La Commission européenne pour la propriété des data ?

Dans un entretien pour le magazine Le Point, Margrethe Vestagter évoque la piste de la patrimonialité des données personnelles, tandis que Thierry Breton, lors de son audition pour le Parlement européen, rappelle que « nos données nous appartiennent ».

 

Dans le même numéro du Point, Gaspard Koenig dresse le portrait de Margrethe Vestagter qu’il considère comme la « dernière chance » de l’Europe pour protéger les données numériques de ses citoyens. Actuelle commissaire européenne à la concurrence, elle devrait conserver son poste pour les cinq années à venir et hériter d’un portefeuille qu’elle connaît déjà bien, le numérique.

Celle que la Silicon Valley et la Maison blanche surnomment la tax lady de l’Union européenne a, au cours des cinq dernières années, porté en étendard les valeurs économiques et politiques de l’Europe face aux géants du numérique. A coups de sanctions financières infligées aux GAFAM, l’ancienne ministre de l’économie danoise a fait de l’antitrust et de l’innovation ses deux fers de lance.

Pour Gaspard Koenig, l’idée libérale de concurrence défendue par Margrethe Vestager a fait de l’Europe un modèle alternatif aux oligopoles américains et à l’agressivité du capitalisme d’Etat chinois.

Pour Gaspard, l’idée libérale de concurrence défendue par Margrethe Vestager a fait de l’Europe un modèle alternatif aux oligopoles américains et à l’agressivité du capitalisme d’Etat chinois. Un modèle européen à renforcer.

En conservant son poste au sein de la prochaine commission, Margrethe Vestager devrait poursuivre cette tâche, avec un accent nouveau porté sur le numérique et l’IA. Partisane du libéralisme nordique, elle s’oppose à la collecte généralisée des données personnelles par les plateformes sans le consentement des utilisateurs, et à la menace que cela représente pour la vie privée et le libre-arbitre.

Dans l’entretien pour Le Point, elle évoque l’idée d’une patrimonialité et d’une monétisation des données personnelles, défendue par GenerationLibre. C’est également de cette idée que s’est rapproché Thierry Breton, commissaire français désigné au marché intérieur, pendant son audition au Parlement européen. Il devrait partager avec sa collègue danoise les compétences de l’Union sur le marché numérique.

Gaspard appelle donc la commissaire au « regard d’acier et robes à fleurs » à créer des régulations originales garantissant un marché numérique juste et concurrentiel, faisant rimer technologie avec démocratie, et progrès avec liberté.


Pour lire le portrait de Margrethe Vestager par Gaspard Koenig dans Le Point, cliquer ICI.

Pour lire l’entretien avec Margrethe Vestager dans Le Point, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Mes data sont à moi », cliquer ICI.

Propriétaires de nos data : une idée qui fait son chemin

Invité par Force Républicaine, Maxime Sbaihi a eu l’occasion d’expliquer comment mettre en place une propriété privée sur nos données personnelles devant un parterre de militants.

 

Après le député Bruno Bonnell (LREM) et le député Jean-Christophe Lagarde (UDI), c’est au tour de Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat et président de Force Republicaine, de reprendre ouvertement notre idée de patrimonialité des données personnelles dans une tribune pour L’Opinion.


Pour voir l’intervention de Maxime, cliquer ICI.

Pour lire la tribune de Bruno Retailleau, cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Aux data, citoyens ! », cliquer ICI.

Ni de droite, ni de gauche, juste libres !

Le magazine Marianne met à l’honneur les idées de notre « startup intellectuelle » qu’il catégorise, injustement, à droite. Merci pour la pub mais nous sommes non-partisans et travaillons avec tous les bords politiques !

 

Dans un dossier sur les penseurs de la droite, Marianne décrit notre think-tank comme voulant « pourfendre les rentes »,  réfléchissant « tous azimuts sur une liberté individuelle absolue », développant des propositions qui vont « de la propriété privée des données numériques personnelles à une GPA responsable, de la libéralisation du cannabis à la libre disposition de son corps en cas d’euthanasie. »

Rappelons que nos diverses propositions sont difficiles à étiqueter. Sans se préoccuper des logiques partisanes convenues, nous travaillons avec tous ceux qui partagent tout ou partie de nos combats.

A titre d’exemple, pour faire face à la situation carcérale française et à la récidive, nous proposons de s’inspirer du modèle finlandais dit des « prisons ouvertes ». Après la sortie de notre note sur le sujet en février 2018, nous avons eu le plaisir d’échanger avec le député Ugo Bernalicis (France Insoumise) ainsi que Yaël Braun-Pivet (LREM), présidente de la Commission des Lois à l’Assemblée nationale, et de voir le député Pierre Morel A l’Huissier (LR) poser une question au Gouvernement sur la base de nos travaux.

https://twitter.com/GLthinktank/status/1189880509322661889?s=20


Pour lire le dossier de Marianne, cliquer ICI.

Pour parcourir nos travaux, cliquer ICI.

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La réserve héréditaire bientôt supprimée ?

A l’appui de notre note, des sénateurs ont déposé un amendement pour supprimer la réserve héréditaire. Une proposition par ailleurs défendue par Maxime Sbaihi devant le Conseil Supérieur du Notariat cette semaine.

 

Dans un amendement à la proposition de loi « Fiscalité de la succession et de la donation », les sénateurs Olivier Cadic et Jean-Marie Janssens ont proposé de supprimer la réserve héréditaire, en mentionnant textuellement notre note.

Un amendement qui n’a pas pu être examiné dans la mesure où un autre amendement, supprimant l’article auquel il se rapportait, était déposé.

Notre think-tank continue à se battre pour consacrer la liberté testamentaire dans la loi.


Pour consulter l’amendement, cliquer ICI.

Pour (re)lire notre note « Supprimer la réserve héréditaire », cliquer ICI.

PMA, voile : des femmes plus libres

Dans les colonnes de Contrepoints, Kim Bloch-Lazare défend la réforme de la PMA. Dans « On refait le monde » sur RTL, Maxime Sbaihi invite maintenant le législateur à reconnaître les enfants nés de GPA à l’étranger. 

 

Notre ancienne chargée de mission défend la PMA pour toutes

Dans un article pour le journal en ligne Contrepoints, Kim défend la PMA pour toutes, et souligne qu’elle est un élément essentiel d’une vision de la famille par contrat, empruntant le titre de notre ouvrage aux PUF signé Daniel Borrillo.

PMA, GPA : la famille pour tous en marche

« Je trouve que la PMA pour toutes est une grande avancée. C’est la suite de l’IVG, du mariage pour tous. La loi bioéthique finit par reconnaître un état de fait. » Maxime se félicite d’une liberté procréative en marche, et du rétablissement d’une égalité entre les femmes.

Toutefois, il regrette la volonté contrecarrée du député Jean-Louis Touraine qui a tenté d’introduire la reconnaissance automatique des actes de naissance d’enfants issus de GPA à l’étranger. Une déception d’autant plus forte qu’il s’agissait d’un engagement de campagne de l’actuel président de la République.

Maxime rappelle que 3 000 enfants français nés de GPA subissent encore une injustice : leurs parents doivent faire face à un véritable parcours du combattant pour leur reconnaître des droits égaux aux autres enfants. Pour Maxime, « ce qui doit primer à la fin, c’est l’intérêt de l’enfant ».

La liberté de porter le voile ?

Réagissant à la récente polémique sur la liberté du port du voile par les femmes dans le cadre d’une sortie scolaire, Maxime dénonce le fait que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, dispute au député Aurélien Tâché sa liberté d’expression personnelle et son devoir de contre-pouvoir.

D’ailleurs, pour Maxime, Aurélien Taché « a raison de rappeler l’esprit libéral de la loi de 1905 sur la laïcité. »


Pour voir un extrait de l’émission, cliquer ICI.

Pour revoir l’émission en intégralité, cliquer ICI.

Pour lire l’article de Kim Bloch-Lazare dans Contrepoints « PMA : les femmes ont le droit de choisir« , cliquer ICI.

Pour lire notre rapport « Pour une GPA responsable en France », cliquer ICI.

Les vrais rebelles n’attendent pas l’extinction assis sur des pavés

Kevin Brookes dénonce la planification étatique présentée aujourd’hui comme le salut de notre planète. Dans Le Figaro, il montre comment le marché se révèle une solution plus durable pour l’environnement.

 

Les écologistes de la mouvance de Greta Thunberg veulent imposer la décroissance économique comme unique solution au réchauffement climatique. Le discours de la jeune icône suppose en effet qu’il n’existe qu’une solution au constat de la communauté scientifique : l’économie planifiée.

Or, nous explique Kevin, l’étendard de l’économie d’Etat est écologiquement contre-productif ! Incapables d’agir sur le long-terme, auquel ils préfèrent le court-terme d’un mandat électif, les Etats paternalistes n’ont jamais su répondre au défi climatique. En témoignent l’URSS et, encore aujourd’hui, les subventions aux industries polluantes. C’est bien la propriété privée qui, au contraire, nous rend responsables des externalités de notre production.

Par ailleurs, l’abandon de l’économie de marché ôterait à la société sa principale résilience face au défi climatique : la production de richesse, qui accroît le niveau de vie. Le marché permet, par la concurrence, de responsabiliser les acteurs économiques. Ils sont alors amenés à limiter leur empreinte carbone, et à s’adapter aux mœurs écologistes des consommateurs. La concurrence constitue la principale source d’innovation, qui propose des solutions – multiples cette fois – au changement climatique et à la pollution.

Comme le rappelait Maxime Sbaihi sur RTL, les rebelles sont ceux qui agissent pour le changement, et qui, à l’image du projet The Ocean Cleanup, innovent. Kevin conclut en appelant à la fin des discours apocalyptiques, qui éduquent la jeunesse à tout attendre des Etats.

Alors, au lieu de nous asseoir, levons-nous, innovons, repensons les modèles établis !


Pour lire la tribune de Kévin Brookes dans le FigaroVox, « Les Etats ne sauveront pas la planète », cliquer ICI.

Pour revoir l’émission On refait le monde sur RTL avec Maxime Sbaihi, cliquer ICI.

Pour lire la tribune de Guillaume Moukala Same dans La Tribune, « La main invisible du marché peut servir l’innovation écologique », cliquer ICI.

La PMA bientôt pour tous, sous l’oeil de GL !

L’Assemblée nationale a voté aujourd’hui en première lecture la PMA pour toutes. Début septembre, suite à l’audition de notre expert Daniel Borrillo, le Gouvernement a fait évoluer le texte afin que les enfants ne soient pas discriminés en raison de l’orientation sexuelle de leurs parents.

 

Les arguments de Daniel Borrillo développés en commission de bioéthique (revoir ICI) ont été l’occasion pour notre expert de publier un article dans AOC (lire ICI) sur cet aspect de la réforme.

 

 

Depuis plusieurs années, nous militons pour la « famille par contrat » qui a fait l’objet du premier ouvrage dans la collection de notre think-tank aux PUF.

Le mardi 24 septembre, Daniel Borrillo a pu s’entretenir avec une journaliste du Financial Times (lire ICI). Dans ce verbatim, il souligne l’intérêt du projet de loi, qui fonde la PMA non plus sur une pathologie mais sur le désir d’un enfant, quelle que soit la forme du couple ou l’orientation sexuelle des parents.

Sur le plateau d’Interdit d’interdire chez Frédéric Taddéi, il rappelait encore récemment que « ce qui compte, c’est le projet parental – quelle que soit la forme de la famille, fondée ou non sur la biologie, et dans l’intérêt de l’enfant toujours ».

 

 

Depuis septembre 2018, nous militons en ce sens pour légaliser la GPA. Liberté procréative, libre disposition de son corps pour les femmes et protection de l’enfant sont des principes qui doivent être sanctuarisés dans la loi. A chacun de vivre comme il l’entend dans ce cadre.

Municipales : l’autonomie fiscale intéresse des maires

Dans ses zones d’intérêt, la Déclaration d’Indépendance des Maires de France (déjà signée par 700 maires) pour les municipales de 2020 renvoie, par un lien direct, à notre rapport en faveur d’une autonomie fiscale des collectivités territoriales.

 

Depuis novembre 2017, nous proposons d’oser un « Pacte Girondin » (lire ICI) :

Assurer une liberté totale des collectivités territoriales sur les taux : supprimer tous les cadres pour la détermination des taux. Les types d’impôt devront toutefois rester les mêmes sur l’ensemble du territoire pour garantir une unité fiscale minimale;

Supprimer les dotations de l’Etat pour les collectivités territoriales : accompagner cette disparition, et la probable hausse des impôts locaux qui en résultera, par une baisse massive des impôts nationaux (dont une réduction du taux normal de TVA de 8 à 9 points);

Limiter cette réforme au bloc communal dans un premier temps : la condition de légitimité d’une telle réforme est de disposer d’une véritable assise politique, ce qui invite à la limiter aux communes, où la démocratie locale est plus forte.

En vue des municipales de 2020, nous travaillons à un second rapport, complémentaire, pour un réel mouvement décentralisateur.


Pour consulter la « Déclaration d’Indépendance des Maires de France », cliquer ICI.

#5 La Chine et la fin de l’individu – Les voyages de Gaspard dans l’IA

Dans « Les tribulations d’un geek en Chine », Gaspard Koenig prolonge son voyage au cœur de l’intelligence artificielle (IA). Dans ce cinquième volet, il s’intéresse à la manière dont l’IA épouse les traits culturels de la Chine : une absence de frontière entre vie privée et surveillance généralisée.

 

Gaspard constate que l’IA développée en Chine oppose deux termes qu’on l’on pense liés : la prospérité et la liberté. Il se demande si, dans un monde où le progrès dépend de l’accumulation des données, l’avantage ne passe pas irrémédiablement aux pays autoritaires. 

Les prémices de la société chinoise fondée sur un lac de données commencent déjà à voir le jour. Microsoft a par exemple conçu et testé Xiaoice, une IA censée devenir un compagnon virtuel intégral. La start-up SenseTime développe, de son côté, des outils de reconnaissance faciale tandis que la première séance de l’université de droit de Pékin a été réalisée par un robot. Dans le même esprit, Baidu, le Google chinois, a signé un partenariat avec la région de Xiong’an pour y développer la première “ville IA”. Le développement de ces technologies n’est possible qu’à une condition : le renoncement à l’intimité. Il faut accepter le fait que chacun puisse voir et être vu.

Le temple de Confucius est aussi celui de l’intelligence artificielle.

Pourtant, le concept occidental de “surveillance” est mal adapté pour décrire cette transparence parfaite car il repose, chez nous, sur une intentionnalité : un Etat policier ou des capitalistes vautours cherchant à manipuler les individus. Or, ce qui compte dans cette nouvelle société chinoise, c’est l’agrégation maximale des data. Quelle importance que ce soit Alibaba qui estime ma crédibilité sur le marché ou le gouvernement qui m’attribue des points de “crédit social” ? C’est celui qui disposera de la plus grande quantité de données qui me sera le plus utile.

Suivant cette logique, la collaboration entre le gouvernement et les plateformes n’est donc pas perçue comme une trahison mais comme une recherche coordonnée du Bien commun. Aucun domaine de la souveraineté ne semble ainsi interdit aux géants de l’internet chinois, à la fois plateformes commerciales et agences du gouvernement.

Ce lac de données est unique. Un jour, il fournira de l’IA à la Chine entière. Toutes les entreprises pourront y puiser, à condition d’y reverser leurs propres données. Ce serait bien sûr inacceptable en Europe, reconnaît Jinglei Cheng. Voilà précisément ce qui donne à la Chine un avantage comparable.

Pour mieux illustrer cette intrication du public et du privé, Gaspard nous parle du City Brain, une IA censée optimiser la gestion urbaine. Les grandes plateformes chinoises se chargent donc, avec l’aval du gouvernement, de poursuivre des objectifs d’intérêt général qui mobilisent leur savoir-faire technologique. C’est comme si le gouvernement américain confiait le pilotage de l’assurance santé à Google et la réorganisation du transport à Amazon.

Néanmoins, d’autres services sont plus inquiétants et moins connus. Le City Brain a par exemple aidé la police à fusionner et à moderniser ses bases de données. Grâce à des caméras spéciales disséminées dans toute le ville de Hangzhou, les ingénieurs d’Alibaba ont mis en place un système de reconnaissance faciale capable de prendre aussi en compte les informations circulant sur les réseaux sociaux et sur Internet. L’objectif est de pouvoir identifier chaque citoyen de la ville en retraçant sous forme standardisée ses déplacements, son comportement ainsi que ses relations sociales.

En outre, fort de ce succès, Alibaba va déployer le City Brain dans d’autres villes et même dans des pays voisins comme la Malaisie. L’optimisation citadine n’en est donc qu’à ses prémices.

Gaspard n’en revenait pas de voir ce qui lui semblait une dystopie faite réalité apparaître aux yeux des Chinois comme une utopie en devenir. Cependant, il reconnaît que les Chinois n’ont pas nos préventions instinctives envers le pouvoir central ou les forces de l’ordre. En effet, dans un pays qui fait remonter l’histoire des moyens de surveillance à 221 avant notre ère, contester l’ordre établi n’est guère conseillé.

On peut savoir en quelques millisecondes qui vous êtes, où vous êtes, ce que vous faites et qui vous avez rencontré dernièrement. 

Cependant, la Chine ne se jette pas dans la course du progrès en renonçant à toute éthique. Au contraire, elle embrasse l’IA d’autant plus volontiers que cette technologie correspond à ses valeurs profondes. La vie privée, l’intimité ne sont pas des éléments centraux dans la tradition philosophique chinoise. Ce sont les valeurs confucéennes d’amitié, de loyauté, de souci des autres et de dévouement à la patrie qui sont prépondérantes en Chine. De ce fait, Confucianisme, progrès technologique et domination économique sont explicitement liés.

Suite à sa rencontre avec Zhu Min, ancien vice-gouverneur de la Banque Centrale chinoise et ancien numéro deux du FMI, Gaspard réalise qu’en passant de l’âge de l’innovation à celui de l’exécution, l’IA redonne l’avantage aux pays capables de produire de manière rapide et personnalisée des milliards d’objets connectés. Mais au-delà de cette compétition économique surgit une nouvelle préoccupation : à quoi ressemblerait un impérialisme numérique ?

Après une entrevue avec William Carter, spécialiste des questions de cyberdéfense au Center for Strategic and International Studies (CSIS), Gaspard souligne que l’enjeu de l’impérialisme numérique n’est pas dans le perfectionnement des techniques militaires puisqu’il n’y a plus besoin de contrôler les territoires pour contrôler les gens. En effet, si l’IA permet, via le nudge, de connaître et de contrôler les individus à distance, pourquoi les conquérants de demain auraient-ils besoin de s’emparer d’espaces physiques ?

L’enjeu de l’impérialisme numérique se situe donc ailleurs que dans le perfectionnement des techniques militaires.

Au travers de l’exemple de Berthe, à la tête d’une fruitière familiale dans le Jura, Gaspard démontre tout ce que l’IA développée par la Chine pourrait apporter à cette petite productrice et à quel point la Chine pourrait subtilement influencer sa vie et ses opinions. Poussant la logique à son extrême, le cas de Berthe montre comment la Chine pourrait ainsi conquérir des individus sans devoir tirer un seul coup de fusil.


Pour lire l’épisode 5 « Les tribulations d’un geek en Chine » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’épisode 4 « Ils ont ressuscité Bach ! » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’épisode 3 « Etes-vous plus fort que Google Maps ? » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’épisode 2 « Éclairez-moi, Dr Langlotz ! » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’épisode 1 « Le Turc mécanique » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’éditorial d’Etienne Gernelle « Gaspard Koenig, un reporter d’idées sur les traces de l’intelligence artificielle » , cliquer ICI.

#4 Un planisme pur et parfait ? – Les Voyages de Gaspard dans l’IA

Dans le quatrième épisode du voyage au coeur de l’intelligence artificielle (IA), Gaspard Koenig se demande à quoi ressemblerait une société sans libre arbitre. Il tire jusqu’à ses ultimes conséquences la logique algorithmique.

 

Pour illustrer sa réflexion, Gaspard nous décrit sa rencontre avec le compositeur David Cope, célèbre pour avoir créé un algorithme capable de (re)produire des morceaux à la manière de Bach. Cet homme a réussi à transformer le génie de Bach en une méthode de productions de son. L’IA bouleverse désormais le rapport à la création.

David Cope estime que nous sommes tous des machines et que nous devrions traiter la psychologie comme une science du cerveau et nous réjouir de l’augmentation prochaine de nos capacités cérébrales. Selon lui, l’art ne reflète aucune personnalité et ne revêt aucune signification.

Ce n’est plus l’artiste qui fait l’art, c’est l’art qui élimine l’artiste.

Gaspard cite d’autres exemples d’approches similaires à celle de David  et nous montre la fascination du public pour l’automatisation de la création. Il souligne, par exemple, que de nombreux chercheurs travaillent à trouver la recette du robot écrivain. Poussant le raisonnement plus loin, Gaspard s’imagine qu’à force de nourrir l’IA de millions de narrations, des textes pourraient se composer au fur et à mesure de la lecture en fonction de nos réactions et de nos attentes. Gaspard s’interroge sur le devenir des auteurs. La création n’est désormais plus l’exaltation du moi mais sa dissipation. Ce n’est plus l’artiste qui fait l’art, c’est l’art qui élimine l’artiste.

Au-delà de l’impact qu’elle a sur l’art, l’IA remet également en question le principe du marché où la variation des prix doit permettre d’ajuster l’offre à la demande. Pour mieux comprendre son effet, Gaspard nous raconte son entretien avec Jonathan Hall, économiste en chef de Uber. 

De cette entrevue, il retient une chose : Jonathan s’en tient au spot market et résiste encore au dispatch. En d’autres termes, Uber considère les chauffeurs comme des individus rationnels réagissant à un signal-prix. Hors de question de préempter leur choix, le principe de l’incitation financière doit suffire à réguler le marché sans avoir besoin de recourir à la contrainte.

L’IA attaque frontalement le libre arbitre puisqu’elle menace la capacité pour l’homo oeconomicus de prendre ses propres décisions dans un marché libre.

Libéral assumé, Jonathan pense nécessaire de préserver le principe du marché, fondé sur le libre arbitre des participants. En effet, il est conscient qu’en traitant les individus comme des automates, on risque d’atrophier leurs capacités cérébrales, générant à terme des risques encore plus lourds. De plus, se reposer sur le mécanisme des prix pour ajuster l’offre à la demande permet de se dispenser de la collecte d’informations plus intrusives. Conserver l’anonymat du marché permet en outre de donner une chance à tous.

Néanmoins la vision de Jonathan ne fait pas l’unanimité. Chez Didi, par exemple, les ingénieurs ont préféré choisir le dispatch sur les incitations pour une meilleure efficacité. Leurs algorithmes prédictifs peuvent déterminer avec une grande exactitude qui aura besoin d’un véhicule, à quelle heure, à quel endroit et pour quel trajet. Suivant cette logique, ne serait-il effectivement pas plus simple d’assigner les courses à l’avance, quitte à dédommager les chauffeurs en fonction de leur productivité ?

Si les prédictions sur l’ensemble de nos comportements atteignaient une précision suffisante, on pourrait alors se passer du marché et ajuster de manière centralisée l’offre à la demande. Chacun serait “dispatché” vers ses études, ses employeurs ou ses amours.

Si le monde pouvait être modélisé en une seule heat map, si les prédictions sur l’ensemble de nos comportements atteignaient une précision suffisante, on pourrait alors se passer du marché et ajuster de manière centralisée l’offre à la demande.

Le contraste entre Uber et Didi met donc en lumière un dilemme assez radical : s’en tenir au marché pour des raisons de principe ou céder à une forme de planification totale par soucis d’efficacité. L’IA attaque ainsi frontalement le libre arbitre puisqu’elle menace la capacité pour l’homo œconomicus de prendre ses propres décisions dans un marché libre.

L’IA brise également l’organisation démocratique traditionnelle. Les gouvernants se retrouvent dépassés par l’essor de cette dernière et sont incapables de comprendre les évolutions en cours. L’audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain, après le scandale de Cambridge Analytica en est un parfait exemple. Cet épisode a cruellement souligné l’incompétence des parlementaires, réduits à poser des questions d’ordre général sans difficultés pour le fondateur de Facebook.

Les gouvernements essaient néanmoins de rattraper leur retard. Le Danemark a ainsi nommé un “ambassadeur tech”, chargé de la relation avec les Gafa afin de réaffirmer sur le terrain le rôle des Etats. Cette initiative a aussi permis d’influencer d’autres pays comme la France, qui a nommé fin 2018 un “ambassadeur pour le numérique”. Pénétrer la Silicon Valley reste cependant extrêmement complexe. Les anciens startupeurs n’ont aucune considération pour les institutions étatiques traditionnelles et ne se privent pas de leur faire sentir. Ces initiatives font plus l’effet de Don Quichotte face aux moulins à data.

On voit ainsi comment pourrait naître une forme de gouvernance par l’utilité, assurée de manière diffuse par des IA en réseau.

Pour illustrer l’alternative à la démocratie classique générée par l’IA, Gaspard nous parle de sa rencontre avec l’entrepreneure Amira Yahyaoui. Cette dernière considère que l’IA inaugure une ère de “droits sans démocratie”. Les services numériques, en s’adaptant à nos besoins les plus secrets, donnent le sentiment justifié que tout nous est dû. La tech a en effet fait naître en nous une exigence de service qu’aucune déclaration des droits de l’homme ne pourrait remplacer. 

Gaspard s’interroge donc sur la capacité qu’ont les millénials à réclamer des droits sans accepter les devoirs. Il se demande si cela ne serait justement pas le propre d’une génération nourrie à l’IA et le signe d’un déclin irrémédiable de la fonction élective.

Pour Amira, les gouvernements sont des “boulets” et elle ne verrait pas d’un mauvais oeil leur disparition. Ses instincts rejoignent également les thèses de Yascha Mounk, chercheur en sciences politiques, qui a théorisé la déconnexion entre des “droits sans démocratie”, garantis par des juges ou des bureaucrates, et des “démocraties sans droits”, que l’on voit progresser de la Russie à la Turquie en passant par la Hongrie.

Ce quatrième volet du “voyage au coeur de l’intelligence artificielle” décrit ainsi comment pourrait naître une forme de gouvernance par l’utilité, assurée de manière diffuse par des IA en réseau.


Pour lire l’épisode 4 « Ils ont ressuscité Bach ! » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’épisode 3 « Etes-vous plus fort que Google Maps ? » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’épisode 2 « Éclairez-moi, Dr Langlotz ! » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

Pour lire l’épisode 1 « Le Turc mécanique » en intégralité dans Le Point cliquer ICI.

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