Pour clôturer l’exercice 2021, GenerationLibre a organisé ce mercredi 1er juin à Paris son assemblée générale annuelle. L’occasion pour notre think tank de tirer le bilan de l’année 2021 et de présenter nos objectifs pour l’année en cours.
A nouveau président de GenerationLibre – après son retrait pendant la pré-campagne présidentielle, Gaspard Koenig introduit l’assemblée générale. Fort de son expérience politique avec le mouvement SIMPLE, il espère une synergie entre les forces vives l’ayant rejoint durant son aventure et notre think tank. Pour Gaspard, le principal défi de GenerationLibre est d’adopter une position intelligente sur les questions environnementales. En émettant des propositions écologistes concrètes, il est possible de concilier sobriété et capitalisme. Cette ambition doit permettre de ne pas réduire le libéralisme à un modèle consumériste auquel il est trop souvent associé.
Prenant la parole à son tour, Christophe Seltzer, directeur de GenerationLibre, tient à remercier les membres de notre association, donateurs sans qui le think tank ne pourrait rien faire. Il rappelle la spécificité de notre business model : aucune subvention publique ni commande d’entreprise. Seuls nos 271 donateurs à titre individuel, dont les 155 membres (à plus de 100 euros annuels), nous permettent de faire tourner quotidiennement la recherche, la communication et le financement.
Seuls nos 271 donateurs à titre individuel, dont les 155 membres (à plus de 100 euros annuels), nous permettent de faire tourner quotidiennement la recherche, la communication et le financement.
Christophe dresse ensuite le bilan de l’année 2021.
L’équipe permanente a été renouvelée et réduite. Avec les départs de Maxime Sbaihi et Mathilde Broquet-Courboillet pour de nouveaux horizons, ce sont Christophe et Mehdy Raïche qui ont repris la suite, respectivement à la tête du think tank et aux manettes du développement. Au 31 décembre 2021, l’association compte donc deux salariés, une alternante, et collabore ponctuellement ou régulièrement avec des prestataires. Un conseil scientifique composé d’experts et contributeurs du think tank a été installé et réuni la première fois au dernier trimestre de l’année pour collégialiser et dynamiser la mise en musique de nos travaux.
Côté recherche, sous l’impulsion de Christophe et grâce au travail très sérieux de Kevin Brookes, en charge du pilotage des études sur la période, un programme conséquent de travaux a été engagé. Un processus de peer-reviewing, relecture par des pairs de nos travaux en amont de leur publication, a été systématisé. En 2021, GenerationLibre a publié un ouvrage aux PUF (Esquisse d’un libéralisme soutenable), deux notes d’analyse dans le cadre de la pandémie sur les coûts-bénéfices des confinements et la proportionnalité du passe sanitaire, et trois rapports substantiels pour autonomiser l’université, flexibiliser le marché du logement et légaliser le cannabis en France sur un modèle de marché libre. Depuis janvier 2022, deux notes d’analyses ont paru pour dénoncer le populisme de genre ainsi que réhabiliter les vertus de la mondialisation.
En 2021, avec 1 734 (+61%) de nouveaux inscrits à sa newsletter, GenerationLibre a connu la plus forte augmentation de ses lecteurs.
Côté communication, notre think tank a gagné en visibilité et en impact médiatique par rapport à 2020 : 589 (+22%) d’interventions et de citations dans les medias, 97 000 (+30%) de visiteurs sur notre site internet et plus de 6 300 000 (+5%) personnes touchées par nos publications sur les réseaux sociaux. Surtout, avec 1 734 (+61%) de nouveaux inscrits à sa newsletter, GenerationLibre a connu la plus forte augmentation de ses lecteurs. En dépit de la situation sanitaire, nous avons continué à organiser des évènements, à la fois en ligne (rencontre avec Mario Vargas LLosa, débat entre les députés Valérie Petit et Aurélien Taché), et en présentiel à la fin de l’année (conférence avec Peggy Sastre).
Côté influence, GenerationLibre a été auditionné à l’Assemblée nationale sur notre modèle de légalisation du cannabis, a rencontré le ministre en charge des retraites sur notre modèle de réforme, a fait interroger dans l’hémicycle le ministre de la santé à l’appui de notre note sur les confinements, a inspiré un amendement lors de l’examen d’une loi au Sénat sur notre principe de décentralisation, a participé à un groupe de travail du Conseil d’Etat sur les états d’urgence grâce à notre Observatoire des libertés confinées, et a reçu un prix sous la coupole de l’Institut de France pour l’ouvrage Esquisse d’un libéralisme soutenable dans notre collection aux PUF.
Côté finances, les recettes s’élèvent à 228 777 euros, et les dépenses à 249 199 euros, laissant un fond de roulement à 100 000 euros environ. A noter, par rapport à 2022, que ce sont pas moins de 112 (+11%) nouveaux donateurs qui sont arrivés pour près de 40 000 euros (+160%) grâce à la stratégie de développement de Mehdy appuyée sur du mailing ciblé et la prospection via l’utilisation des réseaux sociaux. Au niveau des dépenses, depuis le milieu de l’année 2021, GenerationLibre loue des locaux dans le 9ème arrondissement et a diminué sa masse salariale.
« GenerationLibre travaille dans le temps long. Notre travail, c’est de faire infuser des idées. » Christophe Seltzer
Plusieurs rapports sont actuellement dans nos fourneaux pour une publication courant 2022 : sur les institutions dans quelques jours, et en faveur de l’autonomie des écoles primaires début juillet. Suivront à l’automne une note d’analyse sur les expérimentations du revenu universel à travers le monde et un rapport en faveur de la décriminalisation du travail du sexe. D’autres travaux sont en cours sur la subsidiarité ascendante, l’auto-entrepreneur, le prix carbone, le « wokisme », la cause animale et les libertés publiques. Jugement majoritaire, santé, reconnaissance faciale mais également simplification fiscale et administrative : autant de sujets sur lesquels nous prospectons par ailleurs activement.
Notre think tank a également noué des contacts à l’international. Après la traduction anglaise de notre rapport pour un marché libre du cannabis par le European Liberal Forum, c’est avec la Friedrich Neumann – think tank du parti libéral allemand – et l’Internationale libérale que GenerationLibre entreprend de collaborer.
Si ses finances le permettent, GenerationLibre va être conduit à redévelopper son équipe permanente.
Si ses finances le permettent, GenerationLibre va être conduit à redévelopper son équipe permanente en recrutant un ou une troisième salarié-e sur le pôle relations publiques et communication, ainsi qu’en augmentant son budget alloué au pôle recherche pour piloter et conduire l’ensemble de ses travaux.
À l’écoute des avis des membres présents, nous imagions de créer un forum interactif pour faire se rencontrer nos sympathisants dans les différentes régions françaises ainsi qu’organiser des évènements locaux. Nous prônons la déprésidentialisation et la décentralisation pour les institutions françaises, à nous de montrer l’exemple avec notre think tank !
Pour devenir membre (donateur à plus de 100 euros par an), cliquer ICI.
Publié le 03/03/2022.
Dans une chronique de Libération parue en 2018, la professeure d’économie à l’université de Pennsylvanie, Ioana Marinescu, développait les avantages du dividende carbone proposé par trois députés de Floride pour lutter contre le réchauffement climatique.
En décembre 2018, la taxe sur les carburants proposée par le gouvernement de l’époque déclenchait en France le plus grand mouvement social depuis des décennies : la crise des gilets jaunes. 4 ans après, dans un contexte d’aggravation des bouleversements climatiques et alors que la guerre en Ukraine entraine une inflation record sur le prix de l’énergie et donc des carburants, l’article de Ioana Marinescu apparaît plus que jamais d’actualité.Si les acteurs et le contexte cités par la professeure en économie ont changé, Donald Trump n’est plus Président et les États-Unis sont revenus dans l’accord de Paris sur le climat, la nécessité d’engager des réformes structurelles afin d’opérer une transition énergétique n’a quant à elle pas disparu.
« La taxe carbone découragerait les émissions de carbone alors que le dividende compenserait les ménages pour la hausse des prix. Une telle politique de dividende pourrait permettre au gouvernement français de combattre le changement climatique tout en étant sensible aux protestations de la population contre la cherté des carburants. »
Ainsi, trois députés américains de l’État de Floride soutenus par des élus des deux camps – républicains et démocrates – proposaient la mise en place d’une taxe carbone redistribuée sous forme de dividende aux ménages américains. Le consensus politique trouvé sur cette mesure par des élus pourtant opposés dans bon nombre de domaines de la vie politique américaine, se trouve dans la conciliation de deux objectifs majeurs. Si les démocrates y voient un formidable moyen de lutter contre le réchauffement climatique, de leur côté, les républicains applaudissent l’absence d’entrave et de contraintes portées sur les entreprises américaines.
Afin de protéger les ménages américains contre les changements induits par cette taxe, les revenus qu’elle génèrerait leur seraient redistribués sous forme d’un dividende carbone, soit un chèque égal pour chaque Américain. Selon les projections du Trésor Américain, ce dividende protégerait 70% des ménages contre la hausse des coûts liée à l’entrée en vigueur de la taxe carbone. Les ménages les moins lotis – les 10% les plus pauvres – verraient leurs revenus augmenter de 9%.
« Même si la taxe carbone a encore du chemin à faire aux Etats-Unis, l’idée du dividende pourrait aider la France à avancer sa politique de lutte contre le changement climatique. Si l’augmentation de la taxe sur les carburants servait à augmenter les revenus des Français les plus modestes, l’objectif de lutte contre le changement climatique ne serait plus en opposition avec la justice sociale. »
Pour l’économiste, tout l’intérêt de cette taxe réside dans l’absence de condition préalable pour percevoir ce dividende ainsi que dans sa liberté d’usage pour les individus. Une simple mesure compensatoire sur la hausse des coûts du carburants – l’octroi d’une réduction conditionnée à une consommation d’un certain coût de carburant – n’incite pas les individus non concernés à se mettre au diapason d’un objectif de réduction des émission.
Pour lire l’article original paru dans Libération, cliquer ICI.
Publié le 02/06/2022.
Dans Les Echos, Gaspard Koenig voit dans le retour de la planification écologique la marque d’un centralisme étatiste qui condamne l’innovation permise par le marché seul. Contre la planification, il défend une mesure radicale : mettre un prix sur le carbone et redistribuer la taxe sous forme de dividende.
Chassez le naturel par la porte, il revient par la fenêtre. C’est ainsi que le principe étatiste de la planification consistant à faire confiance à une poignée d’experts supposément omniscients sur notre futur, dont le caractère est par essence incertain, fait son grand retour avec le nouveau gouvernement. Si la planification est communément associée au Gosplan soviétique, en France son origine est différente. Les théoriciens français du planisme sont à chercher du côté du groupe de réflexion, X-Crise, ayant rassemblé dans les années 1930 des ingénieurs et des philosophes à la suite de la crise économique de 1929. Les idées planistes qu’ils développèrent furent poursuivies par le régime Vichy avant de s’imposer sous de Gaulle et de symboliser sa politique économique.
« En centralisant la collecte de l’information et en prétendant anticiper l’avenir, le Plan prive les acteurs de la capacité d’ajustement continue requise pour l’innovation : qui sait si l’hydrogène sera considéré comme la panacée dans quelques années ? »
De Mélenchon à Macron, un large pan du spectre politique français semble s’être converti à cet idiome. Pourtant, comme le rappelle Gaspard, s’en remettre à des experts, aussi brillants soient-ils, afin de définir et d’émettre des politiques publiques indiscutable et incontestable est une réduction de liberté. La planification revient à s’asseoir et à balayer d’un revers de la main les avancées de la connaissance scientifique et les ajustements technologiques qui en découlent.
Pour Gaspard, la lexie de planification écologique cache un rejet de l’économie de marché. Ainsi, s’il partage les ambitions de sobriété édictées par Jean-Marc Jancovici, il en conteste la méthode anticapitaliste. L’opposition idéologique caricaturale entre le capitalisme et l’écologie s’est substituée à l’opposition de fond sur les méthodes, étatiste ou libérale, pour parvenir aux objectifs climatiques et environnementaux consensuels et partagés par la majorité de la population.
« Défini démocratiquement par rapport à un objectif de réduction des émissions, le prix carbone laisserait les individus arbitrer leurs préférences et les entreprises imaginer des solutions alternatives. »
Face à la planification écologique, Gaspard plaide, dans la lignée des travaux de Christian Gollier, pour un prix carbone. Chiffrer le coût du carbone à partir d’objectifs d’émissions à atteindre permet d’inciter les individus producteurs comme consommateurs à modifier leur comportement sans les y contraindre de façon autoritaire. Pour rendre ce mécanisme acceptable socialement, Gaspard propose que cette taxe soit redistribuée sous forme de dividende aux populations les plus plus pénalisées par les répercussions socio-économiques de la mesure. Preuve, s’il en fallait une qu’il est possible de concilier la sobriété et l’économie de marché.
Pour lire la chronique de Gaspard dans Les Échos, cliquer ICI.
Publié le 01/06/2022.
Interrogé par RTBF, Le Figaro et Radio Classique, Gaspard Koenig, analyse les défis contemporains du libéralisme. Face au pragmatisme utilitariste et à la planification écologique, il plaide pour un libéralisme radical confiant dans l’ordre spontané.
Dans l’entretien accordé à la première chaîne de télévision belge, Gaspard revient sur les crises que nous vivons actuellement : la récente pandémie et les bouleversements écologiques. Selon lui, ces crises testent nos démocraties libérales. Malgré des réponses étatiques centralisées, Gaspard estime qu’elles se sont globalement solidifiées dans l’épreuve. Dans les régimes autoritaires où l’information est cadenassée, les exécutifs ont au contraire pâti de ces crises. En Russie, la crainte de la hiérarchie a conduit toute la chaîne de commandement militaire à occulter aux sommets de l’État, la réalité de l’armée. Résultat : la Russie s’embourbe dans un conflit qui devait être une promenade de santé. De son côté la Chine qui a masqué le début de la pandémie se retrouve engluée dans sa stratégie autoritaire du zéro covid et peine à s’en sortir.
Il faut donc en conclure que libéralisme est mieux armé pour se prémunir des crises. Néanmoins pour qu’il perdure, il est nécessaire qu’il sache se renouveler au gré des époques. À l’instar du colloque Lippmann des années 1930, durant lequel la doctrine libérale avait été fortement remodelée et s’était imposée dans les grandes institutions internationales, le libéralisme se doit d’être à l’avant-garde des défis à venir. En ce sens, Gaspard rappelle le travail accompli par GenerationLibre via la publication de rapports aux propositions novatrices sur le revenu universel et la propriété privée des données personnelles.
« La simplification n’était pas le thème unique mais le point d’entrée qui me permettait de décliner les propositions sur lesquelles je travaille depuis longtemps comme le revenu universel, la propriété des données, l’autonomie locale, le droit du vivant, etc. »
Quant à savoir si les difficultés ressenties pendant la crise covid l’ont amené à s’interroger sur le libéralisme – en raison des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement et de l’interventionnisme économique de l’État -, Gaspard répond qu’il s’est davantage questionné sur les fondements théoriques justifiant les décisions étatiques. Il regrette l’opposition santé vs économie qui a orienté toute la politique gouvernementale. Selon lui, il aurait été plus judicieux de se baser sur un modèle de risque « années de vies gagnées / années vies de perdues » comme l’a fait GenerationLibre à l’aide d’une une méthodologie permettant de mesurer les conséquences positives et négatives des confinements sur l’espérance de vie des Français : d’un côté, les années de vie gagnées grâce aux mesures restrictives, de l’autre les années de vie perdues par les déclassements économiques.
Conscient des limites actuelles que rencontre le néolibéralisme – la maximisation outrancière des flux et des profits – désormais décrié par un fort mouvement sociétal qui pousse à en sortir, Gaspard reconnaît la nécessité d’un aggiornamento que les libéraux doivent accompagner. Sur l’enjeu climatique, il affirme que la question n’est de pas savoir si l’État doit ou ne doit pas intervenir lorsque l’humanité est menacée mais comment il le doit. L’État peut décréter la mise en place de contraintes tout en laissant le soin aux individus d’être libres de s’organiser en conséquence. Le modèle incitatif d’une taxe carbone redistribuée aux individus en est la parfaite illustration. À contrario de la planification écologique, le marché constitue la promesse de l’innovation capable d’apporter son lot de solutions à des problématiques qu’on ne peut pas anticiper. En matière d’écologie, l’ordre spontané d’Hayek doit l’emporter sur les projections planificatrices incertaines d’experts endogames.
« La véritable mission de la politique est de construire un idéal pour les citoyens. On peut et on doit porter des propositions radicales, y compris au sein d’un espace raisonnable comme celui du centre. La raison n’est pas condamnée à être pusillanime ! »
Néanmoins, les bouleversements environnementaux obligent Gaspard à s’interroger sur la notion de liberté. Doit-elle se comprendre comme étant simplement la multiplication des possibles, faire ce dont on a envie quand on le désire, ou doit-elle au contraire, s’envisager comme un contrôle de soi entraînant une indépendance vis-à-vis des contraintes extérieures. C’est cette deuxième option stoïcienne qu’il privilégie.
Pour faire face aux défis à venir, le libéralisme doit s’armer de radicalité. Telle que l’entend Gaspard, la radicalité n’est pas l’apanage des révolutionnaires mais consiste en une doctrine capable de dispenser une vision du monde qui nous sorte de la gouvernance pragmatique à l’oeuvre. Présenté comme une forme apolitique de l’exercice du pouvoir, le pragmatisme n’est en réalité qu’un utilitarisme – hérité de la philosophie bien politique de Bentham et de Saint-Simon – qui ne dit pas son nom. Il faut donc renouer avec les préceptes de la philosophie tocquevilienne qui, pour Gaspard, « placent toujours l’exercice du jugement personnel, du libre-arbitre, de la délibération collective, au-dessus de la bonne gestion qui finit par dévitaliser toutes les passions humaines ».
Pour visionner l’entretien de Gaspard à la RTBF, cliquer ICI.
Pour lire l’entretien de Gaspard dans Le Figaro, cliquer ICI.
Pour écouter l’entretien de Gaspard chez Radio Classique, cliquer ICI.
Publié le 30/05/2022.
Dans L’Express et L’Opinion, l’ancien directeur de GL, Maxime Sbaihi, analyse les conséquences socio-économiques du vieillissement de la population. Pour faire retomber la pression qui pèse sur les jeunes et les actifs, il préconise nos modèles de retraites et de revenu universel.
En théorisant le concept de « grand vieillissement », Maxime fait un pied de nez à la théorie identitaire du grand remplacement. Dans son premier ouvrage, le fait socio-démographique majeur n’est pas tant le fantasme zemmourien d’un afflux massif de populations étrangères sur le sol français que le vieillissement bien réel et effectif de notre population. En effet, ce « grand vieillissement », conséquence directe du baby-boom de l’après-guerre, entraîne une bascule socio-démographique irrémédiable qui voit le nombre d’actifs reculer par rapport au nombre de retraités. Certes préoccupant, ce phénomène n’est pas un nécessairement un fléau qui risque de s’abattre sur nous, encore faut-il le considérer sérieusement.
Si l’affaire Orpea symbolise l’incapacité de notre corps social à accompagner décemment les individus en fin de vie, Maxime se demande à raison ce qu’il en sera lorsqu’en 2050 près de 5 millions de personnes âgées perdront leur autonomie. Et qui financera les 20 à 30 milliards nécessaires ?
« Le système actuel réclame des efforts toujours plus importants aux nouvelles générations d’actifs qui se retrouvent avec des taux de cotisations records qui servent à financer un nombre de personnes record qui passent un temps à la retraite record. »
Jamais les cotisations des actifs n’avaient été aussi élevées en raison du nombre d’avantage croissant de retraités. Notre système de santé périclite à cause de cette tension. Cette érosion du système par réparation trouve son origine dans la décision, prise par François Mitterrand en 1981, d’abaisser l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans. Les conséquences de cette mesure se font désormais ressentir et créent un déséquilibre générationnel favorable aux retraités.
Pour le coauteur de notre note « Années de vie gagnées, années de vie perdues. Analyse des coûts/bénéfices des confinements Covid-19 » , la gestion de la crise sanitaire nous avait déjà donné à voir une rupture d’égalité générationnelle dans la conduite de nos politiques publiques. Les jeunes, moins sujets aux foudres du coronavirus – 90% des hospitalisations ont concerné les soixante-ans et plus -, ont subi de plein fouet les dispositifs décrétés pour protéger leurs aînés. Outre les privations de libertés publiques, les secteurs d’activités qu’ils plébiscitent ont été particulièrement touchés par les mesures gouvernementales entraînant des ruptures contractuelles et des pertes d’emploi. Dans le même temps, les pensions des retraités n’ont pas bougé puisque indexées de façon à ne pas subir les aléas de la conjoncture économique. La figure du jeune précaire propulsé dans la vie active s’est substituée à celle du pauvre retraité. « Notre filet de sécurité sociale est davantage adapté à la vieillesse qu’à la jeunesse » : le taux de pauvreté est désormais plus élevé chez les moins de trente ans que chez les plus de soixante ans.
« L’expression « OK boomer » n’est pas méchante en soi. Mais cela pourrait dégénérer en rancune envers des aînés qui ont profité de tout, mais qui n’ont pas garanti aux générations suivantes des opportunités économiques meilleures. N’est-ce pas le devoir de toute génération ? Aujourd’hui, je pense que les jeunes ont le droit de demander des comptes. »
Notre système politique fonctionne comme une « gérontocratie ». Les décisions politiques sont pensées et prises pour satisfaire les classes âgées de la population. Rien d’étonnant quand l’on sait que les électeurs âgés de 50 ans et plus sont désormais trois fois supérieurs aux électeurs de moins de 30 ans. Quel est donc l’intérêt électoral pour une personnalité politique de s’adresser à un électorat jeune ? Ce constat s’est illustré durant la dernière élection présidentielle. Les thématiques chères aux jeunes, parmi lesquelles l’écologie et le logement, ont été occultées des débats. L’immobilier cristallise particulièrement ce conflit générationnel. Si l’accès à la propriété est un parcours du combattant pour les jeunes actifs, le marché de l’immobilier est devenu une rente pour les retraités qui ont grassement profité de décennies de politiques d’emprunts favorables. Assis sur ce trésor immobilier, ils compliquent la tâche aux jeunes, désireux de devenir primo-accédant, en profitant de la saturation du marché immobilier urbain et d’une demande nettement supérieure.
Selon Maxime, les jeunes pourraient traduire leurs difficultés – d’accès à la propriété et d’entrée sur le marché du travail- en un rejet global du capitalisme et de la démocratie, en témoigne leur abstention massive lors de la dernière élection présidentielle.
« Ma pensée s’appuie sur les travaux de Marc de Basquiat, qui propose un système équilibré entre cotisations et pensions, doublé d’un mécanisme de solidarité intragénérationnelle (un prélèvement aux retraités est redistribué sous forme d’une garantie minimum de 450 euros). Couplé à un revenu universel pour tous [de 500 euros], ce système intelligent assure aux retraités 950 euros mensuels, sans augmenter les cotisations des actifs ni faire gonfler la dette sociale. »
Afin de remédier au grand vieillissement et ses conséquences futures, Maxime s’appuie sur les propositions préconisées dans nos différents rapports par Marc de Basquiat pour les retraites et en faveur d’un revenu universel.
Pour lire l’entretien de Maxime dans L’Opinion, cliquer ICI.
Pour lire l’entretien de Maxime dans L’Express, cliquer ICI.
Pour lire notre rapport « La retraite quand je veux », cliquer ICI.
Pour lire notre rapport « Revenu universel : plaidoyer pour un socle commun », cliquer ICI.
Pour litre notre note « Années de vie gagnées, années de vie perdues. Analyse des coûts/bénéfices des confinements Covid-19 », cliquer ICI.
Pour lire notre rapport « Supprimer la réserve héréditaire », cliquer ICI.
Pour lire notre article « Retraites : choisir librement sont départ », cliquer ICI.
Publié le 18/05/2022.
Dans L’Opinion, l’économiste Thierry Aimar prône le retour au subjectivisme libéral pour en finir avec l’individualisme communautaire.
Alors que les concepts libéraux sont efficients pour penser l’économie dans son ensemble, Thierry Aimar déplore qu’il n’en soit pas de même pour analyser la montée du communautarisme. Le récit commun voudrait que nos sociétés soient gangrenées par l’individualisme. Il n’en est rien. Ce que constate l’économiste est au contraire l’avilissement de l’individus soumis à la prolifération de communautés. Celles-ci ont pris un tel poids dans l’espace public qu’il devient impossible de ne pas s’identifier à l’une d’entre elles et de refuser de se conformer à ce qu’elles dictent. Les individus ne peuvent parvenir à trouver leur subjectivité intrinsèque par crainte d’être brimés et s’en remettent aux communautés pour se forger leur identité.
« D’un point de vue économique, l’obsession de la conformité, la dictature de l’opinion collective sont des chapes de plomb qui pèsent sur nos esprits. Les gens ne réfléchissent plus, ils reflètent. »
Trop souvent analysé à l’aune du fait religieux, le communautarisme essaime dans toutes les sphères de la société. Les railleries laïcardes qui incantent la liturgie républicaine et souverainiste pour s’opposer au communautarisme religieux ne sont que la face opposée d’une même pièce. Un communautarisme contre un autre. Les communautarismes religieux, de genre ou d’État procèdent tous de la même façon avec une seule et même conclusion : la négation de l’individu.
Le phénomène victimaire unit socialement des personnes qui n’avaient jusqu’alors jamais désiré faire communauté. L’économie de marché subit ce contrecoup. Les échanges ne se fondent plus sur les interactions subjectives et sur un intérêt mutuel réciproque mais sur le rapport de force institué par ces communautés puissantes auxquelles s’agrègent des individus pour en tirer des bénéfices sociaux, économiques et moraux. Formatés, les individus ne cherchent plus à s’émanciper individuellement mais s’aliènent aux dikats idéologiques du groupe en perpétuant une pensée autoréférentielle qui se conforte dans ses propres préjugés.
« Le goût des marques, des signes extérieurs de richesse ne reflète rien d’autre qu’un désir de se catégoriser socialement et d’afficher son appartenance à une certaine communauté, celle des riches. L’individualisme libéral est étranger à tout cela. Il est fondé sur la recherche de singularité, de parcours diversifiés qui permettent à une société de l’échange de se développer.»
Pour contrer ce phénomène, Thierry Aimar propose d’en revenir à l’exaltation d’une culture subjective à même de révéler à l’individu ce qu’il est vraiment, indépendamment du poids que la communauté cherche à lui faire porter. Ce voyage intérieur, que l’économiste nomme « introprenariat », est source de créativité et d’innovation. Plus encore, il est un prérequis pour créer de la valeur et échanger avec autrui.
Pour lire l’article dans L’Opinion, cliquer ICI.
Publié le 16/05/2022.
S’il faut préserver une liberté d’expression quasi-illimitée, il est crucial de nous sensibiliser à la formation de nos biais cognitifs. Dans Le Point, notre responsable des études, Baptiste Gauthey, et la doctorante en histoire comtemporaine, Madeleine Rouot, analysent le rachat de Twitter par Musk à la lumière des travaux de John Stuart Mill et de Gérald Bronner.
Peut-on tout dire ? La liberté d’expression est elle absolue ? Les agitations autour du rachat de Twitter par Elon musk reposent l’insoluble question morale de l’acceptable et du dicible dans la société. À l’aide de la pensée du philosophe John Stuart Mill, les deux doctorants plongent dans les méandres de la liberté d’expression.
Le philosophe anglais du XIX siècle figure parmi les premiers à avoir théorisé l’avènement d’un régime de « l’opinion publique » dans lequel l’individu éclairé, atomisé par la masse, cesserait d’influer sur le collectif pour se diluer en son sein au risque de s’y corrompre. À l’aide d’une métaphore tantôt bucolique, tantôt urbaine, Mill démontre l’effet pervers qui guette une liberté d’expression soumise à la massification de la société. Dans un petit village, un individu peu soumis à la concurrence prospérera sur son honnêteté afin de fidéliser sa clientèle et d’assurer sa réputation. Plongé dans une grande ville, ce même individu sera plus aisément tenté de recourir à la tromperie et à la manipulation pour se distinguer de ses concurrents et gagner en visibilité. Il en va de même pour un marché de l’information ultra concurrentiel assujetti à une temporalité de l’immédiat qui privilégie la rapidité et la quantité à la maturation et à la qualité. Ne dit-on pas, à juste titre, qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ?
« John Stuart Mill fut l’un des plus grands défenseurs d’une liberté d’expression quasi illimitée qui, selon lui, était la meilleure manière d’atteindre la vérité grâce à la confrontation permanente avec l’erreur. En revanche, il insista longuement sur l’importance de l’éducation et sur la nécessité de développer en amont un sens critique fort dès le plus jeune âge. »
Ainsi, les figures morales et sociales qui autrefois pouvaient se targuer, par la position qu’elles occupaient dans la société, d’être des boussoles intellectuelles capables de déjouer les embûches de la désinformation, sont désormais reléguées et discréditées par les trolls et les bots diffuseurs de contrevérités. Comme le rappelle Baptiste et Madeleine : le sociologue Gérald Bronner, en charge d’une commission visant à expliquer les ressorts de la désinformation en ligne, a bien nommé la chose en décrivant notre époque comme étant celle de « l’empire des croyances ».
« En agissant sur la façon dont les citoyens reçoivent et traitent l’information, on agit indirectement sur la structuration de l’offre et de la demande, on limite les défaillances du « marché de l’information » et on redonne à l’individu les moyens d’exercer pleinement sa souveraineté. »
La censure n’a cependant jamais été une option pour John Stuart Mill. Alors comment concilier la liberté d’expression avec ses aspérités négatives ? L’une des solutions réside dans l’éducation que l’on donne aux individus. Il est une chose d’asséner des vérités aux écoliers, il en est une autre de leur expliquer le protocole et les controverses scientifiques qui ont permis de les mettre au jour avant qu’elles ne fassent consensus dans la communauté scientifique. C’est un packaging globale qu’il faudrait enseigner, de la formation de nos biais cognitifs aux techniques rhétoriques : tout ce qui doit nous conduire à la formation d’esprits libres capables de trier l’information !
Pour lire la tribune dans Le Point, cliquer ICI.
Publié le 14/05/2022.
Dans L’Express, la féministe libérale Mathilde Berger-Perrin analyse la polémique sur l’autorisation du burkini dans les piscines grenobloises. Elle appelle à dépolitiser le vêtement féminin.
Notre bonne, vieille et douce France n’est pas avare en polémiques d’apparence risible. La dernière en date ? L’autorisation pour les femmes décrétée par Eric Piolle, maire de Grenoble, de porter un burkini dans les piscines de la ville. Mathilde Berger-Perrin rappelle que chez nos voisins allemands, à Göttingen, les femmes ont désormais le droit de nager seins nus en raison de l’égalité hommes-femmes et sans qu’une once de voix protestataire ne se soit élevée pour fustiger cette disposition.
« Tout comme je ne pense pas qu’une femme en bikini soit automatiquement une victime du patriarcat, je ne penserai pas que le burkini soit nécessairement le signe d’une domination masculine. Pourquoi ? Parce que je me refuse de penser à la place des autres. »
Doit-on voir là une forme de progrès social comme le prêche une frange du mouvement féministe (près de cent associations féministes se prononcent publiquement pour son autorisation) ? ou serait-ce le retour d’un obscurantisme clérical (il ne faut pas oublier que dans de nombreux pays le refus du port du voile est passible de la peine de mort) ? Pour Mathilde Berger-Perrin, on ne peut juger des intentions d’autrui sans risquer d’ouvrir la voie aux politiques totalitaires. Que le port du burkini soit contraint par la pratique religieuse intra-familiale ou qu’il soit un affichage identitaire, ce que l’essayiste regrette dans les deux cas, la puissance publique ne peut interdire aux individus de disposer librement d’eux-même au motif de leur intentions mais plus encore lorsqu’ils ne représentent aucun danger avéré. La jeune essayiste nous rappelle avec intelligence que personne n’a le monopole ni la même définition de la pudeur dans notre pays et que c’est là un point essentiel qui nous différencie des régimes autoritaires.
« Au nom du féminisme, militons pour que chacune puisse porter ce qu’elle veut. Défendre ou interdire un vêtement féminin, c’est mimer les pratiques des cultures oppressives. Il est surtout temps que le vêtement féminin ne soit plus politique. »
Déplorer le port du burkini est une chose, mener une croisade néfaste pour l’interdire en est une autre. Pour Mathilde Berger-Perrin, jamais ce genre de polémique n’aurait eu lieu dans le cadre d’une piscine privée définissant ses propres règles. En médiatisant ouvertement l’autorisation du birkini à des fins électoralistes et pour s’offrir un affichage politique de grande envergure, les politiques élus, à l’instar d’Éric Piolle, alimentent un capharnaüm désobligeant.
Afin d’en finir avec ce retour insidieux des lois somptuaires, Mathilde Berger-Perrin appelle à dépolitiser le vêtement féminin pour qu’enfin les femmes cessent d’être soumises à l’approbation de leurs congénères masculins.
Pour retrouver le billet dans L’Express, cliquer ICI.
Publié le 13/05/2022.
Pour le premier numéro de la revue Horizons, mouvement d’Édouard Philippe dont il n’est pas membre, Gaspard Koenig fait valoir notre système d’idées empreint d’une radicalité réaliste contre les utopies en tout genre et contre le réformisme sans ambition.
Le scientifique et humaniste Théodore Monod affirmait plein d’enthousiasme et d’espérance que l’utopie « n’est pas l’irréalisable mais l’irréalisé ». Peut-être, malgré lui, valait il mieux qu’il se trompe. Il faut se méfier de la dialectique utopiste qui n’a souvent d’autres fins que son corollaire : la dystopie. Tel est le sens du développement qu’offre Gaspard à la revue Horizons. Fantasmes d’intellectuels structurés autour de grands postulats et brandis comme des idéaux absolus, les utopies n’ont eu de cesse au cours de l’histoire d’alimenter les pires exactions. Abstraction de l’esprit humain, l’utopie justifie au nom de principes suprasensibles érigés en vérités universelles, la mise au ban, l’ostracisation ou la liquidation pure et simple de ce qui lui contrevient.
Philosophiquement, il a fallu attendre Karl Popper pour réfuter méthodiquement les aspirations utopistes, la simple démonstration de leur irréalisme n’étant pas suffisante pour les repousser. Seule une réfutation politique est à même de dévoiler le caractère néfaste de l’utopie. Gaspard citant Popper le résume bien, « les meilleures intentions de fonder le paradis sur terre ne réussissent qu’à en faire un enfer ». Pour Gaspard nulle utopie n’est souhaitable alors que le communisme et le fascisme semblent avoir laissé la place aux utopies islamistes et au transhumanisme de la Silicon Valley.
« Je me méfie de ceux qui veulent changer la société, ou pire encore, le monde comme on dit dans la Silicon Valley. Ils entendent nous modeler à leur image. »
Dès lors, que faire ? Popper a bien essayé d’apporter une réponse mais transposée dans le réel, elle n’a hélas pas convaincu. Professant la mise en place de réformes prudentes et progressives, « le piecernal social engeering » popperien a entrouvert la voie au néolibéralisme, au règne des experts et à la mise en place d’une gouvernementalité supposément raisonnable. Loin d’évacuer l’État, la gouvernementalité néolibérale l’a renforcé en le dotant d’outils de surveillance accrue et d’une nouvelle biopolitique faite d’injonctions et de nudge.
Ce règne infantilisant, au nom de l’efficience, de le rationalité managériale consacre la défaite de la pensée politique. Pire, elle gouverne le pays. L’utile ou « ce qui marche » fait pâle figure de boussole politique et s’impose à tous, sans contestation possible, comme marche (ou crève) à suivre. Ainsi, a-t-on pu voir se mettre en place durant la pandémie une politique du maintien de la vie au prix d’un « quoi qu’il en coûte » pour nos libertés. Invoquant tour à tour Sénèque, Montaigne ou Rousseau, notre fondateur s’étonne du basculement paradigmatique opéré durant la pandémie et qui a consisté à nous marteler que la longévité humaine est un absolu terrestre.
« Toute la philosophie des propositions que je porte est de maintenir un équilibre entre une approche systémique et des mesures très concrètes. »
Afin de trouver un juste équilibre entre l’utopie brutale et le réformisme technologique contemporain, Gaspard préconise alors de définir un nouveau système d’idées. Subtil équilibre intellectuel, ce système de pensée se doit d’être fluide et en mouvement pour ne pas se condamner à la léthargie intellectuelle. En outre, il doit accepter les contradictions qui l’entourent afin de les dépasser.
L’abbé de Condillac, figure du libéralisme classique au XVIIIe siècle, ne professait rien d’autre dans son traité des systèmes en « enjoignant le lecteur à se méfier des pensées trop rigides, des lectures trop fermées sur elles-mêmes ». Ce système, pour se réaliser et être fidèle à ce qu’il entend être, doit quitter la psyché – le monde des Idées si cher à Platon – pour se confronter au réel et devenir une praxis – une action de transformation de la nature à partir des données réelles. Gaspard rappelle à ce titre l’origine de la création de GenerationLibre, conçu modestement pour émettre des idées concrètement applicables en politiques publiques. De cet aller-retour naît une radicalité réaliste « inspirée des systèmes de pensées et respectueuse des équilibres de la société ».
« Un journal m’a situé à l’extrême-centre. Voilà une case qui me plait bien (…) le centre ne doit pas être timide. Par rapport aux autres familles politiques, il lui faut à la fois être plus radical et moins révolutionnaire. »
Contre les utopies en tout genre – sans immigrés pour Zemmour, sans inégalités pour Mélenchon -, la technostructure étriquée et incapable de sortir de sa prison mentale faite de bureaucratie et de normes tandis que l’élection présidentielle est devenue un simulacre démocratique. Gaspard propose une autre voie guidée par le libéralisme dont le premier principe est de faire confiance au plus petit échelon – l’individu, la commune, l’entreprise – à même de savoir ce qui est bon pour lui et de définir sa propre utopie. Gaspard invite à s’intéresser à nos propositions de politiques publiques : de la simplification à l’autonomie locale en passant par le revenu universel, des projets d’envergures mais à droit et budget constants. La force tranquille de l’extrême centre.
Pour lire l’article de Gaspard dans Horizons, cliquer ICI.
Pour consulter l’ensemble de nos travaux, cliquer ICI.
Publié le 11/05/2022.
Dans Les Echos, Gaspard Koenig voit dans la radicalisme de Pierre Mendès France un cheminement politique à embrasser contre la radicalité de Jean-Luc Mélenchon.
Faut-il voir la NUPES comme le mariage de la carpe et du lapin ? Voilà désormais quelques jours que tout le gratin médiatico-politique y va de son petit commentaire pour définir ce que certains jugent être une alliance contre-nature, d’autre un cartel électoral et d’autre encore une union politique. Le Parti Socialiste, traditionnel pôle magnétique de l’union, se serait soumis à la manière d’un récit houellebecquien aux chimères périlleuses de La France Insoumise. C’est bel et bien ce son de cloche quotidien qu’il faut atténuer selon Gaspard. En effet, les précédents accords de ce type réalisés sous l’égide du Parti socialiste, qu’il s’agisse du programme commun de 1972 ou de la gauche plurielle jospinienne de 1997, n’étaient pas exempts de propositions ô combien plus radicales – la rupture avec le capitalisme professée jadis par Mitterrand – ou du même acabit – la réforme des 35h impulsée par Martine Aubry avec Lionel Jospin.
Néanmoins, l’OPA mélenchonienne sur la gauche française n’est pas de manière à réjouir Gaspard qui rappelle à juste titre « le jacobinisme de raison et le robespierrisme de coeur » du prétendant auto-déclaré à Matignon. Cependant, contre vents et marées, un parti politique français situé sur la rive gauche de notre échiquier politique refuse cette clause léonine : le Parti radical de gauche. Premier parti politique de l’histoire de France, le Parti radical s’est érodé électoralement à mesure que les assemblées parlementaires françaises ont cédé le pas à la prédominance du pouvoir exécutif. Alors que l’histoire du Parti radical sous la Ve République oscille entre les unions et scissions de ses différentes sensibilités (l’aile valoisienne de centre-droit et l’aile de centre-gauche), il existe présentement trois entités issue du Parti radical dans notre champ politique : le Mouvement radical, le Parti radical de gauche et le Parti radical.
« Ceux qui, à gauche, croient encore en la liberté individuelle et cherchent à forger une alternative au mélenchonisme, seraient donc bien inspirés de s’intéresser au radicalisme. » Gaspard Koenig.
N’enterrons pas les morts trop vite. Le Parti Radical a fourni à la pensée de gauche quelques figures qui méritent notre attention. Pour Gaspard, l’éphémère président du conseil de la IVe et héraut du parti susmentionné, Pierre Mendès-France, en est une. Gaspard loue en premier lieu sa philosophie politique, « responsable, progressiste, soucieuse des équilibres budgétaires et tournée vers la science ». Il n’est guère étonnant de voir Gaspard s’intéresser à PMF en raison des points d’accords intellectuels qu’il entretien avec lui. Leurs visions sur les institutions concordent. Comme le fait Gaspard aujourd’hui en dénonçant l’hyperprésidentialisation de notre régime, PMF avait lutté en son temps contre l’instauration de la Ve République voulue par le Général de Gaulle décriant dans « La République Moderne » – ouvrage paru en 1962, année d’introduction du suffrage universel pour l’élection présidentielle – que choisir un homme sur la seule base de ses supposées compétences ou de son charisme était une abdication pour le peuple à se gouverner par lui-même.
« Les comptes en désordre sont la marque des nations qui s’abandonnent. » Pierre Mendès France.
Enfin, comme Gaspard, PMF dénonçait dans un accent « tocquevellien » les affres de la bureaucratie et de la technocratie en percevant dans ces deux phénomènes un « risque d’écrasement du citoyen ». Pour remédier au centralisme gaulliste, PMF dégageait une nouvelle perspective de « démocratie généralisée » consistant en l’instauration dans toutes les sphères de la société (assemblée locales dans les collectivités, démocratisation de la participation dans les entreprises ) d’une participation concertée entre tous les acteurs d’un système.
À la lumière du dernier ouvrage de Frédéric Potier « Pierre Mendès France, la foi démocratique », Gaspard perçoit dans l’oeuvre de PMF un projet politique dit de gauche aux aspirations européennes et décentralisatrices à opposer au centralisme planificateur de Jean-Luc Mélenchon.
Pour la chronique de Gaspard dans Les Echos, cliquer ICI.
Publié le 10/05/2022.
