Recommandations pour la BPI

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GenerationLibre

Publié le 12.12.2016

Le rapport sur la BPI, qui fête bientôt son 4ème anniversaire, publié par la Cour des comptes en novembre 2016, dresse un bilan largement positif de son action, émet quelques critiques sur son fonctionnement et formule quelques recommandations pour assurer sa pérennité.

 

Nouvel objectif pour la BPI

Rappelons que GenerationLibre a été critique et vigilant sur la mise en place d’un modèle très étatique d’une banque se livrant à des activités de private equity avec les moyens de la puissance publique. Nous en avions souligné les nombreux risques notamment ceux liés à l’éviction du secteur privé et à la distorsion du marché. Nous saluons avec fair-play l’action des dirigeants de la BPI qui ont su fusionner les divers organismes jusque-là chargés de gérer pour l’Etat les mécanismes de financements et de garanties de nos entreprises. Nous reconnaissons que, si les risques demeurent comme le rappelle la Cour, la BPI a su les gérer.

Comme nous l’avions déjà écrit, nous proposons à l’Etat de fixer à la BPI l’objectif ambitieux de travailler à sa propre disparition. Ou du moins à la rendre possible. Voilà qui aurait du panache et consacrerait la maturité de l’écosystème entrepreneurial français.

Ne nous leurrons pas. Dans tous les pays, les aventures entrepreneuriales se nourrissent d’argent public. Aux Etats-Unis, on compte 121 types d’aides fédérales et 1.827 types d’aides dans les Etats (22 en Californie par exemple). Les grandes administrations comme la NASA sont également pourvoyeuses de fonds sous forme de projets dont bénéficie notamment la très emblématique société SpaceX. La CIA dispose d’un fonds de capital risque. La US Export-Import Bank soutient les entreprises qui exportent. Le célèbre Small Business Act réserve certains marchés publics aux PME. Etc.

 

Défaillances de marché vs distorsions de marché

Revenons en France. La Cour indique que la BPI a « tenté de cibler les défaillances de marché et son action est censée exercer un effet d’entraînement sur les banques privées » ; elle souligne par ailleurs que la BPI est confrontée « aux limites de son modèle financier qui dépend des apports de l’État ».

Sur le premier point, il est indéniable que, dans plusieurs domaines, la BPI a comblé des défaillances de marché au point de se rendre indispensable. Dans son plan stratégique 2016-2019, elle affirme vouloir « demeurer l’acteur central du financement de l’innovation ». Pourquoi ? Pourquoi ne pas s’effacer derrière les souscripteurs privés (institutionnels, entreprises, particuliers) et se positionner clairement comme soutien et support plutôt que grand ordonnateur ?

C’est finalement ce qu’il y a de plus gênant avec la BPI. Elle a la volonté d’organiser l’écosystème entrepreneurial français comme si avant elle rien n’avait été fait, comme si aujourd’hui les acteurs privés en étaient incapables, comme si demain entrepreneurs et investisseurs risquaient de mourir sans assistance de sa part.

Sur le second point, nous réitérons une ancienne proposition. La BPI détient 12,5 milliards d’euros en actions de sociétés cotées. Peut-être certaines d’entre elles sont-elles suffisamment stratégiques pour que l’Etat veuille en garder un certain contrôle (STMicroelectronics par exemple) mais ce n’est pas le cas de la plupart d’entre elles. Les produits de ces cessions pourraient alimenter les fonds de la BPI à destination des jeunes entreprises de croissance.

En se désengageant des sociétés n’ayant pas besoin d’elle, en laissant le système s’organiser tout seul, de façon adulte, quitte à l’appuyer quand il le demande et de la façon dont il le demande, la BPI prouverait qu’elle a su jouer le rôle que l’on attend vraiment d’elle : laisser aux entrepreneurs et à leurs partenaires la liberté à laquelle ils aspirent tant dans la multitude des projets que des modèles de développement. Une liberté qui s’accommode mal d’une tutelle trop envahissante.

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