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#1 Le Turc mécanique – Les voyages de Gaspard dans l’IA

#1 Le Turc mécanique – Les voyages de Gaspard dans l’IA

En 1769, l’inventeur hongrois Wolfgang von Kempelen créa le « Turc mécanique », un joueur d’échec automatique. La marionnette habillée à la mode ottomane fit fureur en Europe, battant les plus grands joueurs de l’époque et des personnalités telles Benjamin Franklin et Napoléon Bonaparte.

 

En réalité, grâce à un habile stratagème, un professionnel de l’échiquier était dissimulé dans les entrailles de l’automate. La première « intelligence artificielle » n’était qu’un simulacre. Quelques siècles plus tard, Amazon baptise sa plateforme de micro-tâches «  Amazon Mechanical Turk », sur laquelle les Turkers, des centaines de milliers de petites mains, se succèdent pour nourrir les systèmes d’IA. Rappel que derrière la magie des algorithmes  se cache un travail humain considérable, ne serait-ce que pour collecter, traiter et restituer les données ? L’IA ne serait-elle pas notre illusion moderne ?

Départ pour la banlieue nord de Los Angeles pour en avoir le cœur net. Objectif : rencontrer l’illusionniste John Gaughan, qui a reproduit le fameux Turc.  C’est le fruit de quarante années de recherche, à parcourir les bibliothèques du monde pour savoir comment reconstituer le mécanisme originel. Gaughan, fidèle à sa profession, refuse de dévoiler les secrets du Turc. Il confie cependant une chose : combien, avec quelques distractions simples, il est aisé de tromper un public. L’esprit humain est crédule et primitif. Dans tout ça, l’IA est une illusion, face à laquelle il faut apprendre à rester lucide. L’objectif n’est pas de comprendre ses mécanismes, mais de ne pas se laisser aveugler par le mirage.

Aujourd’hui, la technique la plus en vogue de l’intelligence artificielle est le machine learning. L’IA n’apprend pas ce qu’est un chat avec une définition. Elle reconnaît un chat en distinguant des formes caractéristiques (patterns) après l’analyse de milliers d’images labellisées « sans chat » ou « avec chat ». Pour se faire, il faut disposer de gigantesques bases de données. Les systèmes de machine learning s’appuient ainsi sur les milliers de Turkers pour leur apprentissage. Point besoin d’avoir fait Stanford ou d’être un génie de la tech : les Turkers sont des mères au foyers, des chômeurs, des handicapés, etc. Si d’un côté, le Mechanical Turk offre des opportunités de travail sans barrières à l’entrée, ces travailleurs fantômes,  prolétariat du XXIème siècle, n’ont aucun pouvoir de négociation. Leur revenu minimal n’est en rien représentatif de la valeur qu’ils produisent.

L’IA est une illusion : elle reproduit un résultat et non un processus. L’intelligence artificielle est la combinaison de millions d’intelligence humaine, optimisée pour reproduire la conceptualisation entreprise par nos cerveaux. Même fin, mais avec des moyens différents. C’est pourquoi il faut faire attention au danger qu’est l’anthropomorphisation de l’intelligence artificielle. Non, votre ordinateur ne peut pas tomber amoureux de vous. Votre frigo ne refusera pas de s’ouvrir si vous ne lui demandez pas gentiment. Avec l’IA apparaît l’un des plus grands dangers de nos sociétés contemporaines : retomber dans l’animisme. Va-t-on commencer à adorer des robots et autres puces de silicium ? Ce serait une terrible régression pour notre civilisation.


Pour lire l’épisode 1 « Le Turc mécanique » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’éditorial d’Etienne Gernelle « Gaspard Koenig, un reporter d’idées sur les traces de l’intelligence artificielle« , cliquer ICI.

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