Jupiter parmi les mortels – Gaspard Koenig

Dans Les Échos, Gaspard Koenig voit dans le résultat des élections législatives une opportunité pour renouer avec la culture du compromis. Le retour en grâce de la pratique parlementaire nous permettra d’en finir avec le présidentialisme jupitérien. 

 

Depuis dimanche, les commentateurs politiques s’agitent çà et là pour décrypter ce qui, depuis l’instauration du quinquennat et la synchronisation du calendrier électoral, apparaît d’autant plus inédit : l’absence de majorité absolue donnée au Président de la République. Si bon nombre d’éditorialistes fulminent contre ce qu’ils jugent être une France ingouvernable, Gaspard salue au contraire un vent de fraîcheur après la tempête jupitérienne. Tout d’abord, jamais l’Assemblée n’avait semblé aussi représentative de la diversité des opinions politiques de nos concitoyens et cela sans la mise en place d’un scrutin proportionnel. Ensuite, le résultat de dimanche nous donne à voir une diversité sociologique inédite parmi les nouveaux députés. Pour la première fois, une femme de ménage fait son entrée au Palais Bourbon !

Alors que le précédent quinquennat d’Emmanuel Macron avait poussé l’hyperprésidentialisme à son paroxysme tant dans la symbolique que dans la pratique du pouvoir (240 projets de lois gouvernementaux contre 114 propositions de lois parlementaires), le Président et sa majorité relative se retrouvent désormais contraints de passer à la table des négociations. Quoi de plus normal finalement que de voir chacun revenir à son poste. L’exécutif exécutera les lois, le Parlement les discutera et les votera.

« Cette législature pourrait imposer par la pratique ce qui semblait impossible à obtenir par la voie de la réforme constitutionnelle : « Déprésidentialiser la Ve République » comme le réclame Jean Jacques Urvoas, ancien garde des Sceaux, dans le récent rapport de GenerationLibre. »

Néanmoins comme le rappelle Gaspard, « pour que change l’esprit des institutions, il faudra que les acteurs politiques changent d’attitude ». Autrement dit, il est impératif que les députés de l’opposition dont ceux issus de la NUPES adoptent une démarche constructive pour en finir avec une opposition de principe qui s’avère aussi caricaturale sur la forme qu’inefficace sur le fond. De façon similaire, les députés de la majorité doivent rompre avec l’arrogance qui a parfois caractérisé la dernière législature afin de prendre acte de la volonté émise par les Français d’avoir une Assemblée pluraliste.

Ainsi, c’est une nouvelle mécanique institutionnelle qui se doit mettre en place. En l’état, la Première ministre ne peut rester en poste. Le Premier ministre doit être en quelque sorte désigné par l’Assemblée. Le chef de l’État doit d’abord rester dans son pré-carré présidentiel en vertu de la Constitution de 1958 : être le chef des armées et la clé de voute des institutions. De plus, Gaspard félicite ce retour au parlementarisme qui réintroduira in fine du temps long dans les débats, rompant ainsi avec « l’inflation normative dont se désespère le Conseil d’État ».

« Je forme le voeux que cette expérience soit l’occasion de redécouvrir les vertus du parlementarisme que nos voisins européens pratiquent sans drame, et avec elles les vertus humaines du dialogue. »

Si comme le dit Gaspard, l’ancien ministre Alain Peyreffite constatait – dans son ouvrage « La société de confiance » – la préférence culturelle française pour la confrontation violente et stérile, rien n’empêche cette Assemblée d’en sortir. Aujourd’hui, elle dispose d’une occasion unique pour embrasser une nouvelle culture politique, celle du compromis, dans laquelle députés majoritaires et d’oppositions pourraient, à l’appui de négociations, trouver des majorités d’idées sur des textes audacieux.

De la réussite de cette Assemblée pourrait advenir l’une des suggestions phares de notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République » : la fin de l’élection du Président de la République au suffrage universel pour renouer avec la pratique d’avant 1962, celle de son élection par un collège de grands électeurs afin d’en finir avec le présidentialisme inefficace.


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Publié le 22/06/2022.

Le désordre au service de la démocratie – Gaspard Koenig

Dans Les Échos, Gaspard Koenig explique qu’il souhaite que le Président de la République n’ait pas de majorité à l’issue des élections législatives afin de contrer « l’absolutisme inefficace » conceptualisé par Jean-François Revel. 

 

Quelle mouche aurait donc piqué Gaspard ? Après avoir expliqué voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle, le philosophe et fondateur de GL souhaite cette fois-ci, dans le cadre des élections législatives, que le locataire de l’Élysée ne dispose pas de majorité absolue à l’issue du scrutin. Loin d’être dissonant, le raisonnement de Gaspard s’appuie sur la raison institutionnelle.

En effet, cinq années d’absolutisme macroniste ont poussé à bout la logique hyperprésidentialiste de la Ve République. Le changement de méthode, annoncé par celui qui a rechigné à descendre dans l’arène politique, peine à se dessiner à mesure que les jours passent. Les réformes promises sont renvoyées aux calendes grecques, les cabinets ministériels hument le parfum des sociétés de cour, la délibération est absente des arcanes du pouvoir mais le dévouement des conseillers au prince est total. Si tout semble aller pour le mieux dans le vase clos du pouvoir, rien n’est moins sûr vu d’en bas.

« Aujourd’hui le pouvoir n’a jamais été plus absolu et moins efficace. Peut-on passer encore cinq ans avec une gestion au fil de l’eau ? »

L’idée d’un conseil national de la refondation censé réunir des personnalités aux points de vue divergents pour produire des décisions négociées et consensuelles frôle la caricature institutionnelle tant son rôle s’apparente normalement à celui qui est dévolu aux assemblées parlementaires. C’est justement pour redorer l’Assemblée nationale et sa fonction délibérative que Gaspard souhaite qu’aucune majorité absolue ne se dégage ce dimanche. Un parlement pluraliste non soumis au joug d’une majorité de godillots aurait le mérite d’insuffler du débat dans ce qui devrait être le sanctuaire de notre démocratie.

Une cohabitation peut même conduire à des effets bénéfiques sur l’action publique. Gaspard ré-insiste ici sur ce qu’il n’a pas manqué de rappeler à maintes reprises. Les périodes de cohabitations ont permis au Premier ministre et à son gouvernement d’enclencher des réformes structurelles dont notre pays porte encore les traces. Pour la confrontation d’idées neuves, pour qu’une partie de la population se sente représentée, pour que « les utopistes se confrontent au réel », il apparaît plus que jamais nécessaire de ne pas accorder au Président la majorité qu’il désire.

« En 2021, je plaidais déjà pour une cohabitation dès le début du futur quinquennat, en rappelant que les trois précédentes avaient produit leur lot de transformations radicales. »

S’arroger le monopole de l’ordre et de la raison républicaine après n’avoir recueilli que 11% des suffrages des inscrits est un pari audacieux voire dangereux. Pour Gaspard, la rhétorique gouvernementale n’est pas sans rappeler le Parti de l’Ordre de la IIe République qui n’agissait que dans l’intérêt d’une seule classe, celle des notables, et pensait le pluralisme comme un fléau à abjurer. Faut-il se résoudre à accepter sans sourciller la propension qu’a le pouvoir exécutif à vouloir soumettre le pouvoir législatif ? Pour l’ordre de demain, celui qui replace le Parlement au centre du jeu démocratique, Gaspard vote pour le désordre aujourd’hui.


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Publié le 17/06/2022.

[Lu ailleurs] Les jeunes, des libéraux qui s’ignorent ?

Dans Les Echos, l’essayiste Alexis Karklins-Marchay voit dans la propension de la jeunesse française à être mobile et à s’affranchir des carcans bureaucratiques, les conditions préalables à la mise en place d’un projet de société libérale. 

 

Face aux formations politiques traditionnelles, le parti libéral allemand (FDP) est arrivé en tête chez les primo-votants lors des dernières élections législatives de septembre 2021 en Allemagne et a fait jeu égal avec les écologistes allemand de Die Grüne chez les électeurs de moins de 30 ans. Serait-il possible d’observer un même phénomène en France ?

Dans l’immédiat cela semble compliqué pour Alexis Karlinks-Marchay. Tout d’abord parce qu’il n’existe pas de parti libéral dans l’hexagone, ensuite parce que l’image qu’ont les jeunes français du libéralisme est avilie, perçu comme responsable de tous les dysfonctionnements sociaux. En citant l’ouvrage de notre ancien directeur Maxime Sbaihi, l’essayiste libéral montre que les difficultés qui se posent à la génération Z (personnes nées entre 1995 et 2010) à commencer par le difficile accès aux marchés de l’emploi et du logement sont dans l’esprit de ces même jeunes étroitement associées au libéralisme.

« La génération Z partage de nombreuses valeurs, idées et aspirations compatibles avec ce que pourrait être un projet libéral. »

Pour Alexis Karklins-Marchay, il serait de faux croire que la génération Z se tournerait inévitablement vers les alternatives politiques extrêmes ou révolutionnaires. En premier lieu parce qu’en grande majorité, les jeunes ne votent pas : plus de 70% d’abstention enregistrée chez les moins de 30 dimanche dernier. En second lieu parce que la jeunesse montre son accointance avec les valeurs libérales. Tournés vers l’international, désireux de monter des entreprises, les jeunes fustigent la bureaucratie d’État et les méandres administratifs qui leur compliquent la tâche pour entreprendre et créer de la richesse.

« Comme le remarquait déjà Tocqueville au XIXe siècle, dans les démocraties « chaque génération est un peuple nouveau ». Il est temps de construire le futur avec ce peuple nouveau. »

Néanmoins, il est impératif pour Alexis Karlins-Marchay que ce projet libéral ne tourne pas à la sauce conservatrice. Une ambition politique libérale soucieuse de réconcilier la jeunesse et le libéralisme devra répondre à leurs inquiétudes et leurs aspirations sociétales en matière d’écologie, de dépénalisation du cannabis, de souplesse administrative ou encore de respect des minorités, de lutte contre les discriminations et les inégalités de genre.


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Publié le 16/06/2022.

La planification contre l’écologie – Gaspard Koenig

Dans Les Echos, Gaspard Koenig voit dans le retour de la planification écologique la marque d’un centralisme étatiste qui condamne l’innovation permise par le marché seul. Contre la planification, il défend une mesure radicale : mettre un prix sur le carbone et redistribuer la taxe sous forme de dividende. 

 

Chassez le naturel par la porte, il revient par la fenêtre. C’est ainsi que le principe étatiste de la planification consistant à faire confiance à une poignée d’experts supposément omniscients sur notre futur, dont le caractère est par essence incertain, fait son grand retour avec le nouveau gouvernement. Si la planification est communément associée au Gosplan soviétique, en France son origine est différente. Les théoriciens français du planisme sont à chercher du côté du groupe de réflexion, X-Crise, ayant rassemblé dans les années 1930 des ingénieurs et des philosophes à la suite de la crise économique de 1929. Les idées planistes qu’ils développèrent furent poursuivies par le régime Vichy avant de s’imposer sous de Gaulle et de symboliser sa politique économique.

« En centralisant la collecte de l’information et en prétendant anticiper l’avenir, le Plan prive les acteurs de la capacité d’ajustement continue requise pour l’innovation : qui sait si l’hydrogène sera considéré comme la panacée dans quelques années ? »

De Mélenchon à Macron, un large pan du spectre politique français semble s’être converti à cet idiome. Pourtant, comme le rappelle Gaspard, s’en remettre à des experts, aussi brillants soient-ils, afin de définir et d’émettre des politiques publiques indiscutable et incontestable est une réduction de liberté. La planification revient à s’asseoir et à balayer d’un revers de la main les avancées de la connaissance scientifique et les ajustements technologiques qui en découlent.

Pour Gaspard, la lexie de planification écologique cache un rejet de l’économie de marché. Ainsi, s’il partage les ambitions de sobriété édictées par Jean-Marc Jancovici, il en conteste la méthode anticapitaliste. L’opposition idéologique caricaturale entre le capitalisme et l’écologie s’est substituée à l’opposition de fond sur les méthodes, étatiste ou libérale, pour parvenir aux objectifs climatiques et environnementaux consensuels et partagés par la majorité de la population.

« Défini démocratiquement par rapport à un objectif de réduction des émissions, le prix carbone laisserait les individus arbitrer leurs préférences et les entreprises imaginer des solutions alternatives. »

Face à la planification écologique, Gaspard plaide, dans la lignée des travaux de Christian Gollier, pour un prix carbone. Chiffrer le coût du carbone à partir d’objectifs d’émissions à atteindre permet d’inciter les individus producteurs comme consommateurs à modifier leur comportement sans les y contraindre de façon autoritaire. Pour rendre ce mécanisme acceptable socialement, Gaspard propose que cette taxe soit redistribuée sous forme de dividende aux populations les plus plus pénalisées par les répercussions socio-économiques de la mesure. Preuve, s’il en fallait une qu’il est possible de concilier la sobriété et l’économie de marché.


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Publié le 01/06/2022.

Agro-déserteur ou agro-combattant ?

Dans Les Echos, notre expert François-Xavier Oliveau félicite les futurs ingénieurs qui s’engagent dans l’économie durable. Contre les agro-déserteurs, il défend les agro-combattants. 

 

Cela ne vous aura sans doute pas échappé mais huit anciens étudiants de la grande école d’ingénieurs AgroParisTech ont fait le buzz cette semaine lors de la cérémonie de remise des diplômes en s’époumonant contre le capitalisme et en appelant à dévier de la voie pour laquelle ils avaient été formés. Ils jugent leur formation et les industries qui les embauchent néfastes pour l’environnement et appellent à la désertion.

Comment expliquer que cette intervention soit largement relayée et saluée par bon nombre de personnes ? François-Xavier n’y voit rien de plus que l’éternel sympathie française à l’égard des réfractaires et des dissidents, la marque d’un esprit de contradictions qui n’aime pas l’ordre établi et les sentiers battus. Avant eux, d’autres illustres personnages ont emprunté des chemins similaires. Boris Vian que cite François-Xavier, est l’archétype de cette figure qui ne se contenta pas d’écrire le Déserteur, mais l’incarna d’une certaine façon en s’émancipant de ses études d’ingénieur pour embrasser une carrière artistique de jazzman et d’homme de lettres.

« Chez nous, le gaulois réfractaire sera toujours plus sympa que le romain constructeur d’aqueducs. Et, sur un tee-shirt, Che Guevera plus sexy que Pasteur. » 

La posture accusatoire est satisfaisante en ce qu’elle se suffit à elle-même. Elle dénonce, vilipende, moralise mais n’agit pas. Nos huit laïusseurs d’AgroTech s’égosillent à citer le dernier rapport du GIEC mais l’ont-ils seulement parcouru ? La Bible du climat ne se contente pas de sermonner son lectorat mais donne au contraire des perspectives, esquisse des solutions pour sortir du fatalisme. François-Xavier le rappelle ni décroissance, ni altermondialisme ne sont préconisés par la multitude d’auteurs du rapport qu’ils aiment tant citer, seulement des pistes empruntes de sobriété et guidées vers la soutenabilité de notre modèle économique. Encore faut-il sortir de la posture pour daigner s’en apercevoir.

À ces « agro-déserteurs », il leur préfère les « agro-combattants », ceux qui choisissent de transformer concrètement le monde, qui ne se complaisent pas, dans des élans romantiques et faussement subversifs, à le regarder brûler. Ainsi, nous avons plus besoin de ces ingénieurs capables de développer des projets ambitieux orientés vers la préservation du bien commun de l’humanité que de matamores embourgeoisés. Car devant ce nouveau monde à inventer, François-Xavier Oliveau rappelle que la décroissance et la désertion sont un luxe que ne peuvent s’offrir plus de trois milliards d’être humains vivant avec moins de 5,5 dollars par jour.

« N’en déplaise aux puristes, l’alignement en cours de l’économie de marché sur les contraintes de la planète est un immense facteur d’espoir. »

Pour autant, l’abondance pour tous n’est pas une illusion. Bien employées, les ressources matérielles, scientifiques et financières que possèdent l’humanité peuvent y parvenir, mais pour ce faire, il nous faudra plus d’ « agro-combattants » et moins d’ « agro-déserteurs ».

GenerationLibre pose sa pierre à l’édifice de ce grand travail collectif. Attachés à des politiques publiques applicables et radicales, nous défendons un prix carbone à l’échelon européen qui consisterait à confier à une agence indépendante le soin d’établir une trajectoire du prix de la tonne de CO2 compatible avec les objectifs que nous nous fixerons. Enfin, une taxe à la frontière de l’Europe proportionnelle au coût écologique des biens importés semble indispensable pour sauvegarder la compétitivité de nos entreprises. Mettre un prix sur le mal causé aux écosystèmes et reverser l’argent aux individus pour réorienter à la fois la consommation et la production, voilà une radicalité qui demande du travail et de la pédagogie.


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Publié le 19/05/2022.

Nos idées pour lutter contre le « grand vieillissement »

Dans L’Express et L’Opinion, l’ancien directeur de GL, Maxime Sbaihi, analyse les conséquences socio-économiques du vieillissement de la population. Pour faire retomber la pression qui pèse sur les jeunes et les actifs, il préconise nos modèles de retraites et de revenu universel. 

 

En théorisant le concept de « grand vieillissement », Maxime fait un pied de nez à la théorie identitaire du grand remplacement. Dans son premier ouvrage, le fait socio-démographique majeur n’est pas tant le fantasme zemmourien d’un afflux massif de populations étrangères sur le sol français que le vieillissement bien réel et effectif de notre population. En effet, ce « grand vieillissement », conséquence directe du baby-boom de l’après-guerre, entraîne une bascule socio-démographique irrémédiable qui voit le nombre d’actifs reculer par rapport au nombre de retraités. Certes préoccupant, ce phénomène n’est pas un nécessairement un fléau qui risque de s’abattre sur nous, encore faut-il le considérer sérieusement.

Si l’affaire Orpea symbolise l’incapacité de notre corps social à accompagner décemment les individus en fin de vie, Maxime se demande à raison ce qu’il en sera lorsqu’en 2050 près de 5 millions de personnes âgées perdront leur autonomie. Et qui financera les 20 à 30 milliards nécessaires ?

« Le système actuel réclame des efforts toujours plus importants aux nouvelles générations d’actifs qui se retrouvent avec des taux de cotisations records qui servent à financer un nombre de personnes record qui passent un temps à la retraite record. »

Jamais les cotisations des actifs n’avaient été aussi élevées en raison du nombre d’avantage croissant de retraités. Notre système de santé périclite à cause de cette tension. Cette érosion du système par réparation trouve son origine dans la décision, prise par François Mitterrand en 1981, d’abaisser l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans. Les conséquences de cette mesure se font désormais ressentir et créent un déséquilibre générationnel favorable aux retraités.

Pour le coauteur de notre note « Années de vie gagnées, années de vie perdues. Analyse des coûts/bénéfices des confinements Covid-19 » , la gestion de la crise sanitaire nous avait déjà donné à voir une rupture d’égalité générationnelle dans la conduite de nos politiques publiques. Les jeunes, moins sujets aux foudres du coronavirus – 90% des hospitalisations ont concerné les soixante-ans et plus -, ont subi de plein fouet les dispositifs décrétés pour protéger leurs aînés. Outre les privations de libertés publiques, les secteurs d’activités qu’ils plébiscitent ont été particulièrement touchés par les mesures gouvernementales entraînant des ruptures contractuelles et des pertes d’emploi. Dans le même temps, les pensions des retraités n’ont pas bougé puisque indexées de façon à ne pas subir les aléas de la conjoncture économique. La figure du jeune précaire propulsé dans la vie active s’est substituée à celle du pauvre retraité. « Notre filet de sécurité sociale est davantage adapté à la vieillesse qu’à la jeunesse » : le taux de pauvreté est désormais plus élevé chez les moins de trente ans que chez les plus de soixante ans.

« L’expression « OK boomer » n’est pas méchante en soi. Mais cela pourrait dégénérer en rancune envers des aînés qui ont profité de tout, mais qui n’ont pas garanti aux générations suivantes des opportunités économiques meilleures. N’est-ce pas le devoir de toute génération ? Aujourd’hui, je pense que les jeunes ont le droit de demander des comptes. »  

Notre système politique fonctionne comme une « gérontocratie ». Les décisions politiques sont pensées et prises pour satisfaire les classes âgées de la population. Rien d’étonnant quand l’on sait que les électeurs âgés de 50 ans et plus sont désormais trois fois supérieurs aux électeurs de moins de 30 ans. Quel est donc l’intérêt électoral pour une personnalité politique de s’adresser à un électorat jeune ?  Ce constat s’est illustré durant la dernière élection présidentielle. Les thématiques chères aux jeunes, parmi lesquelles l’écologie et le logement, ont été occultées des débats. L’immobilier cristallise particulièrement ce conflit générationnel. Si l’accès à la propriété est un parcours du combattant pour les jeunes actifs, le marché de l’immobilier est devenu une rente pour les retraités qui ont grassement profité de décennies de politiques d’emprunts favorables. Assis sur ce trésor immobilier, ils compliquent la tâche aux jeunes, désireux de devenir primo-accédant, en profitant de la saturation du marché immobilier urbain et d’une demande nettement supérieure.

Selon Maxime, les jeunes pourraient traduire leurs difficultés – d’accès à la propriété et d’entrée sur le marché du travail- en un rejet global du capitalisme et de la démocratie, en témoigne leur abstention massive lors de la dernière élection présidentielle.

« Ma pensée s’appuie sur les travaux de Marc de Basquiat, qui propose un système équilibré entre cotisations et pensions, doublé d’un mécanisme de solidarité intragénérationnelle (un prélèvement aux retraités est redistribué sous forme d’une garantie minimum de 450 euros). Couplé à un revenu universel pour tous [de 500 euros], ce système intelligent assure aux retraités 950 euros mensuels, sans augmenter les cotisations des actifs ni faire gonfler la dette sociale. »

Afin de remédier au grand vieillissement et ses conséquences futures, Maxime s’appuie sur les propositions préconisées dans nos différents rapports par Marc de Basquiat pour les retraites et en faveur d’un revenu universel.


Pour lire l’entretien de Maxime dans L’Opinion, cliquer ICI.

Pour lire l’entretien de Maxime dans L’Express, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « La retraite quand je veux », cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Revenu universel : plaidoyer pour un socle commun », cliquer ICI.

Pour litre notre note « Années de vie gagnées, années de vie perdues. Analyse des coûts/bénéfices des confinements Covid-19 », cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Supprimer la réserve héréditaire », cliquer ICI.

Pour lire notre article « Retraites : choisir librement sont départ », cliquer ICI.

 

Publié le 18/05/2022.

Face à la liberté d’expression, l’éducation !

S’il faut préserver une liberté d’expression quasi-illimitée, il est crucial de nous sensibiliser à la formation de nos biais cognitifs. Dans Le Point, notre responsable des études, Baptiste Gauthey, et la doctorante en histoire comtemporaine, Madeleine Rouot, analysent le rachat de Twitter par Musk à la lumière des travaux de John Stuart Mill et de Gérald Bronner. 

 

Peut-on tout dire ? La liberté d’expression est elle absolue ? Les agitations autour du rachat de Twitter par Elon musk reposent l’insoluble question morale de l’acceptable et du dicible dans la société. À l’aide de la pensée du philosophe John Stuart Mill, les deux doctorants plongent dans les méandres de la liberté d’expression.

Le philosophe anglais du XIX siècle figure parmi les premiers à avoir théorisé l’avènement d’un régime de « l’opinion publique » dans lequel l’individu éclairé, atomisé par la masse, cesserait d’influer sur le collectif pour se diluer en son sein au risque de s’y corrompre. À l’aide d’une métaphore tantôt bucolique, tantôt urbaine, Mill démontre l’effet pervers qui guette une liberté d’expression soumise à la massification de la société. Dans un petit village, un individu peu soumis à la concurrence prospérera sur son honnêteté afin de fidéliser sa clientèle et d’assurer sa réputation. Plongé dans une grande ville, ce même individu sera plus aisément tenté de recourir à la tromperie et à la manipulation pour se distinguer de ses concurrents et gagner en visibilité. Il en va de même pour un marché de l’information ultra concurrentiel assujetti à une temporalité de l’immédiat qui privilégie la rapidité et la quantité à la maturation et à la qualité. Ne dit-on pas, à juste titre, qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ?

« John Stuart Mill fut l’un des plus grands défenseurs d’une liberté d’expression quasi illimitée qui, selon lui, était la meilleure manière d’atteindre la vérité grâce à la confrontation permanente avec l’erreur. En revanche, il insista longuement sur l’importance de l’éducation et sur la nécessité de développer en amont un sens critique fort dès le plus jeune âge. »

Ainsi, les figures morales et sociales qui autrefois pouvaient se targuer, par la position qu’elles occupaient dans la société, d’être des boussoles intellectuelles capables de déjouer les embûches de la désinformation, sont désormais reléguées et discréditées par les trolls et les bots diffuseurs de contrevérités. Comme le rappelle Baptiste et Madeleine : le sociologue Gérald Bronner, en charge d’une commission visant à expliquer les ressorts de la désinformation en ligne, a bien nommé la chose en décrivant notre époque comme étant celle de « l’empire des croyances ».

« En agissant sur la façon dont les citoyens reçoivent et traitent l’information, on agit indirectement sur la structuration de l’offre et de la demande, on limite les défaillances du « marché de l’information » et on redonne à l’individu les moyens d’exercer pleinement sa souveraineté. »

La censure n’a cependant jamais été une option pour John Stuart Mill. Alors comment concilier la liberté d’expression avec ses aspérités négatives ? L’une des solutions réside dans l’éducation que l’on donne aux individus. Il est une chose d’asséner des vérités aux écoliers, il en est une autre de leur expliquer le protocole et les controverses scientifiques qui ont permis de les mettre au jour avant qu’elles ne fassent consensus dans la communauté scientifique. C’est un packaging globale qu’il faudrait enseigner, de la formation de nos biais cognitifs aux techniques rhétoriques :  tout ce qui doit nous conduire à la formation d’esprits libres capables de trier l’information !


Pour lire la tribune dans Le Point, cliquer ICI.

 

Publié le 14/05/2022.

Radicalisme ou radicalité ? Pierre Mendès France contre Jean-Luc Mélenchon

Dans Les Echos, Gaspard Koenig voit dans la radicalisme de Pierre Mendès France un cheminement politique à embrasser contre la radicalité de Jean-Luc Mélenchon. 

 

Faut-il voir la NUPES comme le mariage de la carpe et du lapin ? Voilà désormais quelques jours que tout le gratin médiatico-politique y va de son petit commentaire pour définir ce que certains jugent être une alliance contre-nature, d’autre un cartel électoral et d’autre encore une union politique. Le Parti Socialiste, traditionnel pôle magnétique de l’union, se serait soumis à la manière d’un récit houellebecquien aux chimères périlleuses de La France Insoumise. C’est bel et bien ce son de cloche quotidien qu’il faut atténuer selon Gaspard. En effet, les précédents accords de ce type réalisés sous l’égide du Parti socialiste, qu’il s’agisse du programme commun de 1972 ou de la gauche plurielle jospinienne de 1997, n’étaient pas exempts de propositions ô combien plus radicales – la rupture avec le capitalisme professée jadis par Mitterrand – ou du même acabit – la réforme des 35h impulsée par Martine Aubry avec Lionel Jospin.

Néanmoins, l’OPA mélenchonienne sur la gauche française n’est pas de manière à réjouir Gaspard qui rappelle à juste titre « le  jacobinisme de raison et le robespierrisme de coeur » du prétendant auto-déclaré à Matignon. Cependant, contre vents et marées, un parti politique français situé sur la rive gauche de notre échiquier politique refuse cette clause léonine : le Parti radical de gauche. Premier parti politique de l’histoire de France, le Parti radical s’est érodé électoralement à mesure que les assemblées parlementaires françaises ont cédé le pas à la prédominance du pouvoir exécutif. Alors que l’histoire du Parti radical sous la Ve République oscille entre les unions et scissions de ses différentes sensibilités (l’aile valoisienne de centre-droit et l’aile de centre-gauche), il existe présentement trois entités issue du Parti radical dans notre champ politique : le Mouvement radical, le Parti radical de gauche et le Parti radical.

« Ceux qui, à gauche, croient encore en la liberté individuelle et cherchent à forger une alternative au mélenchonisme, seraient donc bien inspirés de s’intéresser au radicalisme. » Gaspard Koenig.

N’enterrons pas les morts trop vite. Le Parti Radical a fourni à la pensée de gauche quelques figures qui méritent notre attention. Pour Gaspard, l’éphémère président du conseil de la IVe et héraut du parti susmentionné, Pierre Mendès-France, en est une. Gaspard loue en premier lieu sa philosophie politique, « responsable, progressiste, soucieuse des équilibres budgétaires et tournée vers la science ». Il n’est guère étonnant de voir Gaspard s’intéresser à PMF en raison des points d’accords intellectuels qu’il entretien avec lui. Leurs visions sur les institutions concordent. Comme le fait Gaspard aujourd’hui en dénonçant l’hyperprésidentialisation de notre régime, PMF avait lutté en son temps contre l’instauration de la Ve République voulue par le Général de Gaulle décriant dans « La République Moderne » – ouvrage paru en 1962, année d’introduction du suffrage universel pour l’élection présidentielle – que choisir un homme sur la seule base de ses supposées compétences ou de son charisme était une abdication pour le peuple à se gouverner par lui-même.

« Les comptes en désordre sont la marque des nations qui s’abandonnent. » Pierre Mendès France. 

Enfin, comme Gaspard, PMF dénonçait dans un accent « tocquevellien » les affres de la bureaucratie et de la technocratie en percevant dans ces deux phénomènes un « risque d’écrasement du citoyen ». Pour remédier au centralisme gaulliste, PMF dégageait une nouvelle perspective de « démocratie généralisée » consistant en l’instauration dans toutes les sphères de la société (assemblée locales dans les collectivités, démocratisation de la participation dans les entreprises ) d’une participation concertée entre tous les acteurs d’un système.

À la lumière du dernier ouvrage de Frédéric Potier « Pierre Mendès France, la foi démocratique », Gaspard perçoit dans l’oeuvre de PMF un projet politique dit de gauche aux aspirations européennes et décentralisatrices à opposer au centralisme planificateur de Jean-Luc Mélenchon.


Pour la chronique de Gaspard dans Les Echos, cliquer ICI.

 

Publié le 10/05/2022.

Plaidoyer pour un libéralisme tempéré

Dans Le Point, le nouveau responsable des études de GenerationLibre et doctorant en histoire contemporaine, Baptiste Gauthey, propose une recension de l’ouvrage de Joshua L. Cherniss « Liberalism in dark times, the liberal ethos in the twentieth century ».

 

Rendre compte de l’évolution de la pensée libérale à l’aune des totalitarismes, tel est le chemin analytique emprunté par Joshua Cherniss dans son dernier ouvrage. L’auteur explore la constitution d’un « ethos libéral » non doctrinaire porté sur la défense de valeurs libérales opposables aux systèmes de pensée totalitaires. De l’analyse de cet ethos naît, chez l’auteur, une nouvelle école libérale : celle des libéraux tempérés.

« Pour Cherniss, le libéralisme tempéré est le fruit d’une prise en compte sérieuse des critiques et limites du libéralisme. Il se caractérise non pas par un ensemble cohérent d’idées et de concept, mais plutôt par l’élaboration d’une attitude et d’une méthode, de laquelle découlerait une façon d’aborder la politique marquée par le rejet de de l’extrémisme et du fanatisme sous toutes ses formes. »

Accablé de critiques au XXe siècle, décrié ci et là comme responsable d’un affaissement moral et coupable d’engendrer un égoïsme outrancier, le libéralisme s’est trouvé en proie à un dilemme majeur – « the liberal predicament » – dans sa lutte contre les régimes totalitaires. Comment ne pas devenir ce que l’on combat ?  Telle est la complexité à laquelle fut soumise une pensée libérale qui cherchait à s’armer pratiquement face à des idéologies bâties sur un système de valeurs absolues dans lequel la fin justifie les moyens. Car ici réside l’une des caractéristiques fondamentales des idéologies totalitaire que Cherniss nomme « ruthlessness » (traduit par Baptiste sous le vocable d’impitoyabilité) : l’absence de scrupules devant l’exécution d’actions iniques car jugées nécessaires à l’avènement d’un horizon irréductible, idéalisé et pensé comme ontologiquement supérieur.

« La réflexion menée par les libéraux tempérés nous apparaît éminemment pertinente aujourd’hui. Le péril écologique, parfaitement réel et menaçant, peut-il être surmonté par une politique autoritaire, verticale et certainement liberticide, légitimée par l’idée selon laquelle la supériorité de la fin (surmonter la crise environnementale) justifierait l’emploi de moyens discutables ? »

Ainsi, en réponse à ce dilemme, l’auteur perçoit chez quatre intellectuels du siècle passé  – Raymond Aron, Isaiah Berlin, Albert Camus et Reinhold Niebuhr – , l’affirmation d’une éthique libérale qui ne soit pas conçue comme un système d’idées contradictoire à opposer aux idéologies totalisantes mais davantage comme « une méthode, une façon d’aborder la politique marquée par le rejet de l’impitoyabilité, de l’extrémisme et du fanatisme sous toutes ses formes. ». Cette conception défensive du libéralisme, constitutive de ce que Cherniss nomme le libéralisme tempéré, réside pour partie dans une défense intransigeante du pluralisme. Ce modèle pluraliste – inconcevable dans un ethos totalitaire antilibéral qui n’admet qu’une vision du monde possible – consiste  à prendre acte des apories propres à la démocratie – la confrontation de paradigmes contradictoires et insolubles en soi tant les rationalités des différents groupes sociaux peuvent être diamétralement opposées  -, afin d’examiner méthodiquement chaque point de vue dans une perspective finale orientée vers la recherche du compromis.

Baptiste prolonge la réflexion entamée par Cherniss en insistant sur la nécessité de réactualiser cette éthique libérale devant la résurgence de phénomènes totalitaires. Les bouleversements climatiques, le dilemme libéral qui se pose (à nouveau) devant les actions russes et la mise à mal de nos libertés fondamentales pendant la crise sanitaire conduisent Baptiste à estimer que « face à ces nombreux défis, les valeurs défendues par le libéralisme pourraient être la source d’une revitalisation bienvenue de nos démocraties. »


Pour lire la recension de Baptiste dans Le Point, cliquer ICI.

Pour découvrir notre ouvrage au PUF « Esquisse d’un libéralisme soutenable », cliquer ICI.

 

Publié le 06/05/2022.

L’intégration européenne précède l’avènement des nations

Dans Le 1 hebdo, Blaise Wilfert, historien et auteur de notre dernière note « La Mondialisation n’a pas eu lieu », revient sur le procès en illégitimité fait à l’Union européenne. Loin du récit mythifié de la nation, l’intégration européenne est l’avenir du continent. 

 

On connaît désormais tous le blabla souverainiste déclamé à tout bout de champ dans les médias, quels qui soient, par des politiques ou intellectuels hostiles au dehors. La nation serait immuable voire transhistorique, son institutionnalisation au XIXe siècle ne serait que la concrétisation téléologique d’un phénomène qui n’attendait plus qu’à devenir politiquement ce qu’il était naturellement. Ainsi, la nation serait le lieu du commun, de la solidarité et de la tradition, à laquelle ferait face une Union européenne nouvelle voulue par des élites et pensée contre les peuples pour les déraciner et les soumettre aux besoins du marché. Le temps passe mais les critiques ne changent pas : l’Europe serait néolibérale pour les uns, impériale pour les autres.

Pour Blaise, l’invasion russe de l’Ukraine fait ressurgir l’analyse culturaliste que les sciences sociales s’évertuent à évacuer. Poutine leader national d’une grande Russie fantasmée ne ferait rien d’autre qu’ordonner l’Histoire et de ramener une nation fantoche, pire néonazie, dans un giron slave qu’elle aurait regrettablement quitté. Pourtant, comme le souligne Blaise, c’est cette même vision culturaliste faite de peuples supposément enracinés et de frontières légitimes qui a engendré en Europe, dès les années 1850, des annexions, des épurations ethniques et l’asservissement de populations à d’autres. Si depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, compte tenu de la bipolarisation géopolitique que connaissait l’Occident entre les 2 blocs américain et soviétique, le phénomène avait pu être stoppé, il nous est revenu dans la figure comme un boomerang en raison de la guerre en Ukraine.

« Les nations sont récentes, et l’Europe des nations, de l’Atlantique à l’Oural, pourrait être un cauchemar. »

Blaise rappelle que le 16 mars 2022, le réseau électrique ukrainien a été rattaché à celui de l’Europe. Si cet évènement est resté inconnu du grand public, la prouesse n’en est pas moins extraordinaire et témoigne de la puissance de l’intégration européenne. Cette forme d’intégration spécifique que Blaise nomme « l’Europe des réseaux » jonche le sol de notre continent. Bien antérieure aux « nations » et à l’Union européenne, l’intégration européenne par le biais des interactions entre les différentes entités politco-historiques qui se sont succédées sur le sol européen n’est pas nouvelle.

« L’Union européenne ne devrait pas être considérée comme un effort technocratique pour effacer les politiques nationales : elles est au contraire, dans une large mesure, une politisation (et un approfondissement) d’une intégration technique qui l’a précédée. »

Du réseau de banques centrales européennes animant et stabilisant la circulation des capitaux, en passant par le partage d’une monnaie d’échange commune entre les différents pays de l’Union Latine – Suisse, Italie, France, Belgique et Grèce – jusqu’à la constructions de réseaux routiers transnationaux au début du XXe siècle, il est évident que l’intégration européenne n’a pas attendu la forme politique de l’Union pour se faire.

Et que dire de l’Europe des réseaux qui anima le continent dès les périodes médiévale et moderne. « Les circulations des savants, dans la « République des lettres » des académies, des cours et des universités ; les circulations des religieux, de l’Europe médiévale à travers le réseau des abbayes bénédictines, cisterciennes, des couvents franciscains, jusqu’aux missionnaires envoyés de par le monde depuis leur séminaire paneuropéen de la Propaganda Fide à Rome ; les réseaux à la fois européens et mondiaux de l’Europe protestante ; les diasporas juives, dès le développement de la monarchie polonaise, mais encore plus à partir de leur répression par les monarchies ibériques  » composent une liste non-exhaustive énoncée par Blaise pour rappeler aux souverainistes que loin d’être le bourreau des nations, l’intégration européenne qui les précède est aussi leur avenir.


Pour l’article de Blaise dans Le 1 hebdo, cliquer ICI.

Pour lire notre note rédigée par Blaise « La mondialisation n’a pas eu lieu », cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Europa : dépasser le nationalisme », cliquer ICI.

 

Publié le 05/05/2022.

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