Le Sénat, le libre arbitre et nos data – Gaspard Koenig

Lors d’un colloque organisé par Cyberlex, au Sénat, Gaspard Koenig défend le modèle de patrimonialité des data pour redonner du pouvoir à l’internaute face au GAFAM.

 

Philosophe de terrain, Gaspard a écumé les pays (États-Unis, Chine, Israël, Danemark, UK, France) dans le cadre d’un long reportage de trois mois sur l’écosystème professionnel de l’intelligence artificielle. Immergé dans ce monde du numérique, il a rencontré des chercheurs, des entrepreneurs ou des investisseurs et a pu saisir les ressorts de ce milieu ainsi que les questions philosophiques que pose l’immixtion de l’intelligence artificielle dans notre quotidien. Se disant choqué par ce qu’il a observé durant son voyage, il estime que la manipulation des algorithmes telle qu’elles est pratiquée actuellement par les acteurs du numérique est quelque chose d’inquiétant.

À la différence du philosophe Jacques Ellul, Gaspard ne pense pas que nos sociétés évoluent sous le joug d’un fatalisme technologique. Sur ce point, l’anthropologie, et notamment le dernier ouvrage de David Graeber et David Wengrow, semble lui donner raison en démontrant que les sociétés dites primitives avaient un rapport volontaire et intentionnel aux technologies. Si certaines d’entre-elles se sédentarisaient et choisissaient l’agriculture, d’autres alternaient des phases de nomadismes caractérisées par la chasse et la cueillette et des phases sédentaires agricoles. Le rapport à la technologie est donc le fruit de choix politiques divers et conscients.

« Dans le monde algorithmiques du nudge, les notions d’État de droit et de sujet de droit sont fortement remises en questions. Le sujet de droit est celui qui peut librement se déterminer. Plongé dans le monde technico-physique du déterminisme algorithmique, l’individu n’est plus responsable, ni coupable de rien. »

Néanmoins, nos sociétés contemporaines, par l’arrivée d’un discours et d’une pratique encensant la disruption numérique, nous empresse de repenser notre rapport juridique à la technologie. Ce nouveau discours aux accents révolutionnaires s’affranchit de l’État de droit au nom de l’innovation et de la capacité qu’auraient les algorithmes à anticiper nos préférences et donc à orienter nos comportements. Pour Gaspard, il est impératif que ce nouveau monde numérique conserve les préceptes fondateurs de notre modernité, tels qu’ils sont définis dans la déclaration universelle des droits de l’homme, parmi lesquels le droit de propriété et la liberté d’expression.

La notion de sujet de droit devient extrêmement complexe à saisir dans un monde fait d’algorithmes et de nudge en ce qu’elle implique de penser un libre arbitre dévolu à chaque individu permettant la réalisation d’actions librement consenties. L’historien Yuval Noah Harari pose cette question dans son ouvrage « Homo Deus » en imaginant et en souhaitant un monde où le nudge soit tellement puissant qu’il oriente l’individu de façon à optimiser son bien-être, à connaître l’individu mieux que lui-même et à définir ses préférences mieux qu’il ne le ferait. Sur le plan théorique, matériel et technologique, penser de cette manière revient à renoncer à l’idée du libre arbitre. Aux États-Unis, sous l’impulsion de diverses disciplines scientifiques – économie comportementale, les neurosciences et  psychologie cognitive – se met en place un consensus intellectuel qui vise à anticiper les décisions humaines et nos biais cognitifs afin de régler la sempiternelle controverse philosophique opposant déterminisme et libre arbitre. Gaspard ne peut se résoudre à s’insérer positivement dans les logiques algorithmiques utilitaires fondées sur la manipulation et donc sur l’extinction du libre arbitre in fine du sujet de droit. Cette conversion aux logiques algorithmiques fait fi de la question de la responsabilité des décisions prises. Comment juger le sujet de droit s’il n’a plus l’option de ne pas respecter la loi ?

« Si Facebook réalise actuellement des milliards de bénéfices trimestriels c’est en utilisant gratuitement la matière première qui échappe aux producteurs. »

Outre les problématiques éthiques posées par ce monde de la data, Gaspard estime que celui-ci fonctionne comme un système féodal. À l’image du serf qui donne toute sa production au seigneur en échange de sa protection contre la guerre, l’individu donne ses data sans pouvoir les contractualiser mais bénéficie d’un service biaisé en acceptant des conditions d’utilisation en sa défaveur. Pour Gaspard, la data doit rentrer dans le champ du droit de propriété car il redonne à l’individu son libre arbitre en lui permettant de définir et d’accepter ou non les modalités d’échange de ses données.

Ainsi, la patrimonialité des données changerait indéniablement le rapport de force avec les GAFAM. Les banques et assurances pourraient servir d’intermédiaires dans l’échange en stockant les données des individus, à la manière de nos comptes financiers, et en définissant les conditions de contractualisation des données entre l’individu et les plateformes. Patrimonialiser les données permettrait ainsi aux individus d’être rémunérés en toute conscience de l’usage qu’ils font de leurs données.

Dans ses deux rapports intitulés « Mes data sont à moi » et « Aux data citoyens », GenerationLibre plaide pour lutter contre le marché oligopolistique des grandes plateformes et pour l’introduction d’un système de prix, subtil équilibre entre marché et régulation, qui protège la confidentialité des internautes et les replace dans la chaîne de valeur du numérique tout en promouvant la concurrence dans un véritable marché.


Pour voir l’audition de Gaspard, cliquer ICI.

Pour relire l’article sur le débat Yuval Harari / Gaspard Koenig organisé partenariat avec Le Point, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Aux data, citoyens », cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

 

Publié le 25/07/2022.

« La liberté est une construction collective »- Gaspard Koenig

Invité par Rebecca Fitoussi sous le dôme du Sénat dans l’émission « Un monde, un regard » (Public Sénat), Gaspard Koenig détaille sa conception de la liberté. Contre le paternalisme ambiant et la complexité de notre société, il prône l’autonomie des individus et appelle à la simplification normative.

 

Pour Gaspard, l’idée développée par les philosophes des Lumières selon laquelle les hommes seraient en pleine volition dans un état de nature avant qu’un contrat social ne vienne les lier entre eux est un mythe. Au contraire, il estime que la liberté est une construction sociale. Les anthropologues nous ont montré que l’homme naît d’emblée en société. Se référant aux préceptes d’un libéralisme classique occidental, il pense que l’État a un rôle à jouer pour émanciper les individus en engageant une dialectique qui lui permette d’émanciper les individus de lui-même en leur donnant les moyens d’être aussi autonomes que possible.

Si l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen était réellement appliqué aujourd’hui beaucoup de choses seraient changées. En effet, affirmer comme le fait cet article qu’il est possible de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui est la définition la plus libérale de la liberté car s’il on ne peut pas faire ce qui nuit à autrui, il est en revanche possible de faire ce qui me nuit à moi-même. La France a renoncé à ce principe depuis les années 70 et la jurisprudence du Conseil d’État consistant à protéger l’individu contre lui-même. Matérialisé dans le débat d’antan sur le port de la ceinture obligatoire, l’abandon de ce principe se révèle très pernicieux et conduit au paternalisme actuel qui refuse d’accorder sa confiance à l’individu y compris avec l’aide d’intelligences artificielles qui l’orientent et jugent qu’il n’est pas capable de connaître ses propres préférences.

« La liberté est toujours quelque part contre le pouvoir, contre ce qui est officiel. »

Interrogé sur les mesures sociétales qu’il prône – légalisation du cannabis et du travail du sexe – et la capacité qu’ont les individus à faire des choix éclairés, Gaspard rappelle qu’en société l’objectif de l’État est justement de s’assurer du développement de l’autonomie de l’individu. Intellectuellement cela passe par l’éducation et doit matériellement se traduire par la mise en place d’un revenu universel – donner à chacun les moyens de subvenir à ses besoins de façon inconditionnel – qui donne aux gens les moyens de leur libre arbitre en supprimant l’argument de la contrainte économique.

Gaspard réaffirme qu’il n’est pas pour le port du birkini mais qu’il se positionne contre son interdiction. Si le port du birkini pose pas la question du libre arbitre, Gaspard juge que le problème est que l’on entre dans l’intimité de la conscience et que ces questionnements aussi légitimes soient-ils ne peuvent être résolubles par la loi. En ce sens, il se réfère à la conception libérale de la laïcité exprimée par l’historien Jean Baubérot pour qui cette question a été tranchée dans la loi de 1905 en permettant à chacun d’exprimer sa religion librement dans l’espace public. Il rappelle à ce titre qu’en 1905 les parlementaires avaient pris le soin de pas interdire le port de la soutane dans la rue. Toute critique nécessaire de la religion en tant qu’aliénation ne peut venir de l’État mais doit se reporter dans le débat intellectuel civil. Pour Gaspard, il sera d’autant plus facile de critiquer la religion d’être humain à être humain qu’on s’assurera que l’État ne légifère pas sur ces questions et se contentera de rester dans son rôle : assurer la coexistence pacifiée entre les individus d’une même société.

« La simplification est un sujet de justice et d’État de droit car elle conduit à l’intelligibilité de la loi par tous les citoyens. »

Enfin, sur son engagement en faveur de la simplification normative et fiscale, il estime que la question de la complexité est au cœur des problèmes du pays car la bureaucratisation engendre une forte privation de liberté. Il est nécessaire d’engager une réflexion fondamentale sur cette question puisqu’elle créer des injustices entre ceux qui sont proches des centres de pouvoir et ceux qui s’en trouvent éloignés. Les grandes entreprises et leurs lobbys ne rencontrent aucune difficulté à naviguer dans le labyrinthe normatif et produisent même d’avantage de normes pour éliminer la concurrence. Les citoyens lambda éloignés des centres d’informations se retrouvent confrontés à ce mur normatif et sont dépossédés de leur propre quotidien.


Pour voir l’entretien de Gaspard, cliquer ICI.

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Publié le 11/07/2022.

Notre revenu universel de retour à l’Assemblée nationale

Sur BFM TV, Gaspard Koenig salue les propos tenus par le député (MoDem) Jean-Louis Bourlangues qui a annoncé vouloir déposer une proposition de loi en faveur de notre modèle de revenu universel. Et si les réformes structurelles venaient de l’Assemblée ? 

 

Dans l’émission de Natacha Polony et aux côtés de Geoffrey Lejeune et d’Anne Saurat-Dubois, Gaspard a rappelé les vertus de la situation politique actuelle. Cette nouvelle Assemblée, sujette au compromis politique, oblige certaines formations à se confronter au réel et intime à toutes de rouvrir l’oeil sur des problèmes qu’elles n’avaient plus l’habitude de traiter pour proposer par elles mêmes des solutions. Les tensions et les contradictions qui parcourent les travées de l’Hémicycle sont source de richesse pour notre démocratie. L’objectif n’est pas de pérorer sur l’obtention de dénominateurs communs qui soient mous et creux mais de prendre exemple sur ce qui se passe chez nos voisins de l’autre côté du Rhin. La coalition au pouvoir en Allemagne permet aux Verts d’avoir un grand ministère de la planification écologique, aux libéraux d’avoir le ministère de l’économie et aux socio-démocrates de se concentrer sur les réformes sociétales.

« Je préfère des décisions qui émanent de l’assemblée des citoyens et que les gens peuvent s’approprier parce qu’ils se sentent représentés. »

Aussi, Gaspard se réjouit d’entendre le député MoDem et président de la commission des Affaires étrangères, Jean-Louis Bourlangues, annoncer vouloir déposer une proposition de loi en faveur de notre revenu universel. Avec GenerationLibre, dans le cadre du prélèvement à la source, il s’agirait d’un montant de 500€ versé automatiquement à tous les Français, en même temps qu’un impôt au taux proportionnel de 30% sur le revenu du mois qui précède, au premier euro près. Si pareille initiative, émanant de la majorité, semblait vaine pendant le quinquennat précédent, la configuration politique actuelle permet à l’Assemblée et à la majorité parlementaire d’être les forces motrices de propositions radicales.

« Tout le monde doit sortir de la logique présidentialiste y compris les députés. On voit sur le récent débat concernant l’inscription de l’IVG dans la Constitution que l’initiative vient de la majorité alors même que cela ne semble pas avoir été décidé par l’Élysée. »

Grâce à notre travail avec la députée (à l’époque Agir Ensemble) Valérie Petit pour ouvrir un débat sur le revenu universel à l’Assemblée, et si une proposition de loi déposée par le MoDem permettait de trouver une majorité d’action pour notre combat phare depuis 2014 : la mise en place de notre modèle de revenu universel ?

 

https://twitter.com/GLthinktank/status/1540361116227870720


Pour voir en intégralité le passage de Gaspard sur BFM TV, cliquer ICI.

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Pour relire notre article « L’assemblée nationale ouvre un débat sur le revenu universel », cliquer ICI.

 

Publié le 29/06/2022.

La simplification est un projet civilisationnel – Gaspard Koenig

Invité par le Cercle Droit & Liberté, Gaspard Koenig présente son idéal de simplification normative pour faciliter le quotidien des Français.

 

Dans le sillage du regretté anthropologue David Graeber qu’il affectionne, Gaspard se demande à quoi servent nos libertés fondamentales si celles-ci sont indubitablement obérées, au quotidien, par des micro-normes que l’on ne peut pas connaître. Graeber lui-même disait, non sans provocation, qu’au bout du compte, un paysan ayant vécu au temps de Louis XIV n’était pas finalement moins libre que nous dans la mesure où il n’avait que très peu de chances de croiser la route du pouvoir arbitraire auquel il était soumis.

Montaigne, lui même juriste, reconnaissait déja en son temps qu’il y avait trop de règles et de lois dans le Royaume de France et préconisait que la loi soit simple et concise. Pour autant, il affirmait que la souveraineté ne touche jamais plus de deux fois un gentilhomme, en d’autre termes qu’il était facile d’échapper à cette surabondance normative. Pour Gaspard, la différence majeure entre notre époque et celle de Montaigne se trouve dans le caractère inéluctable de la rencontre avec cette démesure normative. Autrement dit, l’espace est fermé et il devient impossible de ne pas être confronté à la complexité du système administratif qui étouffe les individus dans leur quotidien.

« Loin de n’être qu’un sujet administratif et de paperasse, la simplification est un sujet civilisationnel si tant est qu’on la prenne au sérieux. »

Depuis Pompidou et son « il est temps d’arrêter d’emmerder les Français », aucun président n’a su réaliser de simplification substantielle de nos codes juridiques. Des commissions sont créées ici et là pour étudier la suppression de certaines normes sans que de réels effets ne se produisent sur le quotidien des Français. Gaspard propose une nouvelle approche paradigmatique dans la manière d’appréhender les politiques de simplification. Partant du principe que la simplification est le sujet politique prioritaire, il convient de ne plus se focaliser sur les normes à retirer mais de savoir lesquelles vont être gardées.

Avec cette méthode il est possible de réaliser un code fiscal de deux pages qui soulagerait les Français par sa clarté et son principe égalitaire. Dans le cadre de notre modèle de revenu universel, tous les individus payent 30% d’impôt sur leurs revenus afin de pouvoir prétendre au 500€ de revenu universel. Si Gaspard reconnaît que cela peut paraître beaucoup pour certaines personnes, la mesure a le mérite d’être la même pour tous et d’en finir avec cette compétition généralisée où chacun cherche à tirer profit du système pour s’insérer dans les niches ou statuts avantageux.

« À partir d’un principe clair, il est assez simple de comprendre qui respecte la loi. »

Pour Gaspard, il faut s’imaginer les 450 000 lois existantes comme un échafaudage à retirer afin de revoir la maison. Ainsi, il faut remonter aux principes de chaque code législatif pour qu’eux seuls aient valeur de loi. Faire reposer notre droit sur des principes clairs et de bon sens n’est pas le dévaluer. Au contraire, c’est partir de l’idée que l’on possède un langage commun et qu’à partir d’un principe clair il est plus facile de comprendre qui triche et qui ne triche pas. À l’issue d’un travail politique de deux à trois ans, chaque citoyen se verrait remettre un livre de format standard expliquant de façon simple les principes et les règles qui régissent la vie. En revanche, Gaspard reconnaît une exception pour le droit pénal. La complexité de sa procédure est protectrice du plus faible, donc de l’accusé. Dans le champ de la liberté d’expression, il est plus difficile d’avoir gain de cause dans le cas d’un dépôt de plainte pour diffamation car la procédure est complexe et protège la liberté d’expression.

Ne serait-ce pas confier encore plus de pouvoir au juge au risque de voir se former un gouvernement des juges ? Gaspard entend transposer du droit administratif au droit civil : le principe d’intervention en cas d’erreur manifeste. L’idée est qu’à partir des grands principes législatifs, les individus se débrouillent entre eux et créent un espace intuitif qui ne soit plus fondé sur la suspicion. Le juge interviendrait en cas d’erreur ou de litige manifestes entre deux parties.


Pour voir l’intervention de Gaspard, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Pour une révolution normative », cliquer ICI.

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Publié le 28/06/2022.

« Start-up nation » : grandeur et décadence

Sur Cnews et dans Le Point, Christophe Seltzer, directeur de GenerationLibre, dénonce un quinquennat d’hyperprésidentialisme à rebours du projet initial d’Emmanuel Macron. 

 

Mais où est donc la « start-up nation » ? Cet idiome, dont Le Point rappelle qu’il a été formulé par Emmanuel Macron devant un parterre d’acteurs du numérique lors du salon Viva Technology de juillet 2017 à Paris, n’avait pas manqué sa cible et suscité les espérances d’une société civile en attente de changements. Terme polysémique, le verbatim « start-up nation » annonçait aussi bien de grandes transformations économiques qu’un changement paradigmatique dans la façon d’exercer le pouvoir.

« Avec la « start-up nation » on nous a promis une révolution. Elle n’a pas eu lieu. »

Interrogé par Kevin Badeau, journaliste au Point, notre directeur déplore que cet aggiornamento soit resté lettre morte, pis que la pratique du pouvoir par le Président de la République se soit caractérisée par un adjectif antinomique : « jupitérien ». Selon Christophe, le quinquennat qui vient de s’écouler a même renforcé l’hyperprésidentialisation du régime. Dissonance cognitive ?

Pour Christophe, ces cinq ans sont l’objet d’amers regrets. Si le candidat s’était montré disruptif, le président est resté conservateur. À ceux qui l’imaginaient progressiste, Christophe rappelle le maintien voire renfort de mesures coercitives sur la consommation de cannabis et l’absence d’ouverture en faveur de la GPA. À ceux qui le pensaient girondin, Christophe rappelle la recentralisation de la fiscalité, notamment avec la suppression de la taxe d’habitation. À ceux qui le désignaient « start-uper », Christophe rappelle que la verticalité présidentielle n’a jamais été aussi forte en témoigne le Parlement rapporté à une chambre d’enregistrement. À ceux qui le dépeignaient meilleur garant de la démocratie libérale, Christophe rappelle l’affaiblissement des droits fondamentaux dès le mois d’octobre 2017 où une loi introduisait dans le droit commun des dispositions de l’état d’urgence contre le terrorisme de 2015.

« Si on imagine la France comme une “start-up nation”, on casse la verticalité du pouvoir et on rompt avec le paternalisme. »

Nouveau quinquennat, nouvelles espérances ? Cette fois-ci le programme est clair, il faut que rien ne change pour que …. rien ne change. Candidat à sa réélection, Emmanuel Macron ne s’est pas réinventé. Sur Cnews, le directeur de GenerationLibre regrette son manque d’ambition. Un exemple emblématique : la proposition du report de l’âge légal de la retraite à 65 ans qui marque même un recul par rapport au projet de réforme par points, plus matriciel, amorcé en 2019.

Pourtant Christophe est formel, des propositions pour un camp politique d’ « extrême-centre », il y’en a. À commencer par une décentralisation du pouvoir selon notre modèle de subsidiarité ascendante – un mouvement de décentralisation qui permette aux collectivités territoriales de s’autosaisir des compétences qu’elles souhaitent exercer et de prélever directement des impôts pour ce faire – que notre directeur rappelle dans l’émission. Au fil du commentaire de l’actualité, il revient sur d’autres de nos propositions emblématiques : dividende carbone, modèle de retraite sans âge légal de départ, prisons ouvertes, légalisation du cannabis … Sans être follement révolutionnaires, des changements de politiques publiques plus tranchés qui répondraient autant aux légitimes attentes des Français sur le pouvoir d’achat ou l’effectivité de la police comme de la justice.

Pour sortir de ce présidentialisme infantilisant, il faut réhabiliter un débat institutionnel entre forces politiques antagonistes qui représentent les diverses sensibilités des Français. Pour qu’advienne réellement la « start-up nation », il n’est pas tant besoin de gadgets démocratiques que d’une Assemblée nationale qui retrouve son pouvoir.


Pour revoir le passage de Christophe sur Cnews, cliquer ICI.

Pour lire le commentaire de Christophe dans Le Point, cliquer ICI.

Pour relire notre rapport, « Décentraliser par le principe de subsidiarité ascendante », cliquer ICI.

Pour relire notre rapport, « Fiscalité locale : Oser le pacte girondin », cliquer ICI.

 

Publié le 31/03/2022.

Ukraine, présidentielle, Corse : le regard de Christophe sur l’actu

Invité sur Cnews, notre directeur Christophe Seltzer analyse les sujets qui font l’actualité en compagnie de Laurence Sailliet, Bastien Lejeune et Alexandre Melnik. 

 

Guerre en Ukraine : attention aux pièges du nationalisme et des empires. 

Interrogé sur l’exode des réfugiés ukrainiens, Christophe plaide pour l’accueil de tous les Ukrainiens désireux de rejoindre la France et, contrairement à Bastien Lejeune, qui souhaiteraient s’y établir durablement. Il s’étonne qu’en 2015, les réfugiés syriens n’aient pas bénéficié du même enthousiasme alors que la plupart des économistes démontrent les gains économiques de l’immigration. Surtout quelle différence entre les réfugiés d’un continent ou d’un autre ?

Faut-il qualifier Poutine de dictateur ? Christophe refuse de l’affubler d’un tel qualificatif. Pour le directeur de GenerationLibre, s’exprimer de la sorte déclencherait un engrenage dont-on comprend bien qu’il serait néfaste à tous. Au contraire, il exhorte à opposer aux velléités impériales une diplomatie multilatérale.

Campagne présidentielle : démocratie partout, débat nul part ?

Christophe se désole de l’état de la campagne actuelle : entre la non-équité de traitement entre les différents candidats – Jean Lassalle pas invité sur TF1 – et l’absence de débats frontaux – Macron s’y refusant -, il pointe la faiblesse démocratique de cette élection. Si Christophe comprend que le temps médiatique est légitimement pris par le conflit ukrainien, c’est précisément au nom de la démocratie que l’on veut défendre là-bas, qu’il faut continuer à la faire vivre ici en France.

Il se montre pressé de consulter le programme d’Emmanuel Macron dont il espère qu’il contiendra des réformes de fond, par exemple une transformation des institutions autour d’une décentralisation du pouvoir et d’une dé-présidentialisation de la France ou encore des propositions de politiques publiques ambitieuses comme notre revenu universel. Ne pouvant pas se représenter en 2027, il n’aurait rien à perdre pour prendre au sérieux la radicalité du centrisme.

Essence et fin du mois ? Dividende (carbone) et revenu universel !

Devant la montée du coût de la vie et l’envolée des prix du carburant, Christophe rappelle une évidence : c’est la guerre. Il est de fait normal que l’on observe une raréfaction de l’offre par rapport à la demande. Aussi, il développe l’idée selon laquelle il faudrait redistribuer une partie des recettes des taxes actuelles, de façon égalitaire, à l’ensemble des Français sous forme d’un dividende versé à la source – sur lequel GenerationLibre travaille. D’ailleurs, ne cédons pas sur l’écologie : ces taxes et ce dividende doivent continuer à intégrer le prix de l’émission de Co2 – le prix de la pollution. Face à Laurence Sailliet, il rappelle que l’augmentation du prix de l’essence ne se fera pas seulement sentir à la pompe mais se répercutera dans le prix des biens de consommation.

Si Christophe salue dans les propos de Gabriel Attal et de Richard Ferrand l’idée de l’automaticité du versement du RSA – en miroir du prélèvement de l’impôt à la source, il dénonce le durcissement des conditions pour l’obtenir. Dans la majorité présidentielle, on semble malgré tout à deux doigts de toucher au mécanisme d’un revenu universel ! Avec GenerationLibre, dans le cadre du prélèvement à la source, il s’agirait d’un montant de 500€ versé automatiquement à tous les Français, en même temps qu’un impôt au taux proportionnel de 30% sur le revenu du mois qui précède, au premier euros près. Face à Laurence Saillet, il explique que la modicité des 500€ – un filet de sécurité – ne dé-incite en rien au travail.

 

https://twitter.com/GLthinktank/status/1504048290190565380?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1504048290190565380%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_c10&ref_url=https%3A%2F%2Fpublish.twitter.com%2F%3Fquery%3Dhttps3A2F2Ftwitter.com2FGLthinktank2Fstatus2F1504048290190565380widget%3DTweet

 

 

Corse : oser le pacte girondin.

Questionné brièvement en fin d’émission sur les évènements qui agitent l’Île de Beauté, Christophe affirme la nécessité d’enclencher, sur tout le territoire national, un mouvement de décentralisation qui permette aux collectivités territoriales – pas seulement la Corse – de s’auto-saisir des compétences qu’elles souhaitent exercer et de prélever directement des impôts pour ce faire.


Pour voir l’émission, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Oser le pacte girondin », cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Comprendre le socle citoyen – un revenu universel pour tous », cliquer ICI.

 

Publié le 16/03/2022.

Pass sanitaire : « Le Gouvernement a perdu la raison. » Gaspard Koenig

En vidéo pour Le Figaro, au micro de Sud Radio et dans La Semaine, Gaspard Koenig estime que la mise en place du pass sanitaire constitue une atteinte grave aux libertés publiques.

 

Selon Gaspard, le simple fait de renseigner son état de santé et son identité avec code QR présage des pires dystopies. Une fois instauré, pourquoi le pass sanitaire ne serait pas pérennisé ? Après tout, l’état d’urgence mis en place pour lutter contre le terrorisme ou contre la pandémie a déjà permis d’instituer durablement des mesures présentées a priori comme étant « exceptionnelles ».

« Le pass sanitaire fait prendre un risque énorme à nos libertés pour un gain sanitaire qui est, au mieux, marginal. »

À partir du moment où présenter son pass sanitaire à l’entrée d’un établissement devient la norme, Gaspard imagine que l’on puisse y ajouter toutes sortes d’informations : casier judiciaire, déclaration fiscale, etc. On met en place une structure dont on ne sait ce qu’elle va donner. Gaspard questionne aussi l’efficacité du pass sanitaire qui n’est autre qu’une mesure d’atténuation de l’épidémie.

« Le fait que la vaccination soit aujourd’hui universelle, gratuite et disponible pour tous change complètement la perception que l’on doit avoir de la protection des individus. »

Au début de la pandémie, la population encourait un risque dont elle ne pouvait se protéger. Si l’instauration de mesures collectives (confinement, couvre-feu) pouvait alors se discuter, Gaspard explique que la situation est différente aujourd’hui.

« Pour le contrôle du pass, on parle déjà de tolérance. On sait très bien que c’est inapplicable. Tout cela affaiblit considérablement l’État de droit : cela veut dire que la loi n’a plus tellement de sens. »

Avec le pass sanitaire, Gaspard déplore une mesure inapplicable qui crée un risque d’anarchie. Le pass sanitaire implique d’un côté une tolérance de la part des autorités pour la plupart des gens et, de l’autre, des mesures de sanction pour quelques fautifs pris sur le fait. On construit quelque chose que personne ne prendra vraiment au sérieux.


Pour voir la vidéo du Figaro avec Gaspard, cliquer ICI.

Pour voir l’intervention de Gaspard chez Sud Radio, cliquer ICI.

Pour lire l’entretien de Gaspard dans La Semaine, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Covid-19 : une analyse coûts-bénéfices des confinements », cliquer ICI.

 

Publié le 28/07/2021.

Laïcité : « Laisser croire, laisser vivre. » Gaspard Koenig

Invité au lancement des « États généraux de la laïcité », organisé par la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa, Gaspard Koenig exprime ses doutes sur la notion de laïcité à la française. 

 

Laisser croire. Gaspard rappelle que la laïcité permet de croire et de ne pas croire. Elle permet de défendre les religions mais aussi de les critiquer. La laïcité aménage une zone de débat, une zone de tensions raisonnées. Gaspard ajoute que le principe de laïcité met la loi sur un autre plan que la morale, la foi, le combat culturel, idéologique et intellectuel. Chacun peut donc vivre sa foi de manière totalement libre. Simultanément, il ne s’agit pas d’abandonner la critique de la croyance au sein de l’école.

« Nous devons prendre garde à ne pas rétablir le blasphème par la porte du respect. »

Laisser vivre. Gaspard estime que deux conceptions s’opposent sur cet aspect. La première, la laïcité intégrale, préconise d’interdire le port de signes religieux dans l’espace public. Or, Gaspard pense que l’on ne peut pas « couper l’individu entre un être de foi totalement intime et, de l’autre côté, un personnage dans l’espace public qui, lui, devrait être neutre ». La seconde conception est celle de la laïcité libérale, telle que par que décrite par Jean Baubérot et conceptualisée par la loi de 1905.

« On est en train d’intégrer dans la laïcité, dans cette laïcité intégrale, une forme de mode de vie que l’on aimerait imposer à des cultures qui nous dérangent. »

Gaspard s’inquiète qu’avec le projet de loi confortant le respect des principes de la République, dit « projet de loi contre le séparatisme », la laïcité intégrale prenne le dessus sur la loi de 1905. Pour lui, certaines dispositions incluses dans le projet de loi comme la lutte contre le communautarisme, l’égalité hommes/femmes ou l’interdiction du port de signes religieux, n’ont rien à y faire.

« Je pense que la France devrait cesser de mettre ces questions au coeur du débat public. Ce que nous dit justement la laïcité est de tolérer la diversité des pratiques sans trop en parler. Il faut parfois savoir se taire. »

L’intervention de Gaspard en 8 minutes :


Pour voir la conférence, cliquer ICI.

Pour (re)lire « Pour Gaspard Koenig, l’État de droit vaut mieux que la République », cliquer ICI.

 

Publié le 18/07/2021.

Covid-19 : retrouverons-nous toutes les libertés ?

Invité dans l’émission « Où va la France » d’Éric Brunet sur RTL, Christophe Seltzer échange avec le médecin Bruno Megarbane et le philosophe Pierre-Henri Tavoillot sur la fin des mesures sanitaires. 

 

Christophe rappelle l’idée à l’origine de la création de l’Observatoire des Libertés Confinées : veiller à ce que toutes le libertés restreintes pour contenir la propagation du virus nous soient rendues à la fin de la crise. Ces restrictions sont classées selon quatre domaines précis : l’état de droit et la démocratie, les libertés publiques, les libertés économiques et le droit du travail.

« Nous pouvons déjà affirmer que toutes les mesures que nous recensons ne seront pas abrogées. »

À ce jour, notre think-tank comptabilise 21 mesures de restriction encore en vigueur, 8 mesures partiellement levées et 22 mesures levées.

Christophe souligne que les mesures que nous recensons peuvent créer des précédents dans le droit qui vont à l’encontre de libertés et des droits fondamentaux. En mars 2020, l’état d’urgence a été voté dans un délai inférieur à quinze jours, contrairement à ce que prévoyait la Constitution. Christophe constate que l’on a donné ici définitivement un peu plus de pouvoir à l’exécutif qu’auparavant.

« La France a été l’un des pays les plus coercitifs d’Europe en matière de gestion de crise sanitaire. »

Christophe estime que l’organisation du pouvoir en France pose problème en raison de sa centralisation. Par exemple, nous sommes sortis de l’état d’urgence sanitaire mais le Premier Ministre dispose de droits exceptionnels (jusqu’en septembre) qui lui permettent de le mettre à nouveau en place dès qu’il le souhaite.


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Publié le 20/06/2021.

La jeunesse, victime invisible de la crise – Maxime Sbaihi

Invité sur B Smart, Maxime Sbaihi analyse les risques qui pèsent sur l’avenir de la jeunesse dans une situation sanitaire et démographique qui la défavorise. 

 

Maxime rappelle que la jeunesse a toujours été une variable d’ajustement des crises mais qu’aucune jeunesse française n’a vécu une telle situation. 

Maxime observe un « renversement anthropologique » dans notre rapport à la mort et à la vieillesse alors que dans les années 1960, la très meurtrière grippe de Hongkong n’avait pas donné lieu aux mesures sanitaires que nous connaissons.

« Ce qui est assez particulier c’est que pendant cette crise, on interdit à la jeunesse d’aller à l’université, de se mélanger, de voyager, de vagabonder, et pourtant, ce virus ne la touche pas. » 

Maxime souligne que le virus touche injustement les classes d’âge. Les arbitrages du Gouvernement ne sont pas assez discutés à ses yeux. La volonté de sauver des vies correspond en réalité à une prolongation du temps de vie des plus vulnérables. Pour Maxime, il faurait clarifier l’arbitrage en y intégrant le nombre de vies perdues ou raccourcies par les mesures sanitaires afin de parvenir à un véritable débat démocratique sur la gestion de la crise.

« Il y a une grande injustice pour la jeunesse d’un point de vue démographique, économique et sanitaire. » 

Maxime s’inquiète du déséquilibre démographique en défaveur de la jeunesse. Il souligne que le taux de pauvreté chez les jeunes est trois fois plus élevé que chez les seniors.

« Les crises ont un impact économique fort sur les parcours individuels avec un effet cicatrice sur les carrières. » 

Maxime explique que les crises provoquent un effet cicatrice sur les carrières, auquel les jeunes sont particulièrement vulnérables. Lorsqu’un individu est sur-qualifié ou sous-payé en début de carrière, il lui est quasiment impossible de rattraper ce retard tout au long de sa carrière. 


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Publié le 20/01/2021.

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