Eléments de réponse à la FBF (I)

Eléments de réponse à la FBF (I)
Eléments de réponse à la FBF (I)
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GenerationLibre

Publié le 27.05.2016

La publication de notre rapport intitulé Casser la rente bancaire française, en exclusivité sur Challenges.fr, a suscité une réaction immédiate de la part de la Directrice de la Fédération Bancaire Française (FBF), Marie-Anne Barbat-Layani. Nous faisons ci-dessous suite à ces observations et critiques.

 

La directrice générale de la FBF formule cinq remarques qui appellent les réponses suivantes

 

  1. Sur le manque de concurrence dans le milieu bancaire :

La FBF use de la réponse habituelle du lobby bancaire lorsque l’on parle de concurrence. La concurrence serait « sauvage » sur le segment des crédits à la consommation et des crédits immobilier au point que « la Banque de France s’inquiète régulièrement des taux pratiqués ».

Réponse : le rapport reprend exactement cet argument éculé. Si effectivement, la concurrence est forte sur le marché du crédit immobilier, les banques ne se font concurrence que sur ce SEUL segment. Elles sous-tarifient les crédits pour attirer les ménages mais pratiquent ensuite, une fois les clients captifs, une tarification des AUTRES exorbitante. En outre, les crédits immobiliers sont sur-collatéralisés en France : aucun risque pour les banques.

Interrogeons la FBF sur les faits suivants collectés depuis la publication du rapport. Toutes les banques ont effectivement les mêmes prix[1] :

  • - sur les cartes de paiement (packages mensuels à 8€ ou gamme de cartes de 40 à 350€) ;
  • - sur les frais d'incidents et de rejet (8€ par opération, 80€ par mois) ;
  • - sur les frais d'intervention ;
  • - sur les rejets de prélèvement (20€) ;
  • - sur les courriers de relance facturés (14€) ;
  • - sur les agios de découvert (13% en moyenne) et de dépassement d'autorisation de découvert (23% en moyenne).

Toutes les banques pratiquent des marges colossales identiques :

  • - sur les droits d'entrée et frais de gestion en assurance vie, en OPCVM, en marge arrière producteurs ;
  • - sur les assurances crédit, notamment immobilier ;
  • - sur les frais de dossier des prêts ;
  • - sur les cumuls de marges énormes sur les produits structurés vendus (cumul de près de 5% entre marge producteur et distributeur).

Le même constat peut être tiré des commissions de mouvement pour les entreprises, des virements payants sur Internet, des frais de monétique des commerçants (% sur transactions + location des terminaux, etc. Un bémol peut être apporté sur les réseaux, certes concurrents, et les prêts immobiliers, certes très compétitifs grâce, notamment, à la garantie crédit logement.

Sur le crédit à la consommation, il faut regarder le détail. Les banques accordent des crédits personnels à leurs clients captifs. Les taux sont relativement bas car elles exploitent leur avantage informationnel. Mais qu’en est-il des autres clients ? Et du « crédit revolving » qui reste tarifé à 14% ? Que penser de la sur-rentabilité des filiales de crédit conso ?

Enfin, de manière plus générale, le niveau des taux doit être rapporté au coût des dépôts. Il est normal qu’en France les taux nominaux soient faibles par rapport au reste de l’Europe, puisque les dépôts sont gratuits. Ailleurs, les dépôts sont rémunérés.

 

  1. Sur le « Too big to fail » et la séparation bancaire :

Rappelons d’abord que la réglementation de Bâle III avec le TLAC (« Total Loss Absorbing Capactity ») imposera des contraintes supplémentaires aux grandes banques. Une norme de bon sens contre laquelle la FBF était fermement opposée. Mais est-ce suffisant dans le cas de la France, le pays du monde où le rapport entre la taille des banques et la taille de la base économique est le plus déséquilibré ? Ce point mérite toute notre attention. C’est un risque catastrophique qui pèse sur la France.

Concernant la séparation bancaire, la FBF y est opposée. Elle y voit « un mythe » mis en œuvre nulle part excepté au Royaume-Uni.

Réponse : dans son rapport, GenerationLibre souligne bien que la séparation bancaire n’est pas en soi une solution miracle. Le vrai sujet est la capacité des régulateurs à bien cerner les risques et la « capture » du régulateur. La séparation bancaire est toutefois une piste intéressante car elle va faciliter le « repricing » du risque bancaire par les créanciers de marché. Dans son exemple britannique, elle semble bien se traduire dans les faits.

 

  1. Sur la fragilité des banques françaises :

Selon la FBF, les problèmes en Europe sont visibles dans les systèmes bancaires non consolidés « comme le montre notamment les faillites de 4 petites banques italiennes, récemment ».

Réponse : GenerationLibre juge l’argument irrecevable. Le Portugal, l’Italie et l’Espagne sont des pays du sud de l’Europe ruinés par la politique européenne déflationniste. Le rapport avec la configuration du système bancaire ne tient pas : en Grèce, par exemple, le système bancaire est maintenant ultra concentré mais demeure fragile pour autant. Idem au Portugal et en Espagne. L’exemple de l’Irlande est également instructif : alors que le système était très concentré en 2007, il a explosé.

Ainsi, le fait que le système bancaire italien soit malade ET déconcentré ne peut suffire pour avancer l’argument que la France est, à l’inverse, protégée pour toujours de tout risque de crise. Le rapport parle de risque en général, pas de risque de crise bancaire à court terme.

 

  1. Sur les conséquences de la crise bancaire en France :

La France est, selon la FBF, « le seul pays de la Zone euro où la crise financière n'a pas eu de coût net pour le contribuable ».

Réponse : GenerationLibre juge l’argument irrecevable. Une analyse en équilibre très partiel démontre sans doute que l’Etat français n’a rien perdu en valeur nominale dans ses plans d’aide puisque les banques ont versé des intérêts sur les montants prêtés et les garanties accordées, puis tout remboursé.

Néanmoins, cet argument à courte vue est inopérant lorsque l’on regarde les coûts globaux de la crise financière sur l’économie française (déficits, dette, croissance potentielle durablement abaissée, chômage…).

Le vrai débat doit donc porter sur le contrefactuel : que serait l’économie française aujourd’hui sans crise financière en 2007 ? Dire que les banques françaises n’y sont pour rien ne résiste pas à l’analyse. Elles ont participé aux excès de la finance comme les autres et ont seulement été capables d’éponger leurs pertes avec plus d’efficacité grâce à la rente de la banque de détail et à la capture des autorités françaises (qui ont fait en sorte que les pertes colossales sur la Grèce soient payées par le contribuable européen).

 

  1. Sur la menace des banques américaines :

Pour la FBF, il faut défendre l’épargne française face à la menace que représentent les banques américaines (« qu'on ne se la [l’épargne] fasse pas siphonner pour financer les déficits publics et privés américains »).

Réponse : Il est parfaitement légitime de s’inquiéter de la taille des banques en France dans la mesure où la taille de l’économie française est dix fois inférieure à celle des Etats-Unis, quand nos banques ont la taille des banques américaines.

L’argument protectionniste avancé est, néanmoins, irrecevable à plus d’un titre.

En quoi les banques américaines ont-elles aujourd’hui accès à l’épargne européenne ? Le marché français est totalement fermé aux étrangers. La gestion d’actif est captive. Du point de vue de l’épargnant, il serait bienvenue que les banques américaines viennent proposer des produits d’épargne à rendement, mieux gérés que les produits standardisés et chers de la banque française.

L’argument protectionniste de la FBF est, par ailleurs, déplacé. Alors que les banquiers adorent la globalisation, ils la rejettent dans la banque. Pourquoi la mondialisation de l’industrie serait-elle bénéfique à leurs yeux et pas celle de l’industrie financière ?

La vraie concurrence US est sur le marché de la Banque de Financement et d’Investissement (BFI). C’est un marché mondial sur lequel seules des BFI « européennes » assises sur un marché européen intégré auraient une taille égale. Vouloir faire des banques françaises des concurrentes des banques américaines assises sur la seule garantie française est un fantasme dangereux pour la France. C’est ainsi qu’ont plongé la petite Islande et la petite Irlande dans des faillites historiques.

 

Pour le reste, la FBF ne formule aucune remarque

Que pense la FBF du classement de la NYU sur les banques systémiques ?

Que pense la FBF de la rente générée par l’absence de fichier positif sur le marché de détail en France ?

Que pense la FBF de l’absence totale de concurrence sur le marché des produits d’épargne ? (Un point majeur, jamais débattu, qui affecte tous les Français).

Que pense la FBF de la capture du régulateur ?

Que pense la FBF de l’opportunité, du point de vue de l’intérêt général, de développer les financements non bancaires ?

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[1] Source : les conditions générales de vente téléchargeables sur les sites internet des banques.

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