Pour limiter l'investissement public (BPI)

Pour limiter l'investissement public (BPI)
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Sebastien Laye

Franco-américain, Sébastien Laye est diplômé d’HEC et de Sciences Po. Entrepreneur et financier, il mène une carrière dans la banque de financement (KBC) et en fonds d'investissement (Proxima Alfa) sur New York.

Publié le 03.08.2014

Audition parlementaire de GL sur la BPI

Résumé

L’investissement public n’est pas seulement coûteux : il est, en lui-même, contestable, tant il peut générer d’effets pervers : distorsions de marché, éviction du secteur privé, aléa moral et déresponsabilisation liés à la garantie souveraine implicite, sans compter les multiples pressions politiques auquel il se prête.

Traditionnellement dévolu à la Caisse des Dépôts et Consignations, l’investissement public français avait été mis en sourdine après le scandale du Crédit Lyonnais, Pierre Bérégovoy ayant développé à l’époque une doctrine de non-intervention. Il a hélas pris un nouvel élan avec la création du FSI en novembre 2008, qui se voulait la réplique des « fonds souverains » du Qatar ou de Singapour. Vicissitudes des aléas électoraux en même temps que constat d’échec, le FSI s’est ensuite vu diluer au sein d’une nouvelle institution, la Banque Publique d’Investissement (BPI), dès le changement de majorité. Etrange croisement entre une banque publique et un fonds activiste, la BPI s’immisce dans l’économie du pays de manière conséquente, puisqu’elle est responsable de près d’un investissement en fonds propres sur dix.

Réflexe quasi-atavique de nature colbertiste, instrument de pouvoir économique au service de la classe politique, la BPI pose la question plus large de l’impact, en termes d’externalités négatives, de cet incessant interventionnisme de l’administration française dans la vie des affaires, nuisible à l’attractivité du pays comme au jeu naturel des fusions-acquisitions. L’Etat, qui d’une main taxe et décourage le capital-risque, se substitue de l’autre au marché, au risque de devenir investisseur de référence, et d’induire des comportements de soumission de la part des acteurs économiques. Est-ce vraiment le rôle de la puissance publique que de faire du « bon business », pour reprendre l’expression désarmante de sincérité du directeur de la BPI ?

Nous mettons en lumière dans ce rapport de nombreux investissements douteux de la BPI, comme la prise de participation dans dans la compagnie minière Eramet ou l’acquisition conjointe de Constellium  avec le fonds Appolo ; comme nous le montrons, le portefeuille de la BPI est essentiellement composé de sociétés cotées en bourse (avec le seul but – discutable en soi – d’empêcher les rachats étrangers) ou des sociétés familiales en difficulté. Les critères d’investissement sont flous et laissent augurer de restructurations difficiles dans les années à venir.

Nous plaidons dans cette note pour un recentrage de l’actuelle BPI sur deux types d’intervention seulement : le financement de long terme de l’innovation et un rôle indirect de multiplicateur du crédit (sur le modèle de KfW, la banque publique allemande). La BPI financerait ce large effort par la vente des participations actuelles du FSI dans des sociétés cotées, qui générerait 3 milliards d’euros selon les estimations les plus conservatrices. De facto, la BPI abandonnerait deux fonctions problématiques à l’heure actuelle : ses participations en Bourse et les prêts directs aux entreprises.

Par ailleurs, la gouvernance de la BPI doit être assainie et ses statuts révisés dans le sens d’un contrôle accru, avec un devoir fiduciaire à l’égard des contribuables. Il n’est pas normal que l’Etat s’exempte des régulations qu’il impose aux acteurs économiques.

Enfin, la BPI devrait s’engager dans une politique d’open data pour mettre à disposition des épargnants et des investisseurs les informations de marché qu’elle possède, afin de permettre l’optimisation de la prise de décision économique.

N’oublions pas que le rôle d’une banque publique n’est pas de faire concurrence (déloyale) au secteur privé, mais de lui servir modestement de tremplin, en espérant qu’un jour celui-ci n’ait plus besoin d’elle. Si elle œuvrait véritablement pour l’intérêt général, la BPI ne devrait poursuivre qu’un seul objectif : sa propre disparition.

 

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