Pour un parlementarisme rationalisé

Invité sur le plateau de LCP pour son dernier ouvrage, Gaspard Koenig s’oppose à la conception gaullienne et unificatrice de la démocratie et appelle à revenir au parlementarisme rationalisé de la Ve République.

 

Invité pour la sortie de son essai « Contr’un », Gaspard admet mener un combat utopiste contre l’élection présidentielle au suffrage universel : ce n’est pas la volonté des gens au pouvoir de « scier la branche sur laquelle il sont confortablement assis ». Il soulève cependant la demande des Français pour plus de représentativité (60 %), d’après un récent sondage Ifop pour GenerationLibre.

« Les Français associent l’élection présidentielle à ce système très plébiscitaire, très bonapartiste, et aspirent, je le pense, à quelque chose de beaucoup plus responsabilisant. »

Pour Gaspard, le président de la Ve République post-1962 est une réification de Dieu qui partage les mêmes attributs : omniscience, omniprésence et omnipotence. Cette fonction d’hyper-président a été pensée par et pour le Général de Gaulle, ainsi que pour ses successeurs qu’il anticipait comme médiocres et qui bénéficieraient des larges prérogatives de la Ve République pour asseoir leur position de ‘maître’ du peuple. Gaspard s’inscrit en faux contre cette notion essentialiste de ‘peuple homogène’.

« Il y a une conception [gaullienne] de la démocratie qui est ‘un homme et un peuple’, et il y en a une autre beaucoup plus démocratique et fidèle qui sont ‘des citoyens qui délibèrent pour se donner des lois’ et pas pour se choisir un maître »

Déjà, dans deux ouvrages publiés en 1576, on retrouve cet antagonisme idéologique entre les visions gaullienne et koenigienne avec « Les six livres de la République » dans lequel Jean Bodin définit la « souveraineté une et incarnée » et le fameux « Traité sur la servitude volontaire ». C’est dans ce dernier essai, auquel Gaspard se réfère, qu’Étienne de La Boétie affirme que « nul ne doit obéir à un de ses semblables ».

« Pendant la IIIe République, on a fait les grandes lois républicaines du début, on a traversé la Belle époque (prospérité économique), traversé une Guerre mondiale sans recourir à la dictature… Il faut réfléchir au régime qu’on a déjà eu, qui ressemble un peu à la Ve République de 1958, qui est en fait du parlementarisme rationalisé. »

Si Gaspard se félicite de la plus grande diversité des courants politiques dans la nouvelle législature élue en 2022 (la XVIe de la Ve République), il regrette que les députés ne soient pas plus enclins à s’organiser en coalitions et fassent de leur réélection un enjeu principal. Pour sortir d’un système présidentiel vicié, Gaspard invite à s’inspirer de nos voisins allemands – dont le président n’est pas censé incarner la nation – et de notre IIIe République – régime qui a traversé les crises et qui demeure le plus long de l’Histoire de France post-révolutionnaire.


Pour voir l’émission de Gaspard sur La chaîne parlementaire, cliquer ICI.

Pour lire notre billet « Les Français contre l’hyper-présidentialisme », cliquer ICI.

 

Publié le 24/01/2023.

Uniforme à l’école : à chaque établissement de décider !

Face à Natacha Polony sur C l’hebdo, Gaspard Koenig renvoie le débat sur l’uniforme à la concertation locale entre directeurs d’établissement, instituteurs et parents d’élèves. Au nom de notre combat pour l’autonomie des établissements scolaires.

 

Dans un débat animé sur l’instauration de l’uniforme à l’école, Gaspard prend le parti de l’autonomie et renvoie ce débat au plan local. Natacha Polony défend la mise en place d’un « vêtement commun » au nom de l’égalité entre élèves à l’école, permettant d’effacer, en plus des signes religieux, les marqueurs sociaux. Sans y être farouchement opposé, Gaspard dit apprécier la diversité vestimentaire dans un lieu qui, rappelle-t-il, ne se limite pas à apprendre mais aussi à socialiser.

« Je pense que l’Education nationale souffre énormément de sa rigidité et de son désir d’uniformité. Monique Canto-Sperber rappelle très bien que les lois de 2005 et 2013 donnent déjà de l’autonomie aux établissements mais qu’ils ne s’en saisissent pas assez. C’est exactement la même chose sur l’uniforme. » Gaspard Koenig

Gaspard dit avoir observé sur ses propres enfants qui ont été scolarisés en Angleterre comment l’uniforme et le sentiment d’appartenance à une communauté génère « des comportements sociaux assez conventionnels, y compris ensuite à l’âge adulte ». Il invite toutefois les chefs d’établissement, instituteurs et parents d’élèves à se concerter afin d’expérimenter localement le port de l’uniforme. En cas d’expériences réussies, d’autres établissements seraient nombreux à emboîter le pas.

« Je constate une tension au sein de ce Gouvernement entre le désir d’autonomie des établissements qui est une des choses les plus intéressantes mises sur la table aujourd’hui et les vieux réflexes infantilisants. » Gaspard Koenig

Cet « ordre spontané » rejoint la philosophie d’autonomie que Monique Canto-Sperber détaille dans notre rapport « Un contrat pour les établissements scolaires ». Conclu entre l’établissement, l’Etat et les collectivités territoriales, ce contrat définirait une stratégie de moyens et une ambition pédagogique offrant à l’établissement une autonomie de gestion, financière et pédagogique.

« Dans la plupart des pays qui l’autorisèrent par la loi,
l’existence des « écoles libres » a conduit dans l’ensemble à des
améliorations en matière de réussite scolaire des élèves.
 » Monique Canto-Sperber


Pour voir l’émission, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Un contrat pour les établissements scolaires », cliquer ICI.

 

Publié le 17/01/2023.

La démocratie sans débat ?

Au micro de Sud Radio, notre chargé d’études Rafaël Amselem s’inquiète du recul de la démocratie dans le monde et dénonce les termes du débat sur les retraites.

 

Aux côtés de la conseillère régionale LR d’Île-de-France Alexandra Szpiner et du vice-président de Territoires de Progrès Ergun Toparslan, Rafaël commence par un coup de gueule, dans lequel il exprime sa crainte du devenir démocratique. Le plateforme dirigée par « Oxford Our World in Data » montre en effet que la part de la population mondiale vivant dans un régime démocratie est passée de 50 à 29 % en dix ans à peine.

« Il y a un phénomène – souligné par François Sureau, dans la lignée de Tocqueville et de Constant – de lassitude vis-à-vis de la politique, un individualisme montant très inquiétant sur le plan de la sauvegarde de la démocratie. »

Ce recul démocratique mondial s’étend, dans une moindre mesure, au sein même des démocraties comme l’explique Gaspard Koenig dans sa première chronique de l’année 2023. Pour Rafaël, cette fragilité a trait en France à l’hyperprésidentialisme auquel GenerationLibre propose de mettre un terme dans le recueil « Déprésidentialiser la Ve République ».

« Il faut poser sur la table l’introduction au sein de notre système de retraites d’une part de capitalisation. On ne peut pas avoir l’incohérence de la gauche qui nous explique ‘c’est scandaleux les dividendes’ et empêcher la population d’accéder à ces dividendes là. »

Au lendemain des annonces d’Elisabeth Borne sur les retraites, Rafaël se réfère aux travaux des économistes Erwann Tison et Maxime Sbaihi qu’il rejoint sur la nécessité de repenser le système des retraites pour retrouver de l’équité intergénérationnelle. Dans son élan, Rafaël pose la question de l’introduction d’une part de capitalisation dans le système de retraites « parce que d’autres pays le font, que ça marche, que ça permet d’avoir des retraites plus confortables ».


Pour écouter l’émission dans son intégralité, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « La retraite quand je veux », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République », cliquer ICI.

 

Publié le 13/01/2023.

Un libéralisme gaulois ? – Gaspard Koenig

Invité aux Journées de l’économie pour une table ronde animée par Pascal Riché, directeur adjoint de L’OBS, Gaspard Koenig raconte comment le libéralisme « gaulois » a façonné l’Etat français, pour émanciper l’individu contre la tribu.

 

Invité à une table ronde intitulée « L’Etat, jusqu’où ? » aux Jéco à Lyon, Gaspard fustige l’amalgame entre libéralisme et néolibéralisme des années 1980, alors que ce dernier n’en est qu’une variante économiciste. Il rappelle que le libéralisme est une doctrine humaniste et française, née des physiocrates et de Pierre de Boisguilbert contre les corporations et taxes aux frontières intérieures défendues par Jean-Baptiste Colbert.

« On continue, dans le think tank que j’ai fondé, à promouvoir et renouveler cette doctrine [libérale classique] qui est parfaitement valide aujourd’hui. »

En écho aux écrits de Durkheim expliquant qu’étatisme et individualisme ont été main dans la main, Gaspard raconte comment l’Etat moderne a émancipé l’individu, lui permettant d’assumer sa singularité et ses choix de valeurs contre la tribu. Il distingue cette conception française, dont il se revendique, du libéralisme anglosaxon qui, lui, s’érige contre l’Etat : c’est Edmund Burke contre Thomas Paine.

« Dans l’histoire, on n’est jamais revenu sur un système présidentiel de manière pacifique sans guerre, sans faillite, sans barbare. »

En réaction à la demande populaire d’une plus grande intervention de l’Etat, Gaspard se réfère à Patrick Artus pour qui « la norme se construit par refus du risque ». Si le discours de simplification est généralement bien accueilli par les gens, Gaspard se lamente du blocage des idées libérales par les partis politiques qu’il explique par l’élection présidentielle au suffrage universel direct, qui entretient un « absolutisme inefficace » comme le critiquait déjà Jean-François Revel.

« Sans responsabilité fiscale, ça ne sert à rien de parler de décentralisation et d’autonomie. »

Plutôt que de décentralisation – qui se résume à un transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités sans autonomie de gestion ni de responsabilité démocratique – Gaspard préfère parler d’autonomie locale. Il suggère l’idée d’une subsidiarité ascendante – thème que GenerationLibre porte depuis bientôt trois ans – qui élargit le spectre des formes de gouvernance. Par ailleurs, la France compte déjà une région autonome : l’Alsace-Moselle qui en plus d’un système de « non-laïcité », dispose de son propre droit des assurances et de l’héritage.


Pour voir l’intervention de Gaspard aux Jéco, cliquer ICI.

Pour lire notre billet « Les Français contre l’hyper-présidentialisme », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

 

Publié le 13/12/2022.

« On ne résout pas le désordre par l’autorité » – Gaspard Koenig

Au micro de Christophe Barbier sur Radio-J, Gaspard Koenig propose un référendum d’initiative partagée pour mettre un terme à l’élection présidentielle au suffrage universel direct.

 

Invité pour la sortie de son essai « Contr’un », Gaspard identifie la crise institutionnelle comme mère de toutes les autres. Comme ce fut le cas pour les « gilets jaunes », c’est par le sentiment d’échapper à la maîtrise de son destin que s’installe une révolte contre celui qui « peut tout et qui est donc responsable de tout » : le président de la République.

« Elire directement le chef du pouvoir exécutif, ce n’est pas porter des idées mais se donner un maître et ensuite prier pour qu’il soit bien intentionné. »

Sur base de la subsidiarité ascendante proposée par GenerationLibre, Gaspard plaide pour une décentralisation aux niveaux local et des entreprises qui s’inspire de ce que Pierre Mendès France appelait une « démocratie généralisée ». Faute de volonté politique, seul le référendum d’initiative partagée (RIP), que Gaspard propose, permet d’aboutir à la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct.

« Pierre Rosanvallon montre bien que c’est le coup de force de De Gaulle en 1962 qui légitime le système présidentiel dans le reste du monde. Senghor l’adopte un an après au Sénégal et petit à petit ça se répand en Afrique, dans les pays de l’ex-URSS et en Amérique latine. »

Fondamentalement, Gaspard s’oppose à la conception de l’homme providentiel illustrée à notre époque au Brésil, en Russie et en Turquie, ce qui mène à des régimes illibéraux. Si ces leaders dits populistes promettent à leur peuple qu’ils vont reprendre leur destin en main, Gaspard considère au contraire que c’est par des référendums locaux sur le modèle suisse que cela adviendra.

« On ne résout pas le désordre par l’homme fort ou par l’autorité. On crée de l’ordre par le désordre, par l’ordre spontané parce qu’il vient du bas : c’est ça qui crée l’ordre le plus stable »


Pour voir l’entretien de Gaspard sur Radio-J, cliquer ICI.

Pour lire notre billet « Les Français contre l’hyper-présidentialisme », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

 

Publié le 18/11/2022.

Tocqueville contre Bonaparte

Sur RCF, Gaspard Koenig réhabilite la délibération propre à la IIIe République. Il propose de réactiver une fibre plus parlementaire de la Ve République originelle et, mieux, de la coupler au principe de subsidiarité ascendante.

 

Invité pour la sortie de son essai « Contr’un », Gaspard rappelle les raisons de son opposition au système présidentiel, qui ne laisse aujourd’hui place qu’à des mouvements politiques neufs portés par un chef qui capitalise sur son hyper-personnalisation – à l’inverse des partis politiques historiques qui ont une colonne vertébrale intellectuelle et sont capables de négocier quand ils sont au pouvoir.

 

Gaspard rejoint Tocqueville, qui préconisait de ne jamais élire le pouvoir exécutif au suffrage direct, et rappelle que Bonaparte, premier président élu de la sorte en 1848, a abusé de son pouvoir par un coup d’Etat trois ans plus tard.

« Je propose différentes options : la plus réaliste, c’est de revenir à la constitution de 1958 avec un président à l’allemande, qui est là pour garantir le bon fonctionnement des institutions. Une sorte de vieux sage, qui peut dissoudre l’Assemblée quand ça devient ingouvernable mais qui n’intervient pas lui-même dans le jeu politique. »

Les députés sont aujourd’hui piégés par l’alignement des calendriers présidentiel et législatif, dans lesquels ils se projettent en début de législature, et ne veulent pas se risquer à prendre leur liberté ou chercher des compromis.

« On peut rêver à décentraliser l’exercice du pouvoir politique en redonnant énormément de pouvoir au local par la subsidiarité ascendante. On aurait des formes de gouvernance extrêmement diverses en France comme c’est le cas aujourd’hui en Alsace-Lorraine. »

Dans « L’absolutisme inefficace », Jean-François Revel explique que le principe de coalition prévient la paralysie du fait que les partis renoncent à certains pans de leur programme pour ne garder que les points vraiment nécessaires. Pour Gaspard, ce n’est pas un hasard si les réformes les plus radicales (privatisations et 35h) ont été menées en période de cohabitation.


Pour voir l’entretien de Gaspard sur RCF, cliquer ICI.

Pour lire notre billet « Les Français contre l’hyper-présidentialisme », cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Le pouvoir aux communes », cliquer ICI.

 

Publié le 19/10/2022.

Subventionnons les ménages plutôt que l’énergie !

Au micro de Stéphane Soumier sur B SMART, notre expert François-Xavier Oliveau préfère le signal prix au chèque énergie actuel, qui n’est pas incompatible avec l’aide aux plus démunis.

 

Plutôt que le chèque énergie et le blocage des prix mis en place par le Gouvernement, François-Xavier Oliveau défend un signal prix pour assurer le besoin de baisser la consommation énergétique, pour des raisons d’approvisionnement.

« Laissons les prix augmenter mais redistribuons aux ménages : pas par un chèque énergie mais par un chèque tout court. Justement, il n’est pas donné pour le dépenser en énergie mais pour maintenir le pouvoir d’achat. »

Seulement il imagine que cette hausse du prix, via une taxe, soit compensée par un chèque sans condition et universel. Ce mécanisme socio-fiscal bien connu des économistes rappelle notre revenu universel, défendu par Marc de Basquiat.

« Cela a des vertus redistributrices car ceux qui consomment le plus sont ceux qui ont le plus de pouvoir d’achat. Cela permet à chacun de maintenir son pouvoir d’achat énergétique. »

Face à l’enjeu climatique comme à celui de raréfaction des ressources, une redistribution des recettes d’une taxe sous la forme d’un revenu inconditionnel est la réponse optimale pour atteindre les objectifs de réduction de la consommation énergétique et du carbone, sans sacrifier les libertés fondamentales.


Pour voir l’entretien de François-Xavier Oliveau, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Liber : une proposition réaliste », cliquer ICI.

 

Publié le 13/10/2022.

Nos libertés valent plus que nos intérêts – Gaspard Koenig

Pour Liber-thé, Gaspard revient sur son voyage dans le monde de l’intelligence artificielle et sur son roman dystopique « L’enfer ».

 

Gaspard aborde dans cet entretien les conséquences de l’intelligence artificielle et du néolibéralisme, qu’il redoute pour leur propension à l’utilitarisme. Il oppose l’idée de progrès – à laquelle il est attachée – à l’optimisation qu’il juge menaçante pour le libre-arbitre, fondement de la pensée libérale.

« Depuis deux siècles, on nous a toujours dit que prospérité et libertés fondamentales allaient de pair. C’est l’argument de Hayek pour la société libre. L’IA change un peu la donne car il y a une tension entre prospérité et vie privée. »

La dystopie numérique décrite par Gaspard n’est pas un fantasme mais une réalité appliquée à l’ensemble de la Chine depuis 2020, sous le nom de crédit social. Si les résultats sécuritaires peuvent réjouir certains responsables politiques, il faut réaffirmer l’inadéquation entre ces concessions politiques et notre civilisation individualiste. Dans ce contexte, il défend un droit de propriété sur les données personnelles, sécurité en phase avec les dangers posés par les prouesses techniques que peut accomplir l’IA.

« La réflexion libérale doit intégrer une réflexion sur la liberté elle-même. Est-ce la multiplication des possibles ? Ou plutôt exactement l’inverse, de manière plus stoïcienne à savoir l’idée d’être indépendant des possibles ? »

Gaspard détaille sa condition lors de son voyage à cheval, en opposition totale à l’IA. Il explique s’être senti plus libre pourtant dans une situation de dépendance avec son cheval mais surtout affranchi d’une vie quadrillée et réglementée qui fait fi de notre commune humanité.

 

 

Il clôture par un hommage à l’œuvre entière de David Graeber, anarchiste critique du néolibéralisme, qui a largement refaçonné sa pensée notamment sur la primauté du citoyen (libéralisme politique) sur le consommateur (libéralisme économique). Il mentionne « Le prix de nos valeurs », co-écrit par les libéraux Augustin Landier et David Thesmar, essai qui décrit la subtilité, parfois conflictuelle, entre volonté politique et rationalité économique.


Pour voir l’entretien de Gaspard, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

 

Publié le 12/10/2022.

Le président, le bureaucrate et l’anarchiste

Lors d’un entretien fleuve mené par Anton Malafeev pour sa chaîne YouTube, Gaspard Koenig explique ses positions philosophiques sur la liberté, la bureaucratie et le système présidentiel français.

 

Philosophe de terrain, Gaspard a mené une campagne présidentielle à l’hiver dernier où il s’est heurté au jeu des parrainages face à des candidats jouant plus de leur personne que de leurs idées. Il annonce dans cet entretien la sortie, la semaine prochaine, de son nouvel essai « Contr’un » dans lequel il plaide pour la fin de l’élection présidentielle au suffrage universel. Il salue par là-même le message intelligent et clair des Français lors de la dernière présidentielle : « ils ont redonné le pouvoir à Macron mais pas tous les pouvoirs ».

« [La logique de la Ve République] est une anomalie dans l’histoire de la démocratie. À la révolution française, le pouvoir exécutif exécute. Celui qui fait les lois et donne la direction à la nation, c’est le pouvoir législatif. C’est ce qu’écrit Rousseau dans le contrat social. »

Partant du fait anthropologique que la liberté est une construction sociale, il détaille la place que doit avoir l’Etat, avec l’unique but de rendre l’individu plus indépendant de sa communauté. Sans être totalement anarchiste, Gaspard désigne la puissance publique comme responsable du chaos et croit à un ordre spontané qui laisserait place petit à petit à de nouvelles règles, au cas où elle disparaissait. Il dénonce l’utilitarisme de Bentham, aujourd’hui poursuivi par l’intelligence articificielle, qui homogénéise la société, empêche l’individu de faire ses propres choix et le ramène petit à petit vers la moyenne.

« John Stuart Mill parle de qualia, expériences personnelles qui ne peuvent pas faire partie du calcul homogène. C’est tellement personnel que vous ne pouvez pas savoir, vous devez respecter la volition des gens, leur volonté explicite, y compris si ça leur attire du malheur et que c’est sous-optimal pour le reste du groupe. »

Gaspard termine en expliquant deux des idées phares défendues par GenerationLibre. Le revenu universel d’abord, dont il se lamente de l’incapacité des hauts fonctionnaires, pourtant dernièrement très proches, à le mettre en place sous peine de perdre le contrôle des bénéficiaires. Gaspard revient aussi sur la légalisation du cannabis, un « no-brainer » aux arguments faciles. Il précise faire la distinction claire entre les majeurs d’une part, et les mineurs d’autre part – pour lesquels des interdictions sont souhaitables – faisant référence à sa proposition d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. « On infantilise les adultes parce qu’on ose plus éduquer les enfants ».


Pour voir l’entretien de Gaspard, cliquer ICI.

Pour lire le recueil « Déprésidentialiser la Ve République », cliquer ICI.

Pour lire la chronique de Gaspard sur les réseaux sociaux, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Liber : une proposition réaliste », cliquer ICI.

 

Publié le 30/09/2022.

Le Sénat, le libre arbitre et nos data – Gaspard Koenig

Lors d’un colloque organisé par Cyberlex, au Sénat, Gaspard Koenig défend le modèle de patrimonialité des data pour redonner du pouvoir à l’internaute face au GAFAM.

 

Philosophe de terrain, Gaspard a écumé les pays (États-Unis, Chine, Israël, Danemark, UK, France) dans le cadre d’un long reportage de trois mois sur l’écosystème professionnel de l’intelligence artificielle. Immergé dans ce monde du numérique, il a rencontré des chercheurs, des entrepreneurs ou des investisseurs et a pu saisir les ressorts de ce milieu ainsi que les questions philosophiques que pose l’immixtion de l’intelligence artificielle dans notre quotidien. Se disant choqué par ce qu’il a observé durant son voyage, il estime que la manipulation des algorithmes telle qu’elles est pratiquée actuellement par les acteurs du numérique est quelque chose d’inquiétant.

À la différence du philosophe Jacques Ellul, Gaspard ne pense pas que nos sociétés évoluent sous le joug d’un fatalisme technologique. Sur ce point, l’anthropologie, et notamment le dernier ouvrage de David Graeber et David Wengrow, semble lui donner raison en démontrant que les sociétés dites primitives avaient un rapport volontaire et intentionnel aux technologies. Si certaines d’entre-elles se sédentarisaient et choisissaient l’agriculture, d’autres alternaient des phases de nomadismes caractérisées par la chasse et la cueillette et des phases sédentaires agricoles. Le rapport à la technologie est donc le fruit de choix politiques divers et conscients.

« Dans le monde algorithmiques du nudge, les notions d’État de droit et de sujet de droit sont fortement remises en questions. Le sujet de droit est celui qui peut librement se déterminer. Plongé dans le monde technico-physique du déterminisme algorithmique, l’individu n’est plus responsable, ni coupable de rien. »

Néanmoins, nos sociétés contemporaines, par l’arrivée d’un discours et d’une pratique encensant la disruption numérique, nous empresse de repenser notre rapport juridique à la technologie. Ce nouveau discours aux accents révolutionnaires s’affranchit de l’État de droit au nom de l’innovation et de la capacité qu’auraient les algorithmes à anticiper nos préférences et donc à orienter nos comportements. Pour Gaspard, il est impératif que ce nouveau monde numérique conserve les préceptes fondateurs de notre modernité, tels qu’ils sont définis dans la déclaration universelle des droits de l’homme, parmi lesquels le droit de propriété et la liberté d’expression.

La notion de sujet de droit devient extrêmement complexe à saisir dans un monde fait d’algorithmes et de nudge en ce qu’elle implique de penser un libre arbitre dévolu à chaque individu permettant la réalisation d’actions librement consenties. L’historien Yuval Noah Harari pose cette question dans son ouvrage « Homo Deus » en imaginant et en souhaitant un monde où le nudge soit tellement puissant qu’il oriente l’individu de façon à optimiser son bien-être, à connaître l’individu mieux que lui-même et à définir ses préférences mieux qu’il ne le ferait. Sur le plan théorique, matériel et technologique, penser de cette manière revient à renoncer à l’idée du libre arbitre. Aux États-Unis, sous l’impulsion de diverses disciplines scientifiques – économie comportementale, les neurosciences et  psychologie cognitive – se met en place un consensus intellectuel qui vise à anticiper les décisions humaines et nos biais cognitifs afin de régler la sempiternelle controverse philosophique opposant déterminisme et libre arbitre. Gaspard ne peut se résoudre à s’insérer positivement dans les logiques algorithmiques utilitaires fondées sur la manipulation et donc sur l’extinction du libre arbitre in fine du sujet de droit. Cette conversion aux logiques algorithmiques fait fi de la question de la responsabilité des décisions prises. Comment juger le sujet de droit s’il n’a plus l’option de ne pas respecter la loi ?

« Si Facebook réalise actuellement des milliards de bénéfices trimestriels c’est en utilisant gratuitement la matière première qui échappe aux producteurs. »

Outre les problématiques éthiques posées par ce monde de la data, Gaspard estime que celui-ci fonctionne comme un système féodal. À l’image du serf qui donne toute sa production au seigneur en échange de sa protection contre la guerre, l’individu donne ses data sans pouvoir les contractualiser mais bénéficie d’un service biaisé en acceptant des conditions d’utilisation en sa défaveur. Pour Gaspard, la data doit rentrer dans le champ du droit de propriété car il redonne à l’individu son libre arbitre en lui permettant de définir et d’accepter ou non les modalités d’échange de ses données.

Ainsi, la patrimonialité des données changerait indéniablement le rapport de force avec les GAFAM. Les banques et assurances pourraient servir d’intermédiaires dans l’échange en stockant les données des individus, à la manière de nos comptes financiers, et en définissant les conditions de contractualisation des données entre l’individu et les plateformes. Patrimonialiser les données permettrait ainsi aux individus d’être rémunérés en toute conscience de l’usage qu’ils font de leurs données.

Dans ses deux rapports intitulés « Mes data sont à moi » et « Aux data citoyens », GenerationLibre plaide pour lutter contre le marché oligopolistique des grandes plateformes et pour l’introduction d’un système de prix, subtil équilibre entre marché et régulation, qui protège la confidentialité des internautes et les replace dans la chaîne de valeur du numérique tout en promouvant la concurrence dans un véritable marché.


Pour voir l’audition de Gaspard, cliquer ICI.

Pour relire l’article sur le débat Yuval Harari / Gaspard Koenig organisé partenariat avec Le Point, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Aux data, citoyens », cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

 

Publié le 25/07/2022.

S'inscrire à la Newsletter