Ouvrir la voie au parlementarisme – Gaspard Koenig

Dans le media belge L’Écho, Gaspard Koenig voit dans la conjoncture politique actuelle une opportunité pour reparlementariser la Ve République et insuffler du débat à tous les étages de la société. 

 

Pour Gaspard, l’absence de majorité absolue donnée au Président de la République est une bonne chose. Jupiter doit désormais s’effacer devant le retour en grâce de l’Agora. Cinq années de macronisme ont démontré que la verticalité du pouvoir cristallise les tensions et le ressentiment contre un seul homme. Les passions sociales, qui s’exprimaient jusqu’alors dans la rue, retrouvent un espace d’expression idoine avec le Parlement. Gaspard espère que cette nouvelle Assemblée saisisse cette chance de reparlementariser notre régime.

« Les gens ont parfaitement compris les questions institutionnelles et ils ont été très clairs : ils ont élu Macron, qui était le seul présidentiable raisonnable, mais ils ont refusé de lui donner les pleins pouvoirs. »

La France est-elle ingouvernable ? Gaspard préfère se réjouir du « bazar » au Parlement que de s’en inquiéter. Le retour au premier plan de l’Assemblée doit concourir à la recherche de majorités d’idées entre les différentes forces politiques et limiter l’inflation normative qui pousse à bout la logique bureaucratique de l’administration française. Néanmoins, pour que se rétablisse sainement cet équilibre entre le pouvoir exécutif et législatif, il est impératif que les parlementaires de part et d’autre prennent la mesure de l’enjeu qui les attend. Se prêter à la recherche de consensus démocratique suppose de faire preuve de courage car d’aucun ne peut rester figé dans l’ancien rôle qui lui était dévolu durant la précédente législature. Si les élus de la majorité doivent accepter le compromis législatif avec les groupes d’oppositions, ces derniers doivent sortir de la confrontation jusqu’au-boutiste afin de devenir des forces de propositions.

Quant à la percée du RN – fort de ses 89 nouveaux députés et dont il juge beaucoup de ses positions « antirépubicaines » – , Gaspard pense qu’elle aura le mérite de clarifier le positionnement institutionnel du parti frontiste sur un bon nombre de sujet. Ainsi, le Rassemblement national ne pourra plus se contenter de ses sempiternelles formules incantatoires mais devra émettre des propositions réalistes transposables dans notre droit commun. Interrogé sur la NUPES, qu’il n’associe pas au RN – son programme étant moins radical que celui de François Mitterrand en 1981-, Gaspard estime qu’à la différence de Macron et de son pragmatisme désidéologisé, la coalition de gauche a le mérite de renouer avec une doctrine politique structurée autour d’idées fortes ayant su enthousiasmer un électorat jeune. Pour devenir une pièce maîtresse de l’échiquier politique, Gaspard souhaite que le centre dont il se réclame soit en mesure de faire de même.

« La Ve République a organisé un système beaucoup trop binaire, avec une majorité d’un côté et une opposition de l’autre. Le dépassement de cette situation est désirée par les électeurs. Il oblige le politique à retrouver l’essence même du débat et de la démocratie. »

Pour Gaspard, qu’importe finalement la forme – coalitions ou compromis – que prendra le système démocratique français appelé à se transformer au regard de la nouvelle configuration politique. L’intérêt fondamental de cette configuration inédite réside dans la possibilité offerte à notre système institutionnel de renouer avec la tradition du débat et de la discussion. Fortement engagés dans les associations, les Français ne sont pas avares d’échanges. Seulement, le système électoral actuel ne semble plus leur convenir comme en atteste une abstention beaucoup plus politisée que ne veulent bien le dire les commentateurs politiques. Pour Gaspard, « le résultat de cette élection législative pourrait changer la donne. Il y aura moins de verticalité et des procédures plus horizontales, plus inclusives. Les gens vont se reconnaitre dans leurs députés et ils vont commencer à suivre les débats ».

Si l’historien et sociologue Pierre Rosanvallon constatait que le présidentialisme français s’était répandu en Europe et dans le monde comme une traînée de poudre, la reparlementarisation du régime français pourrait avoir des conséquences positives sur notre manière d’appréhender les institutions démocratiques de l’Union Européenne. Une dynamique pourrait s’enclencher afin que le Parlement européen ne se contente plus de délibérer sur les directives venues de la Commission mais devienne également une force de proposition autonome de l’exécutif bruxellois. Le début d’une révolution démocratique de grande ampleur ?


Pour lire l’entretien de Gaspard dans L’Écho, cliquer ICI.

Pour lire notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République », cliquer ICI.

Pour relire notre rapport « Le pouvoir aux communes : décentraliser par le principe de subsidiarité ascendante », cliquer ICI.

 

Publié le 30/06/2022.

Contre l’autoritarisme présidentiel, réhabiliter la délibération parlementaire

Interrogé par Le Figaro à l’occasion de la sortie de notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République », notre responsable des études, Baptiste Gauthey, invite à repenser notre rapport au politique afin de démocratiser nos institutions. 

 

De quoi l’hyperprésidentialisme de la Ve République est-il le nom ? Pour Baptiste, trois phénomènes entrecroisés permettent de l’expliquer. À la verticalité et à la centralité du pouvoir qui caractérisent la pratique politique en France s’adjoignent la focalisation des attentes sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct et l’interprétation faite de la Constitution par les présidents de la République depuis 1958 qui les a conduits à accroître leur pouvoir de façon excessive.

S’il juge la question institutionnelle décisive et centrale, il constate en revanche qu’elle ne se suffit pas à elle seule pour expliquer les maux de notre démocratie représentative. Baptiste estime que les tribulations démocratiques françaises trouvent leurs origines dans notre culture et dans nos mœurs politiques. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder ce paradoxe français qui consiste à penser le personnel politique en situation de pouvoir comme capable d’agir sur tous les domaines de la vie tout en affichant une énorme défiance à son égard. Cette attente exorbitante produit inexorablement de la déception vis-à-vis des gouvernants. Faute de contre-pouvoirs législatifs suffisamment forts, la contestation populaire s’exprime dans la rue et aboutit à des blocages politiques dont notre démocratie ne ressort pas grandie. Un rééquilibrage institutionnel des pouvoirs entre les parlementaires et l’exécutif permettrait aux députés de devenir les catalyseurs des tensions politiques du pays qui s’exprimeraient ainsi pacifiquement dans l’Hémicycle.

« Une des solutions serait de rétablir l’équilibre au sein des institutions pour que les députés jouent leur rôle de contre-pouvoirs, que la démocratie soit plus fonctionnelle et puisse créer du compromis à travers la confrontation pacifique d’intérêts et de conceptions du monde divergentes. »

En outre, le Président de la République doit retrouver sa fonction initiale de chef d’État. « Au-dessus de la mêlée », le Président ne doit en rien se muer en chef du gouvernement, s’occuper des affaires courantes du pays et s’arroger le panel de prérogatives réservées au Premier ministre. Quant au Parlement, il lui faut sortir de son sommeil législatif. Le texte écrit par Corentin Poyet – docteur en science politique – montre que notre Assemblée nationale est l’une des plus faibles des démocraties occidentales. Seuls 11% des amendements déposés sont adoptés dont 84% de ceux qui proviennent directement du gouvernement. La discipline de parti et la fidélité du groupe majoritaire au gouvernement bloquent toute recherche de compromis pluri-partisans. Pourtant, le texte écrit par Jean-Jacques Urvoas, ancien garde des sceaux et parlementaire, recense les possibilités réglementaires qui existent en l’état pour sortir de ce marasme législatif. En sus, notre recueil propose des ajustements afin de revaloriser le rôle des parlementaires : supprimer le 49.3, confier à l’opposition la présidence de la commission des Affaires sociales, donner aux parlementaires une plus grande maîtrise de l’ordre du jour, etc.

« Revenir au suffrage universel indirect permettrait de revenir à un système partisan plus équilibré dans lequel le vote ne porte pas sur une personnalité mais sur un programme, une philosophie, une vision de la France portée par un parti politique au sein duquel doivent s’arbitrer et se former des compromis. »

Si notre recueil propose d’en finir avec l’élection du Président au suffrage universel direct et de limiter ses pouvoirs, Baptiste reconnaît néanmoins l’attachement des Français à la figure du chef. L’historiographie politique française n’est pas étrangère à ce phénomène. Les figures autoritaires sont associées dans l’imaginaire collectif à des périodes de puissance et de grandeur nationale. À contrario, la IIIe République et la IVe République qui se caractérisent par la prédominance du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif, sont présentées comme instables et fébriles devant les crises. Pour Baptiste, la force de pénétration de ce récit historique, pourtant constestable, dans nos consciences politiques explique en partie ce « déficit culturel démocratique, qui se matérialise par un attachement à un pouvoir exécutif fort et une absence de culture du compromis ».


Pour lire l’entretien de Baptiste dans Le Figaro, cliquer ICI.

Pour lire notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République », cliquer ICI.

 

Publié le 15/06/2022.

Ve République : Jupiter peut-il devenir mortel ?

Dans L’Express, la journaliste Laetitia Strauch-Bonart étudie notre nouveau recueil « Déprésidentialiser la Ve République ». Contre la dérive présidentialiste, il faut rééquilibrer le rapport de force au sein du couple exécutif et renforcer les pouvoirs de l’Assemblée nationale.  

 

Quoi de plus symbolique que de voir notre recueil présenté dans les colonnes du journal dont les fondateurs étaient liés à la personne de Pierre Mendès France, éphémère président du Conseil sous la IVe République et farouche opposant au présidentialisme gaullien. Si en 1962, PMF publiait « la République moderne », ouvrage fustigeant l’omnipotence présidentielle, force est de constater que soixante ans après, les maux de la Ve République identifiés par la figure du Parti radical se sont aggravés.

Alors comment en est-on arrivé là ? Initialement pensée pour résoudre l’instabilité ministérielle des régimes précédents et remédier à l’incapacité des gouvernements de la IVe République à solutionner la Guerre d’Algérie, la Constitution de 1958 a progressivement dérivé de son dessein originel. L’écart qui s’est creusé entre le texte d’origine et son interprétation s’explique par des évènements conjecturels et des réformes constitutionnelles ultérieures. Au fil du temps, le Président de la République est devenu l’Alpha et l’Omega de notre vie politique reléguant le Premier ministre au rang de collaborateur et le Parlement à un rôle d’enregistrement des décisions élyséennes. Parmi les exemples cités par nos auteurs, l’abandon du référendum-plébiscitaire par les successeurs de de Gaulle, la mise en place du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral (synchronisation des élections présidentielle et législatives) apparaissent comme des éléments décisifs qui ont forgé la sacro-sainte figure présidentielle.

« Le chef de l’État est en effet passé du rôle d’arbitre entre le législatif et le gouvernement à celui de régisseur en chef ou super Premier ministre. »

Pourtant dans la pratique, les capacités de transformation réelles du Président sont limitées. S’il s’est arrogé des pouvoirs démesurés, l’incapacité chronique qu’ont les locataires de l’Élysée à mener des réformes structurelles de grandes envergures alimente le ressentiment à leur égard. L’Assemblée nationale ne jouant plus son rôle de contre-pouvoir, les citoyens s’engagent dans l’action protestataire pour vitupérer contre celui qu’ils jugent responsable des maux du pays. Contre cet hyperprésidentialisme, nos auteurs formulent des propositions présentées par la journaliste Laetitia Strauch-Bonart. Avec pour ambition de conserver la Ve République mais d’en modifier le rapport de force institutionnel, notre recueil propose deux grands axes majeurs : le rééquilibrage du pouvoir exécutif et le renforcement du pouvoir parlementaire.

Il apparaît nécessaire de supprimer l’élection du Président au suffrage universel direct – comme avant 1962 lorsqu’un collège de grands électeurs élisait le Président de la République-, d’instaurer un sexennat (ou un mandat d’une durée supérieure à 5 ans) et de réformer le calendrier électoral. Ce premier ensemble de mesure aurait pour effet d’enterrer les tentations césaristes des prétendants à la magistrature suprême. Parallèlement, il est impératif de renforcer le Premier ministre et son gouvernement dans leurs prérogatives afin qu’ils bénéficient d’une réelle autonomie par rapport au Président et ne se retrouvent pas être ses obligés. Pour cela, nos auteurs préconisent entre autres mesures de réserver la nomination des ministres au Premier ministre et de restaurer la procédure d’investiture du Premier ministre par l’Assemblée nationale.

« Des propositions pertinentes sont avancées comme l’impossibilité de pousser le Premier ministre à la démission, la révocation de celui-ci n’étant nullement prévue par la Constitution. »

S’il est impératif  de rééquilibrer le rapport de force au sein du couple exécutif afin de rompre avec l’hyperprésidentialisme, il n’est pas moins nécessaire de restaurer le pouvoir législatif de nos parlementaires. Aussi sans être exhaustive, Laetitia Strauch-Bonart présente pour se faire nos idées « audacieuses » comme le renforcement des droits de l’opposition et la suppression du droit d’amendement conféré au gouvernement afin de laisser aux seuls parlementaires la faculté de modifier les projets de lois gouvernementaux. De façon concomitante, le temps alloué aux propositions de lois des députés serait augmenté.

Pour Laetitia Strauch-Bonart, une question demeure, quel Président courageux consentira à son auto-mutilation pour redonner à la Ve République ses lettres de noblesse ? En d’autres termes, s’interroge t’elle, « à quand un Jupiter qui voudrait devenir mortel ? ».


Pour lire l’article présentant notre recueil dans L’Express, cliquer ICI (lien web) ou ICI (pdf).

Pour lire notre recueil  « Déprésidentialiser la Ve République », cliquer ICI.

 

Publié le 14/06/2022.

Simplifier la fiscalité sur le logement

Dans Atlantico, notre expert Marc de Basquiat propose une refonte complète de la fiscalité immobilière pour redynamiser le marché du logement.  

 

Absent du protocole ministériel de ce premier gouvernement Borne, le logement est souvent relégué au second plan des missions et des feuilles de routes ministérielles. Tantôt rattaché à l’égalité des territoires, tantôt aux enjeux de développement durable et de transition écologique, l’absence d’orientation claire donnée au logement témoigne du fait que nos décideurs n’ont pas saisi les enjeux de ce secteur.

Pour Marc, la pluralité d’acteurs aux intérêts divers contribue à rendre illisibles les politiques publiques liées au logement. Entre des promoteurs critiquant le manque de foncier disponible, des associations comme Emmaüs réclamant toujours plus de logements sociaux et des bailleurs craintifs de louer leurs biens de peur des dégradations ou des risques d’impayés, la discordance des vues complique les arbitrages politiques.

« Le logement multiplie les difficultés : le marché ne réalise plus une affectation efficace des ressources aux besoins ; les jeunes actifs voient s’éloigner la perspective d’être un jour propriétaires comme leurs aînés ; dans les zones tendues, accéder à un logement social requiert des années d’attente ; une part importante du parc ne satisfait pas encore aux nouvelles exigences énergétiques. »

En sus, Marc listes cinq facteurs qui produisent de l’inertie et empêchent une action publique effective pour le logement. Tout d’abord, le discours politique qui vise à instituer le logement individuel comme étant la norme et que Marc appelle « mythe de la propriété pour tous ». Ensuite, l’idée que les propriétaires seraient de cyniques profiteurs du désarroi d’individus financièrement obligés de s’en remettre à la location. Dès lors, pour certaines des parties prenantes aux politiques publiques sur le logement qui épousent ce paradigme, la construction de logements sociaux régulés par des institutions publiques devient la panacée contre un ensauvagement du marché locatif. La troisième erreur que constate Marc, est la multiplication des taxes en tout genre sur le foncier qui n’a d’autres effets que de décourager les propriétaires à mettre en location certains biens.

S’il juge la taxe foncière légitime, ses dispositifs actuels sont obsolètes et le débat sur la question se cristallise autour de la taxation des riches jusqu’à en devenir caricatural. Enfin, la valeur locative cadastrale comme indice de référence de la taxe foncière crée des absurdités fiscales. Pour citer Marc, « c’est ainsi qu’un appartement acheté 2 millions d’euros au centre de Paris donnera lieu à une taxe foncière ridiculement faible, comparativement à celle d’une modeste maison provinciale ». Aussi, « il serait plus pertinent et équitable de calculer l’impôt en se basant sur une estimation actualisée de la valeur marché du logement ».

« Indépendamment du titre qui sera conféré au futur « ministre du logement », nous pouvons l’encourager à aborder frontalement la difficile question de la fiscalité. En travaillant avec les services du ministère des Finances sur des principes ambitieux, il est théoriquement possible de remplacer sept prélèvements actuels par un seul. »

Afin d’en finir avec l’inertie présente sur le marché du logement en France, Marc propose de fondre sept des taxes associées à l’immobilier en une seule nommée « redevance universelle sur le patrimoine ». En outre, il préconise un « Service unique du logement » qui permettrait à chaque ménage le demandant, de se voir attribuer rapidement un logement contre un loyer fixé à 25% des revenus du ménage.

Dans une perspective similaire, notre rapport « le logement pour tous » écrit par François-Xavier Oliveau, partant du constat des trois millions de logements vacants, propose de redynamiser le marché du logement à partir de trois axes majeurs : libérer, protéger, inciter. La création d’un nouveau bail unique permet au propriétaire de récupérer son bien et au locataire de disposer d’un prêt garanti par l’État en cas d’insolvabilité. Afin de remettre plus de 2 millions de logements sur le marché locatif, la fiscalité du logement est totalement refondue afin de peser uniquement sur l’usufruit, et non sur l’usage. L’imposition sur les loyers perçus et la TVA sur les travaux est supprimée et ses recettes compensées par la suppression de niches fiscales ; les impôts locaux (taxe d’habitation, droit de mutation à titre onéreux) disparaissent également, leurs revenus étant répartis sur la taxe foncière ou neutralisés par des économies de fonctionnement des collectivités.


Pour lire l’article de Marc dans Altantico, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport  « Le logement pour tous », cliquer ICI.

 

Publié le 09/06/2022.

Covid-19 : (encore) combien de restrictions de libertés en France ?

Au lendemain du vote de la loi qui instaure notamment le passe vaccinal, GenerationLibre met à jour son Observatoire des Libertés Confinées. Tandis que le Royaume-Uni lève l’essentiel des restrictions, nous comptabilisons aujourd’hui 54 (+2) mesures de restrictions dont 19 (+2) totalement en vigueur, 3 (+1) partiellement levées et 32 (-1) levées.

 

Dans la foulée de l’adoption de la loi renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et du décret qui a suivi, notre outil comptabilise plusieurs changements.

Côté « état de droit et démocratie », l’état d’urgence reste partiellement en vigueur (décret n° 2022-9 du 5 janvier 2022). Bien que levé en métropole, il reste en vigueur en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin, en Guyane, à la Réunion et à Mayotte jusqu’au 31 mars 2022. Il ne s’agit néanmoins pas d’un retour à la normalité institutionnelle puisque le Premier ministre continue de jouir de pouvoir exorbitants et exceptionnels.

Côté « libertés publiques », le passe sanitaire se transforme en passe vaccinal (Art. 1 du décret n° 2022-51 du 22 janvier 2022). Il s’agit d’une obligation de présenter un passe vaccinal attestant d’un schéma vaccinal complet (sauf contre-indication à la vaccination et certificat de rétablissement) pour accéder aux divers établissements recevant du public et manifestations (restauration, culture, loisir, etc.), ainsi qu’aux services de transports de longue distance (avion, TGV, etc.). Aux yeux de GenerationLibre, cette mesure est très problématique. Il s’agit d’un obligation vaccinale déguisée qui ouvre une nouvelle brèche dans l’anonymat des données de santé et soumet la participation à la vie sociale à un critère sanitaire.

Côté « droit du travail », nous introduisons la mesure « Télétravail obligatoire ». Depuis le 3 janvier 2022, les employeurs fixent un nombre minimal de 3 jours de télétravail par semaine afin de faire face à la circulation élevée du virus. Quand cela est possible, ce nombre peut être porté à 4 jours de télétravail par semaine. A nos yeux, le télétravail dans les périodes de forte circulation du virus est une mesure pertinente et proportionnée.

Côté « libertés économiques », la mesure « Interdiction de se rendre dans les restaurants, débits de boisson, magasins et autres lieux recevant du public » a été aggravée en décembre avec la fermeture de certains lieux et l’application de jauges. On peut regretter que le monde de la nuit, déjà fortement éprouvé ces deux dernières années, soit une fois de plus pénalisé. Par ailleurs, ajout de la mesure « Interdiction de la vente et de la consommation d’aliments et de boissons dans les lieux recevant du public », depuis le premier janvier 2022, qui nous paraît à la fois très intrusive et dérisoire pour lutter contre la propagation du virus.

« L’exécutif, ajoute GenerationLibre, profite à plein de son avantage institutionnel et expertal. Il ne respecte pas les autres institutions puisqu’elles ne sont pas vues comme des lieux d’amélioration de la loi au service de l’intérêt général, mais comme des obstacles sur le chemin du salut sanitaire. » Le Telegramme

Dans un article publié cette semaine, Le Télégramme reprend notre analyse sur le passe vaccinal développée dans la tribune collective que nous avons publiée dans Le Figaro pour dénoncer son instauration et appeler à un débat démocratique sur l’obligation vaccinale.


Pour consulter notre Observatoire des Libertés Confinées, cliquer ICI.

Pour consulter l’article du Telegramme « Durée du passe vaccinal : quels garde-fous ? », cliquer ICI.

Pour retrouver notre tribune dans Le Figaro, cliquer ICI.

Pour retrouver notre note d’analyse « La proportionnalité du passe sanitaire en question », cliquer ICI.

 

Publié le 26/01/2022.

Diversifier la haute administration avec un « spoils system »

Dans Pour l’Éco, Kevin Brookes dénonce l’inamovibilité des hauts fonctionnaires et défend un « spoils system » pour permettre leur remplacement à chaque nouvelle mandature.

 

S’il y a bien une raison qui explique l’abstention comme le manque de confiance des Français dans leurs représentants, c’est l’accumulation de promesses électorales non tenues. Alors que beaucoup accusent les hommes politiques, Kevin rappelle que la difficulté à faire passer des réformes vient également d’un blocage mené par des hauts fonctionnaires « hostiles à toute réforme en profondeur de l’État ».

« Un ministre m’avait confié que le directeur de cabinet qu’on lui avait imposé l’empêchait de mettre en place certaines réformes. »

À chaque début de mandat présidentiel, les États-Unis recourent à un « spoils system » permettant d’évacuer les fonctionnaires loyaux à l’ancienne administration. Emmanuel Macron avait déclaré vouloir s’en inspirer car les fonctionnaires français, eux, restent majoritairement dans l’appareil étatique après chaque mandat. S’ils assurent la continuité de l’État, ces fonctionnaires bloquent souvent les tentatives de réformes des ministres qui se voient parfois même imposer un directeur de cabinet.

« Outre-Atlantique, ce sont les universitaires ou les membres de think tanks qui ont construit le programme pendant la campagne qui l’appliquent eux-mêmes. »

Pour Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS interrogé par Pour l’Éco, le manque de diversité des fonctionnaires français est également problématique : seulement 10% possèdent une expérience universitaire et 25% sont passés par le privé tandis qu’une grande majorité réalise l’intégralité de sa carrière dans le public. D’après lui, il ne faut pas seulement les « permuter » via un spoils system mais également les « diversifier », raison pour laquelle il salue le début d’ouverture promis par la réforme de l’ENA.

Afin de diversifier les profils et d’encourager le débat public, Kevin souhaiterait que les think-tanks et les universitaires soient davantage au contact du politique comme cela se fait aux États-Unis : « Un candidat à la présidentielle y est entouré de conseillers travaillant dans des think-tanks ce qui permet une véritable concurrence dans le débat d’idées ». GenerationLibre y travaille depuis 2013 !


Pour lire le dossier « Le gouvernement et l’administration : tango ou judo ? », cliquer ICI.

Pour retrouver tous nos rapports, cliquer ICI.

 

Publié le 03/11/2021.

[Vu ailleurs] « L’immigration fait partie de l’identité française » – Jean-Louis Bourlanges

Pour le député Jean-Louis Bourlanges, à écouter dans l’émission C Politique, l’identité de la France s’est construite sur les idées des nombreux penseurs libéraux français et grâce à des vagues d’immigration successives.

 

Jean-Louis Bourlanges se dit « attaché à l’identité française » mais sans partager celle défendue par Éric Zemmour qui propose une « idée racornie, imprécise et restrictive » de l’identité nationale.

D’après lui, la France a été bâtie grâce aux écrits des penseurs libéraux comme Montesquieu, Germaine de Staël, Tocqueville ou encore Waldeck-Rousseau qui ont permis l’émergence de libertés comme la liberté d’opinion, la liberté d’association, la liberté communale et la liberté de la presse.

Il rappelle également que l’essor de la France a été favorisé par l’immigration européenne puis africaine, et avec des hommes d’États d’origine étrangère comme le cardinal Mazarin.

« La tradition libérale est fondamentale dans l’histoire de France. »

Pour Jean-Louis Bourlanges, le problème se situe d’abord dans le déclassement éducatif et dans l’échec des politiques d’urbanisme.

GenerationLibre propose, dans la continuité des travaux de l’école libérale française, une série de propositions de politique publique pour réformer la France et persévérer dans notre héritage libéral. Notre dernier rapport ? Rendre une autonomie pédagogique et financière aux universités publiques afin de les rendre plus attractives. Dans les prochains mois, GenerationLibre publiera une série de proposition pour repenser les écoles primaires.


Pour voir l’extrait vidéo de C Politique, cliquer ICI.

Pour retrouver tous nos rapports, cliquer ICI.

 

Publié le 24/09/2021

[Lu ailleurs] Écologie : Le progrès au service des écosystèmes

Étienne Gernelle s’oppose dans son édito à la conception de l’écologie telle que défendue par les candidats de la primaire des Verts. Il l’oppose à une vision progressiste, qui met l’accent sur le développement de la civilisation et à laquelle réfléchit Gaspard Koenig.

 

L’écologie politique n’a jamais été aussi populaire, à la suite notamment de la forte médiatisation des appels de scientifiques, des manifestations étudiantes impulsées par Greta Thunberg et des succès électoraux des écologistes aux européennes puis aux municipales.

L’urgence de la menace est réelle mais a fait éclore le concept de décroissance, bien souvent marqué par une défiance envers le progrès technologique. Le nucléaire, atout technologique indéniable, réunit tous les candidats verts contre lui alors qu’il est recommandé par la fameuse agence onusienne.

« Soit les Verts ne lisent rien en la matière (les rapports du Giec, par exemple), soit ils jobardent en flattant l’électorat de la primaire EELV, qui, au vu du faible nombre d’inscrits, risque d’être un club plutôt radical. »

La décroissance implique aussi la croyance en une nature mythifiée, un horizon indépassable pour retrouver le bonheur, comme un anti-modèle à la civilisation post-industrielle urbaine. L’auteur s’inspire de l’expérience en pleine campagne de Gaspard Koenig qui s’inscrit en faux contre cet idéal naturaliste.

« En bref : nous sommes tous les jardiniers d’une terre finie dont nous ne sommes pas les maîtres, mais les « tuteurs ». À nous d’en jouir sans la détruire. »

Si l’homme a profondément transformé les paysages, il ne faut pas aller à contre-sens de la civilisation mais tenter d’approfondir « la relation de l’homme et de la nature dans l’espoir d’un progrès partagé ». L’auteur se lamente de l’infusion de la pensée décroissante jusque dans le milieu académique et parie sur une vision rationnelle et progressiste.


Pour lire l’article, cliquer ICI.

 

Publié le 20/09/2021

Gauche, droite : qu’avez-vous fait du libéralisme ?

The Economist s’érige contre la montée en puissance de l’illibéralisme, au sein de la droite populiste comme de la gauche progressiste. Le magazine s’inquiète du reniement des valeurs libérales par des élites arrogantes.

 

Depuis 250 ans, la famille libérale s’est construite par le débat et la tolérance intellectuelle vis-à-vis de ses adversaires politiques. Les dernières années ont été marquées par une polarisation du débat public au profit de deux extrêmes qui relèguent le libéralisme au second rang, jugé trop élitiste et en faveur des privilégiés.

« [La gauche illibérale] est convaincue qu’un véritable progrès n’est possible qu’après avoir veillé au démantèlement des hiérarchies raciales, sexuelles et autres. »

Si les libéraux et la gauche illibérale sont en phase sur bien des points (méfiance à l’égard de l’autorité, croyance en le caractère souhaitable du changement), ils divergent néanmoins sur la vision face à la nature du progrès et les moyens à adopter. L’auteur ne ménage pas non plus la droite populiste, qu’il qualifie de menace la plus dangereuse pour le foyer spirituel du libéralisme.

« À leur manière, les deux extrêmes placent le pouvoir avant le processus, les fins avant les moyens et les intérêts du groupe avant la liberté de l’individu. »

La symbiose entre gauche et droite populistes se nourrit d’une haine mutuelle et enflamme les soutiens des deux camps. Par volonté de surprotéger l’esprit américain, la gauche illibérale renie ses origines en abandonnant la défense de la liberté d’expression au motif qu’elle favorise les privilégiés et réactionnaires. De son côté, la droite populiste privilégie le sectarisme à la vérité.

Il est temps de retrouver les valeurs de l’humilité et du doute qui ont fait grandir la famille libérale et réinvestir la sphère publique pour mettre un terme à l’hégémonie de l’illibéralisme qui, comme l’explique Maxime dans sa chronique du 31 août, nuit à la qualité du débat et fragilise la démocratie.


Pour lire l’article, cliquer ICI.

Pour lire la chronique de Maxime, cliquer ICI.

 

Publié le 03/09/2021

Il faut voir comme on nous parle

Invité sur Public Sénat, Christophe Seltzer dénonce l’infantilisation des Français par l’exécutif dans la gestion de la crise sanitaire. 

 

Pour Christophe, la gestion de la pandémie reflète les « réflexes profonds » de l’État. Il regrette le ton moralisateur de l’exécutif français alors nos voisins européens, notamment l’Allemagne, ont opté pour des discours techniques et précis. Alors que les Français ont surtout besoin d’information, Christophe craint que leur infantilisation vienne exacerber la défiance envers les institutions. 

« Il y a une grande différence entre les discours moralisateurs, paternalistes d’Emmanuel Macron et les discours beaucoup plus techniques, précis, informatifs, d’Angela Merkel. » Christophe Seltzer

Reporterre s’est entretenu avec nos experts Vincent Delhomme et Raul Magni-Berton pour analyser l’exception française dans la gestion de la crise sanitaire. Vincent rappelle qu’à l’issue de létat d’urgence de 2015, certaines mesures sont entrées dans le droit commun. Il appelle à la vigilance face à toutes les mesures restrictives de liberté, a fortiori les plus discrètes.

« Le pays se caractérise par un haut niveau de centralisation et d’autoritarisme, avec des décisions extrêmement fortes comparées à nos voisins allemands, hollandais ou danois. » Raul Magni-Berton

Raul explique que la France s’est engagée dans une gestion de la crise sanitaire particulièrement centralisée et autoritaire par comparaison avec les autres États européens. Selon lui, la crise sanitaire a révélé le manque de représentativité de notre système électoral.

Ce lundi 25 janvier, Vincent a représenté GenerationLibre lors d’un groupe de tavail sur les états d’urgence au Conseil d’État.


Pour voir l’émission, cliquer ICI.

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Pour consulter notre Observatoire des Libertés Confinées, cliquer ICI.

 

Publié le 28/01/2021.

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