Eléments de réponse à la FBF (II)

Eléments de réponse à la FBF (II)
Eléments de réponse à la FBF (II)
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GenerationLibre

Publié le 02.06.2016

Valérie Ohanessian a publié, le 1er juin sur le site du Huffington Post, un billet sans nuance intitulé « Au secours l’Etat revient … ou comment être libéral sans croire au marché ? », en réaction à la publication du rapport de GenerationLibre « Casser la rente bancaire ».

Le rapport est accusé de tous les maux : « contrevérités », les auteurs « perdent leur latin libéral », « pensée unique » (sic), « dire n’importe quoi », « désordre intellectuel », « pamphlet », « oublis », « graves erreurs factuelles », « l’auteur ne sait pas ce que sont les banques » … la coupe est pleine ! La violence du propos révèle en creux que le rapport dérange. Peu habitué à la critique, le lobby bancaire et ses représentants usent de l’excès pour décrédibiliser tout débat.

Nous maintenons bien entendu nos analyses et nous sommes prêts à les défendre. Mais rentrons dans le détail. De quelles « contrevérités » Madame Ohanessian parle-t-elle ?

 

1.     Evacuons d’abord le débat sur le niveau retrouvé de profitabilité des banques françaises.

Le rapport reprend simplement une information publique des Echos du 26 février. En valeur nominale, la somme cumulée des profits des six grandes banques françaises atteint 22,9md€ en 2015. Ce montant est mis en regard des 28md€ de profits de 2006. Bien entendu, cette comparaison pourrait être ajustée en euros courants. Le message principal resterait cependant le même.

Madame Ohanessian utilise, elle, des données de "Return On Equity" (ROE) qui rapportent le profit aux capitaux propres. Les obligations en fonds propres des banques ayant été renforcées par les régulateurs, il est donc normal qu’à niveau de profit constant, la rentabilité baisse. Il s’agit d’un effet mécanique d’un changement de réglementation que les banques ont fortement combattu.

Le rapport s’ouvre sur le constat simple que la machine à profit s’est remise à fonctionner à plein régime. Ce constat est purement factuel. Un autre constat du rapport qui va dans le même sens est que la croissance des dividendes a repris (ce qui suscite d’ailleurs des critiques de la part de BCE).

 

2.   Madame Ohanessian souligne que les marges dans la banque de détail ont baissé et suscitent les inquiétudes du superviseur bancaire.

Soulignons tout d’abord un élément important : les données publiques disponibles sont peu nombreuses pour apprécier la rentabilité des métiers bancaires. Autrefois, les banques publiaient des ROE par métier, mais ce n’est plus le cas. Les auteurs du rapport ont donc dû recourir à des estimations à partir des données publiées sur la profitabilité des métiers.

Le reste de l’argument fait référence au débat sur l’impact des très bas taux d’intérêt sur les banques. L’Autorité de contrôle prudentiel et de régulation (ACPR) évoque effectivement le sujet dans son rapport de 2015 sur la situation des grandes banques françaises, mais il ne faut pas exagérer le propos. La mention des risques liés aux bas taux d’intérêt figure à la fin du chapitre sur la situation générale des banques, dans l’analyses des facteurs de risque. Mais le message essentiel du chapitre n’est pas du tout pessimiste.

La mention de l’ACPR complète est la suivante : « Les taux durablement bas, voire négatifs, érodent la marge nette d’intérêt des banques, qui est en outre pénalisée par l’inertie de la rémunération de l’épargne règlementée. Dans ce contexte, les banques pourraient être tentées de s’orienter vers des activités relativement plus rentables mais aussi plus risquées, ce qui pourrait, à l’avenir, peser sur le coût du risque ». La vraie inquiétude du régulateur est de voir les banques revenir à leurs mauvais penchants !

Pour le reste, l’ACPR note la hausse de 65% des profits bancaires en 2015 et 8% hors éléments exceptionnels liés à l’amende de BNP Paribas en 2014. « Au final, le résultat net part de groupe (RNPG) s’est redressé pour atteindre 23,7 milliards d’euros en 2015 (+9,4 milliards d’euros par rapport à 2014, soit une hausse de 65,9%) ; retraité des éléments exceptionnels qui avaient affecté l’exercice 2014, le RNPG ressort en hausse de l’ordre de 8 % ».

Le débat sur l’impact du QE de la BCE sur les banques européennes est intéressant, mais il doit être pris dans sa globalité. L’impact positif sur les rendements souverains du QE favorise également les coûts de financement des banques. Il est très excessif de dramatiser le tableau.

Mais ouvrons un débat sur la profitabilité de la banque de détail. Que les banques publient de nouveau le ROE de leurs branches "retail".

 

3.     Madame Ohanessian prétend que le débat est intense sur les sujets bancaires.

Le rapport souligne qu’il manque un débat global sur le comportement et la stratégie des banques impliquant les grands décideurs. Les débats auxquels elle fait référence ne portent pas sur la globalité du secteur et n’impliquent pas les hautes autorités. Cette situation traduit un sentiment de retour à la normal qui est malsain.

 

4.     Il est reproché au rapport d’ignorer la position réelle des banques françaises dans les classements mondiaux.

Bien entendu, les auteurs du rapport ont consulté les derniers classements mondiaux en termes de bilans. Les affirmations du rapport n’ont rien d’incorrect, mais une clarification est effectivement nécessaire sur la question des banques chinoises.

Il nous semble inapproprié de placer les banques occidentales et les banques chinoises sur un pied d’égalité pour juger de leur rôle mondial. Les banques chinoises ont des bilans énormes mais ne sont absolument pas régies par les mêmes règles comptables et prudentielles. L’allocation du crédit ne suit pas une logique de marché. Il y a beaucoup à dire sur la composition des bilans. Le rôle mondial des banques chinoises va croissant mais n’est pas comparables encore à celui joué par les banques occidentales.

Au sein du monde occidental, les banques françaises et britanniques sont bien les plus grosses, après les banques américaines. Elles ont la présence mondiale la plus étendue.

Par ailleurs, la critique du gigantisme bancaire français formulée dans le rapport est bien entendu relative. La taille des banques doit être rapportée à celle de l’économie qui leur sert de base nationale (et au bilan du souverain qui leur sert de garant ultime). De ce point de vue, les banques françaises sont les plus risquées du monde (cf. le classement de la NYU cité dans le rapport).

 

5.     Le rapport ne dit rien de positif sur les banques ?

Faux. Il mentionne le fait que la réussite industrielle bancaire est pour la France un motif légitime de fierté, mais il entend en souligner les risques, que les régulateurs et les autorités gouvernementales passent largement sous silence. Le rapport mentionne également le nombre d’emplois du secteur.

Sur les efforts consentis en termes de capitaux propres et de liquidité, ils sont avérés, mais les banques n’y sont pour rien. Pourquoi les féliciter ? Le rapport souligne que les banques n’ont en réalité fait que subir les nouvelles réglementations, après les avoir âprement combattues avec l'aide des autorités. La presse de cette semaine révèle encore une fois les pressions de la France et de l’Italie pour limiter l’impact des obligations réglementaires supplémentaires imposées aux banques systémiques (TLAC). Ce sont des faits, pas des inventions.

Sur le rôle des banques dans le financement de l’économie, il n’y a rien à applaudir dans le fait qu'elles font simplement leur métier, dans un environnement qui par ailleurs ignore largement les autres sources de financement pour les entrepreneurs et les ménages.

La croissance des encours bancaires en France, plus élevée qu’ailleurs en Europe, vient principalement du fait que l’économie et les banques françaises sont dans un état moins catastrophique qu’une bonne partie de la zone euro qui sort à peine d’une très forte récession. Où est le miracle quand on prend comme référence l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou la Grèce ?

Regardons plutôt la croissance du crédit en Allemagne. Au premier trimestre 2016, les crédits bancaires en France ont cru de 2,6% contre 2,9% en Allemagne.

Les banques françaises accompagnent la reprise, c’est bien le moindre. Rien de spécialement exceptionnel dans leur activité.

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