La voix de la Raison

La voix de la Raison
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GenerationLibre

Publié le 08.04.2016

Nous avons souhaité publier anonymement la réaction d'une femme, musulmane et libre, à la chronique de Gaspard Koenig sur le voile, parue dans Les Echos mercredi 6 avril.

 

Il est 22h30 et comme chaque soir je reçois la version électronique du journal Les Echos. Outre les articles sur les répercussions du scandale financier Panama Papers un titre  attire mon attention :  le voile de la discorde.

M. Koenig y expose avec justesse et clarté les raisons qui font que lui, comme nombre de femmes voilées, ne se reconnait pas dans cette hystérie médiatique provoquée par un sujet qui est tout au mieux secondaire. A l'heure où la France fait face à son plus grand challenge économique, où elle tente de se réformer pour éradiquer le chômage de masse, où le terrorisme laisse planer son voile (no pun intended) nous autres ne trouvons rien de mieux à faire que de ressortir du vieux sac à polémique la question du Voile.

C'est avec l'arrogance de l'inculte que Madame la Ministre ose comparer un choix de libre conscience à un asservissement forcé, symbole de l'une des pires époques de l'histoire américaine. Car oui, au grand dam de celles qui n'ont qu'un seul modèle féministe en tête, celles qui ne voient qu'une seule façon d'être libres, des femmes aujourd'hui au 21 siècle choisissent d'être libres autrement. Oui je suis une femme libre et oui je porte le voile.

Cette étrangère qui vous écrit a débarqué en France à tout juste 18 ans en provenance de la République Islamique de Mauritanie. Oui j'ai bien dit "islamique", un mot qui fait peur aujourd'hui (sans doute bientôt nous ne crierons plus "au loup"), on le cuisine à toute les sauces de l'extrémisme le plus ténébreux aux mouvements de l'islam politique adepte de la démocratie participative. Mais voilà cette jeune fille venant de ce lointain pays, ex colonie française, arrive en Métropole pour poursuivre ses études. Seule et livrée à moi même je découvre cette magnifique ville de Paris et me confronte au monde adulte. Je porte le voile à l'université, par choix, je le porte par conviction. C'est pour moi une façon de vivre ma religiosité, c'est un élément qui m'apaise et me renforce. En le portant j'affirme : le corps de la femme n'est pas ce qu'elle a de mieux à offrir.

Souvent celles et ceux qui veulent me "libérer" évoquent en ce tissu un symbole de la domination masculine, d'un effacement de ma volonté et de soumission. Je réponds à ces théologiens d'un jour que rien dans les textes ni les traditions ne prête à penser cela. Il est vrai que des sociétés orientales souvent misogynes et sexistes ont pour certaines calqué leurs idéaux sur des préceptes religieux autrement neutres. Je comprends et même soutiens, celles qui aujourd'hui s'insurgent contre des pays comme l'Arabie Saoudite ou l'Iran qui imposent un code vestimentaire aux femmes les privant ainsi d'exercer leur libre arbitre. Ce contre quoi je m'oppose et qui franchement me révolte c'est qu'on parle à ma place et qu'on me dise comment je dois vivre ma liberté et ma religion.

Les Françaises de confession musulmane, portant le voile, ne sont pas de faibles créatures écervelées et soumises au joug de la domination masculine. Elles sont libres, éduquées, citoyennes et rêvent d'apporter leurs contributions à l'édifice national. Mais, malheureusement, les déclarations des ayatollahs de la laïcité Mme Rossignol et  M. Valls ne vont pas dans le bon sens et maintiennent des stéréotypes d'une époque révolue.

Je tenais donc à vous remercier M. Koenig pour cet acte de courage et de bon sens que vous avez tenu, puissiez vous continuer à porter la voix de ceux que personne ne veut entendre.

Une femme de la "Génération Libre"

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