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Libéraux par conviction, non par tradition

Auteur
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Monique Canto-Sperber

Universitaire et présidente du think tank GenerationLibre ; elle a publié plusieurs livres dont Sauver la liberté d’expression (2021).

Libéraux par conviction, non par tradition

 

Dans la préface de notre recueil en hommage à Raymond Aron (le consulter ICI), notre présidente Monique Canto-Sperber définit le libéralisme de l’intellectuel comme étant avant tout un libéralisme politique, fondé sur la décentralisation, le souci de l’équilibre et des contre-pouvoirs. Elle loue sa lucidité et sa perspicacité et juge son héritage inspirant pour comprendre les réalités du XXème siècle. 

 

La liberté est un combat, non une habitude. C’est l’une des intuitions les plus profondes qui se dégage de la pensée de Raymond Aron. Plus explicitement : les libertés ne sont ni un bien acquis ni un héritage garanti que l’on défend par routine, mais l’objet d’une conquête perpétuelle dont la préservation exige mobilisation et engagement. Le diagnostic qui clôt de manière magistrale le premier exposé d’Essai sur les libertés (« Tocqueville et Marx ») : « La société industrielle dans laquelle nous vivons (…) n’est libérale que par tradition ou survivance si, par libéralisme, on entend le respect des droits individuels, des libertés personnelles, des procédures constitutionnelles » va de pair avec l’injonction à s’engager pour la défense des libertés non seulement face aux pays totalitaires, mais aussi, et tout particulièrement aujourd’hui, dans notre démocratie libérale car c’est d’abord chez nous, en dépit de l’état de droit, en dépit de la liberté économique, en dépit des valeurs affichées dans la devise de notre régime où la liberté est première citée, que les libertés sont à défendre pied à pied.

 

Raymond Aron est mort il y a quarante ans, le 17 octobre 1983, et le présent recueil publié par le think tank libéral Generation Libre que j’ai l’honneur de présider, est un témoignage de reconnaissance pour ce que lui doivent les libéraux français d’aujourd’hui. On y lira les contributions d’auteurs qui, à partir de perspectives différentes, s’interrogent sur la nature et la portée de son libéralisme. Toutes s’attachent à montrer combien l’œuvre et la personnalité de Raymond Aron, disparu il y a quarante ans, restent une source d’inspiration pour l’époque actuelle.

 

Nicolas Baverez rappelle la perspicacité quasi visionnaire des réflexions de Raymond Aron sur la dialectique des empires et des États, les premiers à la quête d’un nouveau monde post-occidental et donc post-démocratique, les seconds contraints de renoncer à la conviction folle que la guerre est devenue impossible et la paix perpétuelle accessible. Joshua Cherniss montre comment se croisent et se recoupent les réflexions de Raymond Aron et d’Albert Camus sur le thème de la responsabilité politique et la nécessité de l’engagement. Laetitia Strauch-Bonart revient sur l’exigence de rigueur intellectuelle qui a condamné Raymond Aron à la solitude intellectuelle parmi ses contemporains, seul à combattre au nom de ses principes et par des arguments des coalitions d’ennemis disparates.

« La liberté est un combat, non une habitude. »

 

La réflexion sur les liens entre la sociologie et la philosophie, disciplines qui façonnent la pensée de Raymond Aron, fait l’essentiel de la contribution de Philippe Raynaud, tandis qu’Aurélie Drouvin, Alexis Karklins-Marchay et Perrine Simon-Nahum proposent des analyses, originales et complémentaires, des Désillusions du Progrès, la contribution d’Aurélie Jean, réflexion sur le devenir de la culture numérique et le développement de l’Intelligence Artificielle, jetant une lumière nouvelle sur la portée des intuitions de Raymond Aron sur les développements technologiques à venir. Jean-Louis Bourlanges inscrit quant à lui la pensée de Raymond Aron dans la réalité politique d’aujourd’hui et la met quasi au défi de penser la montée en puissance des régimes illibéraux en Europe, sa réflexion étant prolongée par celle d’Alexis Carré qui s’interroge à partir d’une perspective aronienne sur le sens de la nation. Les essais de Bernard Cazeneuve et de David Lisnard reprennent avec ampleur ces réflexions en rattachant les idées politiques de Raymond Aron à la dialectique des libertés et des règles communes pour le premier, à la centralisation du pouvoir central aujourd’hui de plus en plus marquée et à l’affaiblissement des pouvoirs et autonomies locales pour le second. Enfin, la contribution de Rafaël Amselem et de Baptiste Gauthey confronte dans une étude de grande ampleur la conception aronienne de la démocratie à sa réalité présente et analyse la pertinence et les limites de sa référence à l’ordre constitutionnel au regard de la pratique politique contemporaine.

 

Raymond Aron fut sans doute l’un des premiers penseurs libéraux d’après-guerre en France à signaler le paradoxe qui résume encore l’état des libertés dans notre société : plus de droits variés et sectoriels et moins de libertés fondamentales. Depuis un demi-siècle, des droits nouveaux et des capacités d’agir ont été accordés aux individus. Il est aujourd’hui possible en France de se marier entre hommes ou entre femmes, de créer une entreprise en un clic, de divorcer sans juge et de fumer du cannabis sans risquer la prison. La déception que confessait Raymond Aron à voir le faible degré d’engagement en faveur des libertés pourrait donc sembler n’être plus de mise. Et pourtant, le fait que de tels droits sont acquis n’empêche pas que les libertés les plus fondamentales comme la préservation d’une vie privée, la possibilité de circuler anonymement dans l’espace public, de n’avoir pas à rendre de compte de ses opinions ou à être contraint de penser en conformité avec les courants de pensée dominants, sont de plus en plus menacés. De même, l’autonomie de chacun et sa responsabilité personnelle sont amoindries, ce qui entrave sa capacité de définir librement son rôle dans la vie économique et sociale. Plus inquiétant encore, la réalité de la participation politique des citoyens, participation qui fonde la légitimité de l’obéissance aux lois votées au nom du peuple français, semble affaiblie, ce qui contribue à saper l’idée d’un projet collectif.

 

Les raisons de l’effritement de nos libertés sont multiples, elles vont de l’évolution des pratiques politiques (plus de centralisation et de présidentialisation, moins de parlementarisme) à l’impact des réglementations qui veulent encadrer tous les aspects de notre vie et tendent de ce fait à déresponsabiliser les individus, acteurs sociaux et citoyens, par rapport aux différents engagements qui rendent concret le souci de la chose publique. Mais elles sont aussi dues aux effets produits par les évolutions sociales, culturelles, technologiques à l’œuvre dans les sociétés contemporaines.

« La réalité de la participation politique des citoyens, […] semble affaiblie, ce qui contribue à saper l’idée d’un projet collectif. »

 

Le libéralisme, conçu comme vision d’ensemble de l’homme, de la société et des communautés politiques, est un mouvement philosophique et politique qui défend les libertés individuelles, promeut la liberté politique et cherche à garantir aux individus l’accès aux conditions de leur épanouissement dans une société et un marché ouvert, est aujourd’hui critiqué, voire diabolisé, souvent réduit à une idéologie dépassée. Pourtant la défense du libéralisme, aujourd’hui comme à l’époque où Raymond Aron s’en faisait le porte-parole, recouvre un enjeu considérable. Au-delà de la préservation d’un courant de pensée qui accompagne depuis plus de trois siècles la modernité politique, économique et scientifique, il s’agit de garder vivantes les vertus politiques et sociales qui sont à la base de notre civilisation : la liberté de l’esprit, la responsabilité politique et sociale de l’individu, la reconnaissance de la pluralité des intérêts et des opinions, le souci d’un langage commun et d’une rationalité publique qui permettent le débat d’idées, et surtout l’autonomie de la société comme l’obligation de limiter le rôle de l’État à l’exercice efficace de ses fonctions propres. Tel est bien le libéralisme de Raymond Aron, un libéralisme d’abord politique avant d’être fondé sur une théorie du marché ou une philosophie du droit, un libéralisme qui « participe à l’entreprise du nouveau Prométhée, s’efforce d’agir selon les leçons, si incertaines soient-elles, de l’expérience historique, conformément aux vérités partielles qu’il recueille plutôt que par référence à une vision faussement totale. »

 

Plusieurs des contributions qui suivent rappellent la solitude qui fut celle de Raymond Aron, au moins durant les décennies où dominait en France une idéologie politique se réclamant du marxisme et du communisme. Journaliste réputé, universitaire reconnu au sein des institutions académiques les plus prestigieuses, Raymond Aron a incarné une voix relativement isolée parmi les intellectuels de son temps, lui qui disait de lui-même « comme d’habitude, je n’étais pas d’accord. Donc je suis restée solitaire » et, ajoutait-il, « sans grande chance de pouvoir m’exprimer et d’être écouté ».

 

Engagé dans le combat contre les totalitarismes depuis la fin des années 1930, combat qui se prolongea avec la fondation du Congrès pour la liberté de la culture réuni pour la première fois à Berlin en 1950 aux côtés d’Arthur Koestler, de Manès Sperber, d’Eugen Kogon, de Bertrand Russell, de François Fetjö, puis de David Rousset et de François Bondy, Raymond Aron est mort trop tôt pour assister à l’effondrement progressif, on pourrait dire à l’affaissement, du monde communiste. Toutefois, on peut imaginer l’exaltation incrédule qui aurait été la sienne à voir disparaître si facilement, si rapidement, les régimes de terreur alors établis dans l’Est de l’Europe, sous la vague immense de sociétés entières qui s’avançaient silencieusement contre le totalitarisme d’État. Aurait-il vu, entre le printemps et l’hiver 1989, les Hongrois franchir tranquillement en voiture la frontière avec l’Autriche après que les gardes-frontières ont cisaillé les barbelés, les Allemands des Länder de l’Est manifester silencieusement à Leipzig et à Berlin et les habitants de la ville de Timisoara en Roumanie avancer de plus en plus nombreux vers la place centrale de la ville, il aurait sans doute été emporté par la même exaltation qu’a ressentie ma génération, celle d’une jeunesse libérale engagée dès l’adolescence dans la lutte contre tous les régimes qui asservissent l’individu. Mais sa lucidité exigeante, sa perspicacité intellectuelle l’auraient vite dissuadé de reconnaître dans ces événements extraordinaires l’accomplissement d’une compréhension providentialiste de l’histoire qui ferait triompher la liberté et annoncer le règne sans partage de la démocratie libérale, de l’économie devenue mondiale et de la paix universelle.

« Le libéralisme de Raymond Aron est un libéralisme d’abord politique avant d’être fondé sur une théorie du marché ou une philosophie du droit. »

 

Après les derniers spasmes des luttes anticoloniales et après des décennies de guerre froide et de politique des « non-alignés », la démocratie libérale semblait avoir vocation à se diffuser dans le monde entier. Les États de ce qu’on appelait alors l’Europe de l’Est amorcèrent dès le début des années 1990 une transition rapide vers des formes de démocratie libérale, malheureusement sans la culture et les mœurs libérales qui font le succès de ce régime. Ils mirent aussi un terme aux formes diverses de capitalisme d’État qui planifiaient et administraient l’économie en encourageant les initiatives décentralisées mais aussi le rachat des actifs de l’État, ce qui produisit des oligarchies d’un type nouveau. À l’échelle du monde, la diffusion de la mondialisation économique, l’homogénéisation culturelle et l’unification technologique semblaient obliger à l’optimisme. Mais le retour violent des identités religieuses à partir du début des années 2000, la fascination exercée par les gouvernements autocratiques et la montée des populismes ont sonné le glas de tels espoirs. Depuis, le désarroi du monde contemporain, encore à la recherche de ses idéaux perdus, a été amplifié par les crises et les menaces de la dernière décennie : multiplication des attentats terroristes, crise migratoire et aggravation du changement climatique. L’immobilisation sur image de la plus grande partie du monde en 2020-2021 à la suite de l’épidémie mondiale du Covid-19 n’a pas été suivie du ressaisissement espéré.

 

Instruit par celui qui fut son ami et son maître, Elie Halévy, Raymond Aron, dès la fin des années 1930 n’a cessé de rappeler que les hommes n’en ont jamais fini avec la tragédie. Sa génération, celle de 1905, de ceux qui furent adolescents pendant la Première guerre mondiale, qui virent un régime communiste s’installer en Russie et le nazisme conduire l’Europe aux bords de l’auto-destruction, n’ont pu que constater ensuite le désolant spectacle de la moitié de l’Europe livrée au communisme. Tous ont ainsi appris à tempérer leurs espoirs, car ils savaient que le retour des valeurs libérales, s’il avait lieu, quand il aurait lieu, ne devrait jamais être un objet d’auto-satisfaction. Car la conflictualité politique n’est pas, selon eux, vouée à se dissoudre dans l’adhésion à la démocratie et l’homogénéisation culturelle et technologique du monde peut se révéler être le terreau propice au développement de revendications identitaires d’une force inouïe, surtout quand les passions de rivalité, de ressentiment ainsi que le désir fanatique de reconnaissance ont persisté comme des braises ardentes prêtes à s’enflammer à la première étincelle de violence et donner lieu à des conflits indéfiniment renouvelés et perpétuellement justifiés dans un passé de colonisation et de domination.

 

Les analyses, suggestions, inquiétudes qui nourrissent l’œuvre de Raymond Aron sont encore une source d’inspiration pour penser les réalités économiques, sociales et culturelles du monde contemporain. Le poids de l’économie financière et le creusement des inégalités ont dans les trois dernières décennies nourri la colère des classes moyennes comme le sentiment exprimé par les plus jeunes générations et une partie de la population au sein des pays développés d’être reléguées aux marges de la croissance, sentiment de déclassement auquel les aides sociales ne parviennent pas à remédier et que les évolutions culturelles et technologiques ne font qu’amplifier. Pareille insatisfaction mine l’espoir de progrès collectif pacifique qui est l’une des promesses du libéralisme.

 

Les Désillusions du Progrès. Essai sur la dialectique de la modernité que Raymond Aron publia en 1969 présente une magistrale analyse de « la dialectique des inégalités », qui fait que croissance économique et inégalités s’engendrent mutuellement tandis que les rapports sociaux de classe sécrètent différents modes de socialisation. Selon une dynamique comparable, la dialectique de l’universalité articule le fait remarquable de voir l’humanité vivre, pour la première fois, « une seule et même histoire » à l’évident besoin de différenciation que sécrète toute tentative d’uniformisation, besoin qui se manifeste depuis un demi-siècle avec une résurgence des identités nationales, religieuses et ethniques, dans une sorte de tribalisation forcée des sociétés.

« L’immobilisation sur image de la plus grande partie du monde en 2020-2021 à la suite de l’épidémie mondiale du Covid-19 n’a pas été suivie du ressaisissement espéré. »

 

C’est là qu’inégalités économiques et clivages sociaux se conjuguent pour alimenter les fractures identitaires qui menacent nos sociétés et faire douter de la possibilité d’un projet politique commun dans un cadre national. Pour y remédier, l’État veut se présenter en recours capable de garantir la cohésion de la société quitte à réduire l’autonomie sociale et la légitimité des pouvoirs locaux. Parallèlement, la personnalisation accrue du pouvoir politique, qui tend à substituer le face à face entre le président et le peuple à la logique des représentations et médiations propre à la démocratie parlementaire, enraye le fonctionnement d’une démocratie libérale dont la vigueur et l’intelligence sont vivifiées par les multiples engagements des citoyens bien.

 

Ces évolutions de la pratique politique, qui sont pour partie des réponses légitimes aux crises successives qui secouent nos sociétés, peuvent être justifiées par un contexte d’urgence. Mais elles n’en sont pas moins inquiétantes car elles contribuent à installer une situation, elles agissent, à titre exceptionnel et toujours pour de bonnes raisons, comme le feraient des régimes autoritaires.

 

Les valeurs du libéralisme ne semblent plus alors qu’une revendication vaine, un affichage servant à camoufler une pratique de moins en moins libérale de la politique. Pourtant les gouvernements, y compris ceux qui se présentent comme libéraux, qui négligent les contre-pouvoirs ne devraient pas ignorer qu’ils préparent un avenir où d’autres qui viendraient après eux avec un programme politique clairement illibéral trouveraient pour les servir des habitudes de gouvernement, des éléments de surveillance des citoyens et de contrôle social que les libéraux qui les ont précédés auraient eux-mêmes mis en place. Le fait que dans plusieurs pays politiques européens, et aussi en France, aux confins de la droite comme de la gauche, se développent des mouvements politiques d’inspiration populiste et césariste rend ce risque de plus en plus probable.

 

De plus, la culture contemporaine dépendante des outils numériques d’information et de communication s’inscrit dans une socialité de réseaux, de partage et de virtualité qui affecte les contours de l’individualité et les notions de vie privée qui sont au cœur de la pensée libérale. Enfin, on assiste aujourd’hui à des tentatives d’hégémonie sur la parole publique dans le but d’imposer ce qu’il faut dire et ce qu’on doit taire, dans une forme sournoise de privatisation des règles de la liberté d’expression inscrite dans une stratégie de conquête des médias et des réseaux sociaux. La liberté d’expression semble dès lors prise en otage entre des courants qui se réclamant d’un progressisme dogmatique, ne supportant pas la discussion, encore moins la contradiction, et veulent seuls définir ce qu’est la parole libre, et, de l’autre côté, la revendication d’une parole libérée qui, avatar de la liberté d’expression, se limite souvent à revendiquer la liberté d’être raciste.

« Les valeurs du libéralisme ne semblent plus alors qu’une revendication vaine, un affichage servant à camoufler une pratique de moins en moins libérale de la politique. »

 

Dans un tel contexte, peut-on seulement espérer qu’il restera toujours assez d’habitudes libérales dans nos sociétés pour empêcher qu’un mouvement populiste n’arrive au pouvoir à brève ou moyenne échéance ? Non, sans doute pas, car de quel pays en Europe pourrait-on dire avec assurance que la majorité de sa population résisterait à l’autoritarisme de ses gouvernants dès que ceux-ci promettraient d’assurer la croissance et la justice sociale, de conserver les valeurs nationales (ou plutôt la façon dont ces gouvernants les comprennent, la sauvegarde des fêtes populaires, ce qui est un bonne chose, mais non l’apprentissage rigoureux de la langue) et de laisser chacun jouir des satisfactions privées ? Qui s’élèverait pour défendre la liberté ?

 

À la fin de La Démocratie en Amérique, Tocqueville évoquait un régime qui serait une forme de despotisme doux, rien qu’une évolution possible de la démocratie où les citoyens seraient « comme un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». Déjà dans le Politique, Platon renvoyait ce type de gouvernement au temps les plus archaïques. Deux mille ans plus tard, Tocqueville redoutait qu’il ne devînt le devenir des démocraties. D’où la valeur de l’injonction de Raymond Aron de fortifier la liberté politique, autrement dit une participation politique animée par la conviction qu’il est possible de concilier la liberté active et responsable pour chacun avec le respect des règles communes, cette liberté semblant être dans toute sa richesse d’engagements publics le meilleur antidote à ce sombre avenir.

 

Le libéralisme refuse d’entrer dans les consciences pour imposer à chacun la bonne façon de penser, il ne s’occupe que des expressions et actes publics dans le cadre des règles qui permettent le vivre ensemble et garantissent la liberté de chacun car il croit en la force créatrice de l’individualité humaine qui assure le dynamisme et le renouvellement de la société. On lui a souvent reproché d’être une forme de quiétisme qui attend les bras croisés que le marché s’équilibre, que la société s’autonomise, que l’État se limite à ses fonctions. C’est une erreur car le libéralisme est un mouvement politique volontariste, il ne croit pas en l’organisation de la société, ni en la révolution qui va recréer l’homme et produire la société juste, il est peu tenté par la planification car il est décentralisateur, soucieux d’équilibre et de contre-pouvoirs, fondé à la fois sur la lucidité et la confiance, mais sans ignorer le rôle nécessaire de l’État.

 

Surtout, le libéralisme est créateur d’avenir précisément parce qu’il se nourrit de l’engagement politique actif des citoyens. Ce n’est pas si facile, à concevoir et à mettre en œuvre, mais Raymond Aron n’a cessé de montrer combien le libéralisme était une politique de l’incertitude, sans illusion sur l’homme, qu’il était aussi un engagement de l’intelligence, et donc une pensée « sans euphorie, disait-il, ni tiède ni facile, pas faite pour les âmes tendres ».

 


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