Un passeport sanitaire à haut risque

Dans Atlantico, notre expert Vincent Delhomme estime que l’extension du pass sanitaire peut s’avérer plus liberticide que la mise en place de l’obligation vaccinale.

 

Si Vincent comprend les fondements du passeport sanitaire, il s’inquiète de sa durabilité et de ses conséquences en matière de libertés publiques. Le risque est de s’y habituer et de devoir justifier de notre état de santé lors de toutes nos activités quotidiennes.

« On pourrait imaginer des établissements expliquant à leur clientèle qu’elle ne risque pas d’attraper la grippe en s’y rendant, en faisant un argument marketing. »

Après l’allocution du Président de la République, Vincent souligne que les restrictions sanitaires vont désormais peser sur un nombre plus limité de personnes : les non-vaccinés. Parce que les non-vaccinés font un choix individuel qui emporte des conséquences collectives, Vincent ne juge pas aberrant de leur demander de justifier de leur état de santé. À ce titre, la vaccination obligatoire pourrait paradoxalement peser moins fortement sur les libertés publiques.

S’agissant du pass sanitaire, ce qui inquiète Vincent, c’est la proportionnalité de la mesure (durée, lieux, nature de la vérification). Ce qui le choque tout particulièrement, c’est que ces décisions soient systématiquement prises dans l’urgence, sans débat démocratique.

« On neutralise toute forme de débat puisque l’alternative présentée est toujours : les restrictions ou le chaos. Ce n’est pas ainsi qu’on peut gouverner un pays démocratiquement. »

En ce 14 juillet, Vincent déplore que l’ère du temps ne soit pas à la célébration de la liberté. Il se demande pourquoi la liberté est écartée et pourquoi il est demandé aux Français d’obéir sans faire appel à leur responsabilité individuelle. Non, la liberté n’est pas réservée au rêveurs et aux naïfs !


Pour lire l’article, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Covid-19 : une analyse coûts-bénéfices des confinements », cliquer ICI.

Pour consulter l’Observatoire des Libertés Confinées, cliquer ICI.

 

Publié le 14/07/2021.

Retraites : la réforme ne peut plus attendre

Dans Les Echos, Maxime Sbaihi estime qu’il est urgent de réformer notre système des retraites au nom de la solidarité intergénérationnelle.

 

Système déficitaire, vieillissement démographique…Les débats sur la réforme des retraites font l’objet d’arguments variés en faveur d’un changement. Alors, réforme paramétrique ou systémique ? Pour Maxime, dans l’immédiat, il est urgent de repousser l’âge de départ à la retraite.

« Les évolutions mal anticipées de la démographie remettent même en cause l’équité intergénérationnelle de notre système de retraite puisque le rendement des contributions au régime se détériore cohorte après cohorte. »

En France, le vieillissement de la population bouleverse notre modèle social. Maxime rappelle que l’indice de vieillissement démographique est un paramètre important à prendre en compte, d’autant plus dans le cadre du système de répartition à la française. Avec toujours plus d’actifs et moins de retraités, les cotisations des premiers ne cessent d’augmenter. Un système solidaire vous dites ?

« Personne n’est responsable des caprices de la démographie, c’est pourquoi ses coûts collectifs en termes de retraite doivent être partagés en réformant sans plus attendre et en respectant l’impératif d’équité intergénérationnelle inscrit dans la loi. »

Maxime souligne qu’en 2050 le nombre de retraités devrait dépasser les 20 millions. Il est donc temps d’anticiper cette évolution. Jusqu’alors ignoré, le financement des retraites ne peut être lâchement légué aux jeunes générations d’actifs. Pour respecter le principe d’équité intergénérationnelle, l’âge de départ à la retraite doit être repoussé, notre modèle doit être révisé et tous ses coûts doivent être partagés, y compris avec les retraités.


Pour lire la tribune, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « La retraite quand je veux », cliquer ICI.

 

Publié le 13/07/2021.

Le tour de France de Gaspard Koenig

Ouest France couvre le départ du tour de France que Gaspard Koenig réalise cet été pour recueillir les témoignages de Français excédés par les normes. Un projet distinct et complémentaire de GenerationLibre.

 

Le pouvoir aux territoires. C’est à Laval (Mayenne) que Gaspard et sa nouvelle équipe ont entamé une tournée estivale pour recenser, partout en France, toutes les absurdités normatives, les réglementations tatillonnes et les excès de la la bureaucratie. L’ambition de ce mouvement politique prénommé « SIMPLE », nouveau projet distinct et indépendant du think-tank GenerationLibre, est de mettre la simplification au cœur du débat présidentiel. Au programme : rencontre avec les élus locaux, réunions publiques et porte-à-porte.

« Le nombre croissant de normes et de contraintes (publiques comme privées) entrave la vie des Français.  » SIMPLE

Témoignez ! Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, SIMPLE réalisera à l’automne une restitution des témoignages recueillis à l’occasion de ce tour de France et sur la plateforme en ligne.

« En traversant la France à cheval durant l’été 2020, j’ai constaté dans les foyers qui m’ont hébergé à quel point l’excès de normes était devenu un problème urgent, critique, parfois insurmontable. » Gaspard Koenig

Notre think-tank. De son côté, GenerationLibre est plein de ressources pour continuer à investir le débat public de ses idées et propositions de politiques publiques de façon non partisane. En semant des graines libérales dans vie des idées, le think-tank GenerationLibre parle à tout le monde et travaille indirectement, mais sûrement, au changement politique sur le long terme. Autonomie des universités et des écoles primaires, réforme sur le logement, défense de la cause animale : ne manquez pas nos nouvelles publications à venir dès la rentrée !


Pour lire l’article, cliquer ICI.

Pour témoigner sur « SIMPLE », cliquer ICI.

Pour soutenir GenerationLibre, cliquer ICI.

 

Publié le 08/07/2021.

[Lu Ailleurs] : « Pourquoi les autorités locales ont-elles si peu de pouvoir ?  » Peggy Sastre

Dans Le Point, Peggy Sastre interprète le taux d’abstention lors des dernières élections comme la conséquence, entre autres, d’un manque de décentralisation du pouvoir de l’État. 

 

20 juin 2021. Premier tour des élections départementales et régionales. 66 % d’abstention. Comment expliquer un tel résultat ? Pour Peggy Sastre, la première des explications est celle du jeu de l’offre et de la demande. L’offre politique est certes diversifiée mais elle ne séduit plus les électeurs.

« Faut-il en déduire que nos concitoyens ne comprennent rien à la décentralisation à la française ? »

Commune, intercommunalité, département, région… Peggy Sastre souligne que tous ces échelons sont difficiles à appréhender pour les électeurs. Surtout, les compétences qui leur sont attribués ne pèsent pas lourd comparé au pouvoir central. En d’autres termes, entretenir les rames du TER suscite moins d’intérêt chez l’électeur que de discuter des lois et des impôts.

« Malgré une décentralisation officielle, la France demeure une machine actionnée par un pouvoir central et où les autorités locales ne sont peu ou prou que des rouages. »

Changer le quotidien des Français : tel est l’adage de la politique depuis des années. Peggy Sastre explique qu’aujourd’hui la politique relève « davantage d’une entrave que d’un accélérateur ». La promesse du changement passe désormais par d’autres biais plus efficaces.

« Difficile dès lors de s’étonner que la politique soit de plus en plus massivement vue comme une gestion bureaucratique de tas d’équipements, d’infrastructures, de procédures déjà en place… pour laquelle aucune foule n’arrive plus à se passionner. »

Peggy Sastre affirme que le taux d’abstention affiché lors des dernières élections signe « le crépuscule de l’idéal jacobin français ». L’idéal du citoyen impliqué dans la politique n’est plus. Après tout, pourquoi « demander à des citoyens de s’impliquer pour quelque chose qui n’est plus un moteur de leur existence » ?

« On ne peut pas faire tourner un système de manière aussi centralisée et étouffante. »

Enfin, Peggy Sastre invite « à une révision de l’imaginaire français et de ses institutions. » Cette demande tombe à point nommé ! GenerationLibre propose de permettre aux collectivités territoriales, et d’abord aux communes, de s’auto-saisir des compétences de leur choix. Avec le principe de « subsidiarité ascendante », nous proposons de bousculer la logique de répartition des compétences jusque là pilotée par l’État en modifiant l’article L.1111-8-1 du Code général des collectivités territoriales : l’État devrait obligatoirement accorder une compétence à la collectivité la plus petite qui la revendique.


Pour lire l’article, cliquer ICI.

Pour consulter notre rapport, « Le pouvoir aux communes – Décentraliser par la subsidiarité ascendante », cliquer ICI.

 

Publié le 08/07/2021.

« La planète brûle, mais le vacancier continue à prendre l’autoroute du Soleil. » Gaspard Koenig

Dans Les Echos, Gaspard Koenig souligne, alors que les effets du réchauffement climatique sont observables, que les habitudes de consommation continuent comme avant.

 

L’été est arrivé et tout le monde semble se ruer vers le soleil. Pourtant, le soleil brûle en ce moment-même de larges pans du territoire canadien. Un « dôme de chaleur » s’est abattu sur l’ouest du pays, affolant les chiffres du thermomètre. Ce phénomène est aggravé, selon les experts, par le réchauffement climatique. « Le soleil tue », souligne Gaspard.

« Les espèces disparaissent, sauf Bison Futé. La planète brûle, mais le vacancier continue à prendre l’autoroute du Soleil dans l’espoir de se faire rôtir sur sa serviette de plage. »

Gaspard explique que « cette préférence pour le soleil est aujourd’hui inscrite dans toutes nos pratiques sociales. » L’auteur questionne donc notre rapport au soleil et estime que notre passion pour le bronzage risque d’évoluer avec le changement climatique. Et si ce phénomène nous obligeait à retrouver un goût pour l’ombre ?

« Comme si la chaleur, celle des forges ou celle du moteur à combustion, était devenue le principe du progrès. Aujourd’hui, la surchauffe générale nous impose d’inverser la tendance. »

À l’appui des écrits d’Alain Corbin, Gaspard rappelle que la vie de l’Homme s’est construite depuis longtemps autour des arbres. À Athènes, ces lieux frais et ombragés servaient à Socrate pour discuter avec ses disciples, par exemple. La chaleur est en train de devenir une constante dans notre quotidien. Face au changement climatique, la reconstitution des écosystèmes forestiers et l’innovation technologique seront nos meilleurs armes pour éviter la surchauffe.


Pour lire l’article, cliquer ICI.

 

Publié le 07/07/2021.

Élections : et si on supprimait les sondages ?

Dans l’Opinion, Maxime Sbaihi déplore un excès d’utilisation des sondages lors des périodes électorales en France.

 

Les sondages se sont trompés. Au lendemain des élections régionales, Maxime constate que certains scénarios, tel que le duel Mariani/Muselier pour la région PACA, étaient loin d’être joués d’avance. Les sondages se sont encore trompés ? Maxime rappelle que la prévision des intentions de vote s’est aussi avérée fausse lors des élections présidentielles de 1995, de 2002 ainsi que pour le référendum de 2016 sur le Brexit.

« Vouloir jauger et prédire les comportements électoraux relève davantage de la voyance que de la science. Les sondages ont souvent tort, ce n’est pas nouveau. »

Maxime regrette une forte hausse de l’utilisation des sondages. « En France, les sondages présidentiels ont été multipliés par trois en l’espace de quinze ans. » Malgré leur méthodologie fragile, Maxime ne regrette pas l’utilisation des sondages à titre informatif. À ses yeux, ce qui est regrettable, c’est cette boulimie médiatique pour les enquêtes d’opinion.

« Au lendemain des élections régionales, les mêmes journalistes ayant dénoncé les égarements des sondeurs se sont d’ailleurs empressés de commenter les nouveaux sondages présidentiels fraîchement sortis. »

On peut se demander si les sondages ne nuisent pas à la démocratie : d’une part en ayant une influence plus ou moins grande sur les résultats d’une élection, d’autre part en lassant l’électeur avec des spéculations. Et si l’on étendait la durée d’interdiction des sondages à plus de 24 heures avant le début du scrutin ? De nombreux pays le font déjà. Maxime pense qu’il est nécessaire d’avoir « un court répit pour pouvoir exercer notre liberté d’expression dans les urnes sans être harcelés jusqu’à l’isoloir par celle des sondeurs. » Alors, qui vote contre les sondeurs ?


Pour lire la chronique, cliquer ICI.

 

Publié le 06/07/2021.

Retraites : pourquoi toujours « repousser » ?

Dans Atlantico, Marc de Basquiat, convaincu de l’urgence d’une réforme, voit dans le report de l’âge légal de départ à la retraite une mauvaise idée. 

 

Marc affirme que la France est le seul pays où le niveau de vie des retraités est supérieur à celui des actifs mais surtout nettement plus élevé que celui des jeunes actifs. Selon lui, ce constat explique la faible participation des plus jeunes aux dernières élections. Après tout, qui peut participer à un régime qui ne défend pas ses intérêts ? C’est ce que Marc reproche à notre système des retraites qui, selon lui, « bichonne ses chers vieux électeurs. »

« Notre démocratie est devenue une gérontocratie : le pouvoir décide en fonction des préférences de ceux qui votent, pas de l’intérêt commun et certainement pas de celui des générations qui ne croient plus à la politique. »

Marc mentionne trois « générosités » inhérentes à l’inégalité perpétuée par notre système de retraite. La première est la garantie d’un montant minimum alloué dès lors que l’individu décide de liquider ses droits. La seconde est le financement de certains dispositifs tels que l’Allocation de solidarité aux personnes âgées payé par l’impôt de l’ensemble des contribuables. La troisième « générosité » accordée à nos anciens est que ceux-ci ne participent que très peu au financement de notre système de santé (taux plus faible de CSG pour les retraités). Ces trois principes suffisent à déséquilibrer le système des retraites, à le rendre injuste pour les actifs et à creuser le déficit de l’État.

« Moralement, il est préférable que chaque génération gère elle-même ses déséquilibres entre riches et pauvres, plutôt que demander en permanence aux générations suivantes de payer pour compenser ses propres égoïsmes. »

Marc estime qu’il est inutile de forcer les actifs à travailler plus longtemps. La réforme des retraites est depuis longtemps focalisée sur ce seul paramètre. À l’inverse, Marc explique qu’il existe un système plus simple où chacun pourrait décider de partir quand il le souhaite à la retraite avec un montant de pension alloué en conséquence de ce choix. Ce système serait doté d’un mécanisme de solidarité (redistributif) intragénérationnelle avec un prélèvement uniforme à taux unique sur tous les revenus de ceux qui ont fait valoir leurs droits à la retraite pour augmenter le montant des pensions les plus faibles.


Pour lire l’article, cliquer ICI.

Pour consulter le rapport « La retraite quand je veux », cliquer ICI.

 

Publié le 01/07/2021.

« Le digital court-circuite la nostalgie. » Gaspard Koenig

Dans Les Echos, Gaspard Koenig s’interroge sur la numérisation de la mémoire et ses effets sur nos souvenirs. 

 

Né au début des années 1980, Gaspard a connu deux époques : celle d’avant Internet et celle d’après. Son existence est partagée entre le souvenir de ses correspondances, représenté par le papier jauni, et les innombrables fichiers de son ordinateur.

« Mais à mesure que je me rapproche du temps présent, voilà tous ces memorabilia évaporés au profit des e-mails, des PDF, des JPEG et des GPX. De 2020, il ne me reste presque rien. »

À l’appui des écrits du philosophe Henri Bergson, Gaspard estime que la technologie induit deux changements majeurs dans notre perception du temps. Le premier est l’effacement pur et simple de la trace du temps sur un souvenir. Avec le numérique, un mail ou un fichier Word ne perd pas une ride tandis qu’une photo se froisse et jaunie avec le temps.

« La réussite de l’image-souvenir digitale dépendra de sa capacité à préserver une denrée si rare sur l’AppStore : l’inutilité, dans laquelle Bergson voyait la victoire de la vie sur l’intelligence. »

Le second changement est d’ordre pratique. Chaque déménagement nous oblige à trier, à ranger et donc à redécouvrir ces souvenirs. À l’inverse, le numérique permet de stocker sans fin. Qui irait relire ses anciens mails s’il n’y était pas obligé ?


Pour lire la chronique, cliquer ICI.

Pour consulter notre rapport « Aux data, citoyens ! », cliquer ICI.

 

Publié le 30/06/2021.

« Le libéralisme gagne sur la durée. » Gaspard Koenig

Dans un podcast appelé « Nouveau départ », Gaspard Koenig discute avec Nicolas Colin du libéralisme et de la pandémie de Covid-19. 

 

Gaspard explique que le libéralisme est à la fois une pensée complexe et minoritaire en France. Elle est très influente mais toujours difficile à décliner politiquement. D’après Gaspard, la France est devenue un pays si étatiste que le libéralisme se retrouve étouffé. Les situations d’urgence, telle que la crise sanitaire ou le terrorisme, font ressurgir certains mauvais réflexes français comme celui du centralisme.

« Les libéraux n’offre pas d’idéologie ou de grille de lecture contrairement aux courants marxistes. »

Gaspard estime qu’il est nécessaire d’entretenir une certaine « utopie » du libéralisme. Ce que réclamait d’ailleurs l’économiste Friedrich Hayek. Cet idéal à atteindre, même s’il n’arrivera certainement jamais, est quelque chose de sain intellectuellement et politiquement.

S’il paraît minoritaire, le libéralisme et ses idées infusent les débats et gagnent souvent sur la durée. C’est dans cette dynamique que GenerationLibre émet des propositions de politiques publiques dans de nombreux champs de l’action publique.

« Le libéralisme se renouvelle et se saisit naturellement de chaque sujet de société. »

Interrogé sur le pass sanitaire, Gaspard souligne qu’il y a deux vision différente chez les libéraux. L’une que défend Gaspard, centrée sur l’individu, s’insurge contre une intrusion dans la vie privée. L’autre, utilitariste, se plie à une mesure nécessaire pour le bien de la collectivité.


Pour écouter le podcast « La liberté après la crise », cliquer ICI.

Pour lire le rapport d’activité 2020 de GenerationLibre, cliquer ICI.

 

Publié le 29/06/2021.

[Lu Ailleurs] : « Le numérique est l’enjeu géopolitique ultime. » Shoshana Zuboff

Dans Le Figaro, Shoshana Zuboff appelle à réguler d’urgence le secteur numérique pour que la démocratie survive au « capitalisme de surveillance ».

 

Il y a deux ans, Shoshana Zuboff théorisait dans son livre le « capitalisme de surveillance ». Cette nouvelle forme de pouvoir qui est apparue avec le numérique évolue, selon elle, de manière très inquiétante. À l’origine, l’universitaire avait défini quatre étapes au « coup d’État épistémologique en cours ». Deux ans après, nous sommes déjà entré dans la quatrième phase. Le numérique a évolué, selon elle, vers un « déterminisme économique ».

« Les racines et les bases du système démocratique sont actuellement érodées par un système capable d’influencer ce que nous lisons, ce que nous pensons, ce que nous faisons, et capable au passage de dégrader notre dignité, notre individualité, et de créer une inégalité structurelle des connaissances. »

Quelles sont donc ces quatre étapes du « capitalisme de surveillance » pour Shoshana Zuboff ? La première consiste à transformer la vie privée des individus en matière première gratuite. Les données personnelles des individus sont extraites et collectées à leur insu puis déclarées « propriété privée » par les grandes entreprises du numérique. Le comportement humain est utilisé à des fins de prédictions algorithmiques. La seconde étape est celle de « l’inégalité épistémique ». C’est la différence entre ce que je peux savoir et ce que l’on peut savoir de moi.

« Ces sociétés prennent nos données sans le demander, les données personnelles qu’elles possèdent sont des biens volés. Le sens de mon travail est de contester la base même de leur système qui revendique la propriété sur nos données. »

Une fois ces droits individuels bafoués, la troisième étape est le moment où il n’est plus possible d’échapper au ciblage des algorithmes et à la collecte des données lors des usages en ligne. Toutes les informations extraites du comportement en ligne de l’individu servent désormais à l’orienter dans ses choix. La quatrième et dernière phase est celle du « coup d’État épistémique ». Une ère où « les machines savent, et les systèmes décident, dirigés et soutenus par l’autorité illégitime et le pouvoir antidémocratique d’intérêts privés. » Le numérique prend le pas sur la démocratie au nom d’un progrès inéluctable, selon ces mêmes entreprises, qui font tout pour garder la régulation à distance de leurs activités.

« Nous devons refuser que l’âge numérique permette l’utilisation des données pour des objectifs économiques étriqués, au profit d’un tout petit groupe et aux dépens du plus grand nombre. »

Comment préserver la démocratie de la dystopie annoncée ? À ce stade, Shoshana Zuboff salue le travail de l’Union européenne qui entend mettre au pas les géants du numérique. Le premier recours est de soumettre ces entreprises à un nouveau cadre légal. La règle de droit ne tue pas l’innovation. Au contraire, c’est le monopole de ces entreprises qui tue la concurrence. Shoshana Zuboff recommande de toute urgence que l’on sanctuarise la sphère privée et que l’on protège légalement les données des individus. Et si la patrimonialité des données personnelles était la solution ?


Pour lire l’article « Shoshana Zuboff : « La société démocratique se transforme en autocratie numérique » », cliquer ICI.

Pour consulter notre rapport, « Aux data, citoyens ! », cliquer ICI.

Pour lire la tribune de Maxime Sbaihi « Taxe GAFA : « Le vieux réflexe de la taxe est dépassé, il est même inefficace et naïf. » », cliquer ICI.

Pour lire la chronique de Gaspard Koenig « Quel prix pour notre vie privée ? », cliquer ICI.

 

Publié le 28/06/2021.