaye, ministre de l’Education nationale, à son propre jeu : ce n’est pas la fuite dans le privé mais le défaut d’attractivité du public qui explique le manque de mixité sociale dans les établissements scolaires.

 

En réaction à la publication des « indices de position sociale » qui montre une corrélation entre milieu social favorisé et choix d’un établissement privé par les parents, le ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye a demandé au secteur privé de faire sa part en matière de mixité sociale.

« Il est probable que [les familles « favorisées »] suivent un raisonnement stratégique qui les conduit à considérer que la qualité du service public est insuffisante. Ont-elles vraiment tort, quand on voit les résultats scolaires des petits Français ? »

Erwan Le Noan pointe la faiblesse du raisonnement du ministre qui refuse de s’attaquer à la cause, selon lui, de l’exode public : le niveau général de l’école républicaine, à laquelle GenerationLibre propose d’accorder plus d’autonomie dans un rapport signé Monique Canto-Sperber. Il ajoute que le capital culturel des parents importe autant, voire peut-être davantage, que leur capital financier dans la réussite scolaire de l’enfant, comme l’illustrent les catégories CSP+ et enseignants, qui maîtrisent les codes, et dont les enfants réussissent.

« Quel raisonnement peut conduire à conclure que, lorsque des citoyens désertent un service public parce qu’ils en sont insatisfaits, la solution doit résider dans une forme de contrainte pour les y ramener ? »

Erwan Le Noan conclut en pointant l’hypocrisie des « doctrinaires de la carte scolaire » qui s’efforcent de bien choisir leur adresse de résidence pour dépendre, au profit de leurs propres enfants, des meilleurs établissements publics ou alors font le choix de l’école privé, tout en fermant les yeux sur le vrai enjeu pour tous les enfants : rendre les établissements scolaires publics plus attractifs.


Pour lire la chronique de Erwan Le Noan dans l’Opinion, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Un contrat pour les établissements scolaires », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Libérer l’université », cliquer ICI.

 

Publié le 22/11/2022.